‹ Les crises industrielles en AngleterreChapitre 3 sur 51 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

coup d'œil général sur le développement de l'industrie anglaise depuis le second quart du xixe siecle

I. Lalutfe de la machine contre le travail à la main et le manque de débouchés. — Faible développement du tissage à la machine avant 1820. — L'éviction du travail à la main par la machine dans le tissage du coton de 1830 à 1850. — Chemins de fer et bateaux à vapeur. — Décroissance de la population agricole. — Croissance énorme de la production manufacturière. — Manque de débouchés. — Mouvement en faveur du libre-échange. — Réduction de la puissance d'achat de l'ouvrier anglais. — II. Le triomphe de la machine et la conquête de nouveaux débouchés. — Triomphe du libre-échange. — Extension des voies ferrées dans le monde entier. — Découvertes des gisements aurifères en Californie et en Australie. — Hausse du prix des marchandises. — Accroissement du commerce extérieur. — III. Le déclin de la suprématie industrielle anglaise. —Ralentissement dans ledévelop- Tougan-Baranowsky 1

pement de l'industrie et du commerce anglais. — Baisse des prix. — La concurrence allemande devient plus forte. — Le protectionisme. — L'exportation anglaise change de caractère. — Le commerce d'entrepôt de l'Angleterre diminue.

La lutte de la machine contre le travail à la main et le manque de

débouchés.

On a l'habitude de parler d'une « révolution industrielle », qu'aurait provoquée en Angleterre, à la fin du xviue siècle, l'introduction de nouvelles méthodes de production. Ce fut sans doute une révolution, mais une révolution d'espèce particulière, toute différente des bouleversements subits que nous appelons révolutions politiques. La révolution industrielle anglaise a été un long et complexe enchaînement de faits, qui embrasse des dizaines d'années et dont on ne pourrait déterminer d'une façon précise ni le commencement ni la fin. En un certain sens, on peut dire qu'elle n'est pas encore aujourd'hui terminée, puisqu'aujourd'hui encore, la lutte violente persiste entre la fabrique et le petit atelier, entre la machine et le travail à la main. La grande industrie continue à refouler la petite, la fabrique poursuit sa marche en avant, étendant sans cesse son champ d'action; néanmoins, il s'en faut de beaucoup que la fabrique soit, même dans l'Angleterre contemporaine, la seule forme de l'industrie.

La « révolution industrielle » a été, avons-nous dit, un long enchaînement de faits. De nouvelles méthodes de production ont pénétré et pénètrent successivement dans les diverses branches de l'industrie. Pendant que, dans tel domaine, la révolution est déjà achevée, et a donné à la fabrique la suprématie absolue, la petite industrie règne

Page 1