SCÈNE XVII
CLAUDINE , JAOUOT , HYPOLITE,
JAQUOT , à Hypolîte , montrant Claudine.
Par ici , la via , tenez, j'espère que vous êtes content de moi?
HYPCLîTE. \
Lien , très-bien , mon petit Jacquot. {Jacquot sort.)
HYPCLîTE , s aounçant.
La jolie jardinière , vous êtes venue bien iard, ce malin?
CLAUDINE
Monsieur. . .
HYPOLITE
Je sais l'accident que vous avez e'prouvé : êtes-vous un peu remise de votre frayeur ?
' CLAUDINE
Monsieur, je ne vous connais pas.
HYPOLITE
Ce n'est pas ça que je vous demande. . . je prends intérêt à vous et c est bien naturel- . . vous êtes. . .
CLAUDINE
Une pauvre marchande de choux. . . rien dP plus.
HYPOLITE
Dites donc que vous êtes le plus joli de tous les choux.
CLAUDINE
Allons , Y vois qu' vous voulez vous gausser a nous.
HYPOLITE
Moi, ah ! dieu! si vous me connaissiez mieux.
CLAUDINE
Eh ! bien !
( 30 ) HYPOLITE
Savez-vons quel est le beau jeune homme qui vous fait remettre tous les jours par le petit Jacquol de si tendres poulets ?
CLAUDINE
J' les ons tant seulement pas» r 'gardés , vos poulets.
HYPOLITE
Et ces jolis bouquets de roses pompons que vous avez dû trouver dans vos corbeilles à fruits; croyez-vous qu'ils y soient poussés tous seuls ?
CLAUDINE
Ah! ben , des roses! j' n'y t' nons pas; j'en ons à r' vendre.
HYPOLITE
A qui le dites vous ?
AlR de l'Ermite de Saint- Avellc,
Avec tous ces oignons en bottes , Quand je vois ces y «su* si briilans ; Auprès des choux et des carottes , Quand je vois ces charmes naissans ; Quand je vois ces fleurs fraîches écloses , En charrette aiusi voyager , Je crois voir un bouquet de roses Dans un jardin potager.
(A part.) Elle rit. .de l'aplomb. (Haut , jouant V air passionné de mélodrame.) Ecoutez, Mademoiselle , je ne suis pas un jeune homme comme il y en a tant ; les jeunes hommes d'aujourd'hui ne cherchent à parler à une jeunesse que pour. . . mais moi , ce n'est pas cela. . .
CLAUDINE
Eh! bien, vous , vous m' parlez, pourquoi? pour rien. . .
HYPOLITE
Pour rien ! ... ah ! dieux ! . . (A part.) Du pathétique , du romantique , j'ai justement là quelqueen chose. En avant le Solitaire. ( 11 aoeint un volume du So-Utaire. ) « Si vous ne « m'aimez point, peu m'importe la vie, et, d'ailleurs, n'ai- « je point assez long-t emps erré dansles ténèbres de l'exis- « tence , n'ai-je point mérité que le ciel m'ouvre enfin cette « porte de lumière que l'homme appelle tombeau ? »
CLAUDINE , riant.
Ah ! ah ! ah ! ah ! qu' c'est farce î
HYPOLITE
Farce! jolie marchande «l'oseille.
CLAUDINE
Où avez-vous pris tout ça ?
HYPOLITE
Dans cet ouvrage immortel. ..lisez-en quelques chapitres, là , au milieu des ciboules et des oignons , et je vous réponds que ça vous fera pleurer.
CLAUDINE
Le beau plaisir !
HYPOLITE , a part.
Rien ne la touche , voyons si elle résistera à celte dernière épreuve.,. (Z7Vh/£.) Permettez-moi au moins de couvrir ce joli col de ce petit sautoir de coton croisé qui vous joue le cachemire qu'on le prendrait pour un terneaux.
CLAUDINE. '
De grâce! laissez-moi.
HYPOLITE
Ainsi , la belle enfant, vous acceptez mon cadeau , et je prends un baiser.
CLAUDINE , Vairêtant.
Finissez , ou j'appelle.
HYPOLITE ; voulant f embrasser de force. Il me faut le baiser.
Morceau d'Ensemble.
AlR des Lurons de la Grenouïllïère. ( Canon de Lebreton. )
CLAUDINE
Ça , finissez donc !
, Laissez-moi donc i
CLAUDINE
On vous fera changer de ton ;
Retirez-vous
Et filez doux , Ou bien redoutez mon courroux^
Cessez ; cessez , on nous regaide.
C'est assez !
A la gar*: !
Finissez.
HYPOLITE
Ah ! cédcz-nioi donc!
Donnez,-int>i d' ne
Un doux baiser, joli tendron!
Appâisi z vous , El . : ■ ns c ui l'ini ,
YoyfT. Ull . i l;t'.l) CI:I i{ doux.
(sjux autres. )
En rien cela ne vous regarde.
C'est assez !
A Ja garde !
Finissez.
lorrain , entrant.
Ça , fitlfc&y donc !
LaicS< z-îa donc !
y vais voos fait' danger de ion.
R( lirez-vous , Et filez doux , Ou bien remontez totoii coiirmiii.
y la prends sons nia garde.
C'est assez !
A la garde !
Finissez.
tous leé acteurs , arrivant successivent à deux mesures de distance.
Ça , finissez donc !
Laissez-la donc , etc.