‹ Les crises industrielles en AngleterreChapitre 30 sur 51 · O CD » C · texte numérisé non relu

O CD » C

Q> qd o CO CD o Os

0 vX> C»

] nnees

DIAGRAMME N?ô

Angleterre Années

">fl

vs

ec

Ig

ri

rn<

ZO

if

/Innées

11 suffit de jeter un regard sur 1< s deux premiers diagrammes pour remarquer la différence. Le diagramme n° 6, qui concerne l*s comtés agricoles, ne dénote pas de fluctuations périodiques importantes. La courbe des mariages ne change presque pas pendant les 5 premières

années; la crise industrielle de 1835 n'exerce pas sur elle d'influence considérable. Pendant les années 1829 et 1830, le nombre des mariages baisse, par suite des mauvaises récoltes pendant les 3 années de 1826 à 1829 le prix moyen d'un quarter de froment était, en Angleterre, d'environ 59 schillings ; en 1829, il monta à 66 schillings et en 1830, il était de 64 schillings). Par suite des excellentes moissons de 1830 à 1835, le nombre des mariages s'élève de nouveau au niveau précédent.

«Mais, en 1835, ce nombre fléchit brusquement, malgré la bonne moisson et, pendant toute la période qui suit, il est considérablement inférieur à celui des années qui suivirent immédiatement 1820 et 1830. 11 est manifeste qu'un profond changement est survenu dans la vie de la population agricole anglaise, qui a eu sa répercussion sur le nombre des mariages. En effet, en 1834, la fameuse réforme de la loi sur les pauvres qui, dans la pensée de ses auteurs, devait amener la disparition du paupérisme, avait été appliquée.

On diminua considérablement les secours alloués aux familles des ouvriers nécessiteux et les ouvriers qui n'avaient pas les moyens de nourrir leur famille, durent, eux et leur famille, prendre le chemin des maisons de travail. Naturellement, cette mesure draconienne eut pour conséquence une diminution des mariages parmi les ouvriers. Les disciples de Malthus purent triompher ; c'était un frein à l'accroissement de la population. Pourtant, cette mesure n'arrêta pas la décroissance du bien- être de la population ouvrière en Angleterre. L'effet de la nouvelle loi, qui fut appliquée avec une sévérité particulière dans les premières années de sa mise en vigueur, fut tel que, même pendant les années qui précédèrent et suivirent immédiatement 1840 et qui furent éprouvées par de mauvaises récoltes, le nombre des mariages fut plus grand que pendant les années de 1835 à 1838, qui eurent de bonnes récoltes, mais suivirent immédiatement l'application de la loi de 1834.

Vers 1845, la courbe des mariages remonte de nouveau, sous l'influence des bonnes récoles, pour descendre de nouveau en 1847 ; cette année-là fut signalée par la mauvaise récolte des céréales aux Etats-Unis, en même temps que par la perle de toute la récolte des pommes de terre par suite de la maladie de ces tubercules.

La courbe de la mortalité, qui commence sur notre diagramme en 1838, — car ce n'est qu'en cette année qu'on commença à tenir un état civil régulier des naissances et des décès, — montre aussi peu de fluctuations que la courbe des mariages et se meut en grande partie en sens inverse de celle-ci ; ses faibles variations montrent que la situation économique de la grande masse de la population dans les comtés agricoles de l'Angleterre s'est peu modifiée d'une année à l'autre. Les bonnes et les mauvaises récoltes influent davantage sur le gain du fermier que sur les salaires des ouvriers et l'influence de la récolte sur la situation des ouvriers agricoles est relativement peu importante.

La courbe de la criminalité subit des variations bien plus considérables et elle manifeste en outre, jusqu'en 1840, une tendance marquée à monter. Les causes de ces fluctuations ne sont pas toujours claires : on ne voit pas que la crise de 1825 ait influé sur l'accroissement de la criminalité. La réforme des lois sur les pauvres, dont il a été parlé plus haut a, au contraire, provoqué une élévation considérable de la criminalité : la loi de 1834 n'a pas seulement, dans les comtés agricoles, diminué le nombre des mariages, mais elle a, en même temps, augmenté celui des criminels. Il est évident que le pauvre a souvent préféré le risque de la prison à l'incarcération inévitable dans la maison de travail. La crise de 1836 a amené un accroissement du nombre des crimes. D'ailleurs, la courbe de la criminalité varie à peu près comme celle de la mortalité. Elle monte dans les années de mauvaises récoltes et descend dans les années de bonnes récoltes.

La courbe du paupérisme monte pendant les années qui

précédèrent immédiatement 1830, par suite des mauvaises récoltes, pour descendre fortement après l'apparition de la nouvelle loi sur les pauvres. De 1840 à 1850, ses variations sont insignifiantes et il n'y a qu'en 1847 qu'elle monte sensiblement.

En résumé, le diagramme n° 6 nous amène aux conclusions suivantes: la situation de la population agricole ne subit, de 1825 à 1850, que des fluctuations assez peu importantes, exception faite pour les fluctuations de la criminalité qui furent relativement considérables et provoquées surtout par les mauvaises récoltes. Les crises industrielles, tant qu'elles ne s'accompagnèrent pas de mauvaises récoltes, n'exercèrent pas d'influence sensible sur la situation des classes agricoles anglaises. Ainsi, par exemple le nombre des mariages et le paupérisme demeurèrent à peu près stationnaires dans les comtés agricoles, malgré la crise de 1825. 11 en fut de même de la crise de 1836. En 1847, la situation de la population agricole a subi un recul, non par suite de la crise industrielle, mais par suite de la mauvaise récolte de l'année précédente. Par contre, la réforme des lois sur les pauvres a fortement influé sur la situation de la population rurale anglaise et elle a provoqué une diminution du nombre des mariages, en même temps qu'un accroissement de la criminalité.

Si nous comparons le diagramme n° 6 avec le diagramme n° 7, qui caractérise les conditions d'existence de la population industrielle, nous remarquons immédiatement que la situation des classes industrielles en Angleterre est sujette à des fluctuations bien plus considérables que celle des classes agricoles. Pendant les trois années de 1823 à 182G, période de prospérité commerciale et industrielle pour l'Angleterre, la courbe des mariages est très élevée dans les comtés industriels et elle atteint, en 1825, le maximum des dix années 1820-1830. Par suite de la crise industrielle de la fin de 1825 elle fléchit immédiatement à un niveau qui réprésente le minimum de cette période. La réforme de la

législation sur les pauvres n'a pas eu d'influence appréciable sur le nombre des mariages dans les comtés industriels. Les ouvriers des manufactures étaient habitués à se tirer d'affaire sans l'aide du bureau de bienfaisance; aussi bien, la réduction des secours aux indigents n'eut-elle pas sur la situation de la population dans les centres industriels l'influence qu'elle eut dans les comtés agricoles.

Pendant la période suivante de prospérité de 1833 à 1836 nous constatons une forte progression de la courbe des mariages. En 1836, le nombre des mariages atteint de nouveau le maximum de la période de 1830 à 1840. En 1837 il diminue considérablement, parsuitede la crise de l'année précédente : il atteint le minimum de la période. En 1842, il baisse considérablement par suite de la mauvaise marche des affaires pendant les années qui précédèrent et suivirent immédiatement 1840. La nouvelle période de prospérité de 1843 à 1846 a immédiatement provoqué un accroissement dénombre des mariages et la crise de 1847 ramena de nouveau ce nombre à un minimum.

Les fluctuations de la courbe du paupérisme dépendent manifestement des crises. Cette courbe subit trois fortes progressions, en 1826, en 1842, et en 1847, c'est-à-dire pendant les années où l'industrie anglaise fut le plus fortement éprouvée. Si nous comparons les variations de cette courbe avec celles du nombre des mariages, leur relation étroite saute immédiatement aux yeux : lorsque la première courbe monte, la seconde descend presque toujours, et vice versa. Les deux courbes forment ensemble une figure presque symétrique.

Les variations de la courbe de la mortalité vont en sens inverse de celles de la courbe des mariages. Pendant les trois années de 1843 à 1846, elle fléchit considérablement; en 1846 commence une progression et le maximum est atteint en 4847. En 1849, le choléra faisait rage en Angleterre ; et pour tant cette année-là, la mortalité dans les comtés industriels de l'Angleterre fut bien inférieure à celle de l'année 1847 ; ce

CH. I. LE CYCLE INBtFSTBlEL ET LA VIE NATIONALE 303

qui veut dire que, parmi la population industrielle anglaise, une crise industrielle faisait plus de maris qu'une épidémie. En général, les fluctuations du nombre des mariages et de celui des décès sont bien plus importantes dans les comtés industriels dans les comtés agricoles.

La courbe des crimes dénoie une relation analogue entre la criminalité d'un pays et sa situation économique, relation qui se manifeste également dans d'autres phénomènes de la vie nationale. Pendant les années de prospérité la criminalité diminue, elle augmente rapidement pendant les années de crise. La stagnation commerciale dans les années qui suivirent immédiatement 1840, provoque un accroissement particulièrement important de la criminalité ; à ce moment, l'agitation politique des chartistes est venue s'ajouter au chômage et le nombre des délits a considérablement augmenté.

Si nous comparons les variations de ces quatre courbes avec celles de la courbe de l'exportation anglaise du diagramme n° \ , nous constatons que les variations de la courbe des mariages s'effectuent dans le même sens que celles de la courbe de l'exportation, tandis que les trois autres courbes (mortalité, criminalité et paupérisme) vont en sens inverse. Chaque fois que l'exportation du Royaume-Uni décroît, dénombre des mariages diminue dans les comtés industriels -d'Angleterre et, en même temps, celui des décès, des crimes et des indigents augmente. En général, les variations de toutes les courbes de notre diagramme obéissent à la loi suivante : les fluctuations périodiques de l'industrie anglaise, qui se manifestent sous une forme aiguë dans les crises commerciales ont, pendant la période que nous considérons, provoqué des fluctuations périodiques analogues dans la vie des classes industrielles anglaises. Les mouvements de flux et de reflux dans l'industrie amènent des mouvements correspondants dans les mariages, les décès, la criminalité, etc.

Lelien étroit qui existe entre ces deux genres de fluctuations apparut très nettement en Angleterre, de 1830 à 1850. Inté-

ressante est, sous ce rapport, la déposition faite par un shérifî du comté de Lanark, un certain Alison, devant une commission de la Chambre des Lords, en 1848. Alison déclara, que lorsque la Banque d'Angleterre élevait le taux de son escompte, il avait l'habitude de s'adresser aux autorités locales en ces termes : « Messieurs, la Banque d'Angleterre élève létaux de son escompte, vous avez à prendre immédiatement des mesures pour faire dans les prisons, dans les hôpitaux et dans les maisons de travail, de la place pour de nouveaux arrivants (l). »

Le diagramme n° tt qui concerne toute l'Angleterre, fait l'impression d'un résumé des deux premiers. Les variations des courbes ne sont pas si considérables que dans le diagramme n° 7, mais elles le sont davantage que dans le diagramme n° 6. L'action des crises industrielles apparaît très nettement.

Le diagramme n° 8, révèle, de même que les deux diagrammes précédents, l'absence complète de progrès dans la situation économique de la population anglaise de 1825 à 1850. Cela ne veut pas dire que la situation de la classe ouvrière anglaise ne se soit pas modifiée pendant tout ce temps. Au contraire, elle subit des changements considérables; mais ces changements ont eu un caractère cyclique et non progressif.

Le chômage forcé fut uae rude épreuve pour les ouvriers anglais. Ce furent les tisserands à la main qui eurent surtout à souffrir des crises, ayant à mener à ce moment une lutte difficile contre la machine. Comme on peut le voir parle rapport de la commission parlementaire de 1841 sur les tisserands à la main, ceux-ci, en Angleterre et en Ecosse, se plaignaient moins de l'insuftisance de leurs salaires que du fréquent retour des mauvaises périodes pendant lesquelles ils n'avaient pas de travail. C'est ainsi, par exemple, qu'un

(1) Cf. Report from the Secret Committee of the liousê of Lords on Commercial Distress, 1848, Minutes of Evidence, p. 416.

Cil. 1. LE CYCLE INDUSTRIEL ET LA VIE NATIONALE 305

tisseur de soieries intelligent, un certain Bresson s'exprime en ces termes : « Les tisserands pourraient vivre si, bon an mal an, ils pouvaient compter sur un travail régulier; mais, tous les cinq ou six ans arrive une période de stagnation des affaires et souvent deux années se passent avant que le commerce se ranime de nouveau. L'hiver dernier (1830-37) a été un des plus mauvais. Le temps a été très défavorable et le commerce a été presque complètement arrêté, par suite de la panique qui s'est emparée des maisons américaines. Les commerçants en soieries ne pouvaient à aucun prix se débarrasser de leurs marchandises et les fabricants durent suspendre complètement la production. Des milliers de tisserands n'ont pu trouver de travail et ils ont souffert d'une grande misère (1) ».

Au sujet des tisserands de la laine, qui constituent la catégorie la mieux payée des tisserands, un des témoins entendus, Chapman, fait l'observation suivante : « Si leur salaire était constant, je doute fort qu'ils se plaindraient de leur situation, quelque soit leur désir de la voir s'améliorer. .Malheureusement, les tisserands trouvent rarement du travail. » Symons en dit autant des tisserands écossais. «11 n'y a pas de branche du tissage en Ecosse où il n'y ait pas de chômage ; tous les tisserands souffrent beaucoup du retour périodique du marasme commercial et bien peu nombreuses sont les régions de l'Ecosse où une partie considérable des tisserands n'ont pas perdu leur travail l'été dernier; en réalité, le retour fréquent des mauvaises périodes commerciales est un facteur important, sinon le facteur unique de la misère des tisserands à domicile » (2).

Les crises industrielles, non seulement provoquèrent des fluctuations dans le salaire des tisserands à la main, mais elles ont encore eu une action permanente néfaste sur la situation des tisserands: elles ont rabaissé leur condition,

(l) Cf. Report on the Hand-loom Weavers, Londres, 1841, p. 19. (2)Loc.cit., p. 20.

Tougan-Baranowsky 20

306 PART. 111. CO'SEQl'ESCES SOCIALES DES CRISES

de sorte que les tisserands se sont habitués à une vie de plus en plus misérable, en rapport avec leur salaire plus précaire. Il n'y avait pas chez les tisserands à la main de trade-unions, pas plus que de sociétés de secours mutuels. Sur les travailleurs ainsi isolés les crises et le chômage pesaient de tout leur poids et chaque nouvelle crise les rendait plus incapables do défendre leurs intérêts. Cela devait amener la baisse de leurs salaires. En outre, comme on peut en juger par les paroles du l)r Mitchel, qui avait pour les ouvriers une grande sympathie, l'oisiveté des ouvriers pendant les crises avait une influence néfaste sur leur puissance de travail et sur leurs habitudes : « Les ouvriers, dit le Dr Mitchel, sont habitués par la misère à vivre presque sans ressources et leur énergie intellectuelle et physique en est extraordinairement affaiblie ; l'habitude de flâner, de ne rien faire, finit par se prendre. Ce qui s'est passé à Braintree peut être donné comme exemple convaincant. Lorsqu'en 1837, après un chômage forcé de quelques mois, les tisserands eurent de nouveau du travail, le propriétaire de la manufacture s'aperçut, dès les premières semaines, qu'on travaillait beaucoup moins, bien que le travail fût toujours le même. L'entrepreneur se vit donc dans la nécessité d'exiger chaque semaine des ouvriers un minimum de travail, et pourtant les tisserands, bien qu'ils fussent frappés d'amendes et qu'ils risquassent de perdre leur travail, persistèrent à fournir moins de travail qu'ils n'auraient pu » (l).

La courbe de la criminalité et celle du paupérisme du diagramme n° 7 sont d'excellentes illustrations statistiques de la théorie d'Engels sur l'armée industrielle de réserve du capitalisme. Toute crise industrielle met des milliers d'ouvriers hors de la catégorie des travailleurs ; ne pouvant plus vivre de leur travail, ils vont accroître l'armée des indigents ou des criminels. Lorsque la crise est terminée, le com-

(1; Loc. cit., p. 21.

merce se ranime de nouveau, il faut davantage d'ouvriers, et les prisons et maisons de travail relâchent leur population. Ce n'est que grâce à l'existence permanente d'un excédent de travailleurs que l'industrie capitaliste peut prendre une extension si rapide pendant les périodes de prospérité. ;< Le cours caractéristique de l'industrie moderne sous forme de cycle de dix années interrompu par des fluctuations de moindre importance et composé de périodes d'activité moyenne, de production intense, de crise et de stagnation, provient de la formation constante, de la plus ou moins grande absorption et de la reformation de l'armée industrielle de réserve, autrement dit du trop-plein de population. A leur tour, les fluctuations du cycle industriel recrutent cetle armée de réserve et sont un des agents les plus énergiques de sa constitution (f). »

L'alternance permanente de périodes de prospérité et de périodes de mauvaises affaires pouvait permettre à quelques entrepreneurs et à quelques capitalistes de réaliser des bénélices : les gains considérables faits pendant les périodes prospères compensaient les pertes subies pendant les moments de crise. Les ouvriers, eux, ne gagnaient guère aux périodes de prospérité : les salaires des ouvriers les mieux payés, organisés, montaient quelquefois, mais souvent ils ne changeaient pas, bien que les gains des entrepreneurs se fussent accrus. En revanche, les revenus des ouvriers des manufactures diminuaient considérablement pendant les crises, par suite de la réduction des heures de travail, de la réduction du nombre des ouvriers employés et de la baisse des salaires. Après une crise, les salaires demeuraient pendant plusieurs années plus bas qu'ils n'avaient été avant la crise. On peut citer comme exemples les chiffres suivants.

(t) K. Marx, Bas Kapital, vol. I, 3» édition, p. 649.

Moyenne des salaires hebdomadaires (1)

Années

Pour une fabrique de coton de Hydi

Fileurs de lre classe

35 sh. 6 p.

Tisserands

14 Sh.

Pour une fabrique de laine de Leicester

Cardeurs

Page 1