‹ Les crises industrielles en AngleterreChapitre 35 sur 51 · CD 3» O · texte numérisé non relu

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Années

J. Areh. Ou ne peut guère méconnaître dans ce fait la cause principale de la décroissance du paupérisme.

La courbe de la mortalité baisse dans son ensemble, bien que sujette à des variations considérables ; les variations de la courbe de la criminalité (qui baisse également) sont encore plus lortes. La diminution du nombre des crimes en 1880 doit être attribuée, jusqu'à un certain point, à la mise en vigueur de la nouvelle procédure criminelle de 1879.

En général, la décroissance du paupérisme, de la mortalité et du nombre des crimes dans les comtés agricoles d'Angleterre témoigne de l'amélioration de la situation des travailleurs des champs. Il est vrai quela diminution du nombre des mariages contractés semble témoigner du contraire ; mais il faut considérer que, si les variations annuelles du nombre des mariages tiennent étroitement à la situation économique de la population, ceci ne s'applique pas aux changements de la moyenne des mariages qui surviennent au cours de longues périodes. Il est bien possible que l'accroissement du bien-être, en même temps que de nouvelles habitudes et un nouveau genre de vie, aient été suivis d'une diminution du nombre des mariages.

Le diagramme n° 13 concerne les comtés industriels. Les deux premières courbes (celle des mariages et celle des indigents) varient, comme il fallait s'y attendre, en sens inverse, et forment ensemble une figure symétrique. Tout ce qui a été dit, dans la première partie de ce livre, du changement de caractère des variations dans les courbes du diagramme n° 3, qui exprime le développement de l'industrie anglaise pendant ces dernières années, peut s'appliquer point par point à ces deux courbes. Les courbes des mariages et du paupérisme ont pris le caractère de lignes ondulantes, dont les mouvements ont une régularité parfaite. Le parallélisme des variations de la courbe des mariages et de celle de l'exportation britannique apparaît clairement.

Mais, dans les dernières années du xixe siècle, nous re-

marquons un accroissement du paupérisme en même temps qu'un accroissement de l'exportation. Ce fait s'explique vraisemblablement par les modifications de l'assistance aux indigents, survenues en 189 i. Ces modifications purent avoir pour conséquence un plus grand empressement du bureau de bienfaisance dans la distribution de ses secours, ce qui est de nature à augmenter le nombre des indigents.

Les courbes de la criminalité et de la mortalité varient avec bien moins de régularité. Le fléchissement considérable de la criminalité en 1880 est dû à la reforme de la procédure criminelle dont nous avons déjà parlé. Mais, si nous comparons les variations des quatre courbes de 1870 à 1880 et de 1880 à 1890, nous remarquons immédiatement que pendant les dix premières années ces variations étaient plus considérables et correspondaient davantage aux phases du cycle industriel que dans les secondes. Ainsi, par exemple, au lendemain de 1870 (moment de prospérité), il se produit une augmentation du nombre des mariages et une décroissance du paupérisme, de lia criminalité et de la mortalité. Par contre, vers la fin de la décade (dépression , nous notons une forte recrudescence du paupérisme et delà criminalité,alors que le nombre des mariages diminue considérablement; mais, en même temps, la mortalité baisse. Cela prouve que, dans les derniers temps, la stagnation des affaires n'a pas eu des suites si funestes que pendant la période de 1840 à 1850 où une crise industrielle faisait plus de ravages que n'importe quelle épidémie. De 1880 à 1885, malgré la dépression, l'accroissement du paupérisme est à peine sensible ; l'influence de cette dépression sur la criminalité et la mortalité est nulle.

De 1890 à 1900, les fluctuations dans le nombre des mariages sont encore moins importantes. La courbe des mariages ne subit que de faibles variations, déterminées par les phases du cycle industriel. Le mouvement de prospérité des années qui précédèrent immédiatement 1890 se mani-

feste par la progression de cette courbe, la dépression qui vint après 1890 par son fléchissement. En 1896, à l'ouverture d'une nouvelle période de prospérité, nous constatons un accroissement du nombre des mariages. Par contre, il est impossible d'établir de relation entre les fluctuations de la mortalité et les phases du cycle industriel. La mortalité la plus basse est observée en 1894, pendant une dépression. 11 est manifeste que les phases du cycle industriel ne déterminent plus comme auparavant d'une manière décisive la mortalité dans la population anglaise. L'influence néfaste des crises est considérablement atténuée.

La courbe de la criminalité baisse presque sans fluctuations. Pendant les dernières années, il n'est presque pas possible de reconnaître dans ses variations le mouvement de flux et de reflux de l'industrie. La courbe ne monte qu'en 1888 et en 1897 pendant la période de prospérité industrielle. La dépression qui suivit 1890 n'a pas empêché la diminution du nombre des crimes.

Le diagramme n° 14, qui concerne toute l'Angleterre, montre avec une clarté parfaite le changement survenu dans les conditions de vie du peuple anglais. Les fluctuations des mariages et du paupérisme sont minimes, pourtant il existe entre elles et les phases du cycle industriel une certaine relation. Mais cette relation disparait presque complètement pour les fluctuations de la criminalité et de la mortalité.

Il est intéressant de comparer les diagrammes n° 3, 12-14 avec les diagrammes n° 1, 4-8. Ces derniers représentent la vie du peuple anglais de 1825 à 1850. Nousvoyons de brusques fluctuations périodiques de la vie nationale déterminées par les phases du cycle industriel. Ces fluctuations sont particulièrement accusées dans la vie de la population industrielle. Chaque crise industrielle exerce sur la classe ouvrière une influence extrêmement néfaste ; les maisons de travail, de même que les prisons, se remplissent de sanstravail, la mortalité croit dans une proportion considérable. En même temps, le commerce et l'industrie font, malgré la

violence des crises, des progrès rapides. L'accroissement de l'exportation forme un contraste criant avec la situation de plus en plus misérable de la population ouvrière.

Les diagrammes de la période de 1870 à 1900 dénotentune toute autre situation. Au lieu du mouvement ascensionnel rapide, interrompu par de brusques fléchissements pendant les années de crises, nous constatons des ondulations régulières de la courbe, dont le niveau ne se modifie pas. Le développement industriel du pays s'est manifestement ralenti. Mais, en même temps, on remarque les indices d'un mieux indubitable dans la vie nationale. Les phases défavorables du cycle industriel n'exercent plus sur la situation des ouvriers l'action destructrice de jadis. Même dans les districts industriels, il n'y a d'accroissement ni de la criminalité ni de la mortalité dans les aimées de crise.

Ce changement est d'autant plus remarquable que, comme nous le verrons plus loin, le chômage n'a pas le moins du monde disparu pendant la dernière phase de l'évolution du capitalisme ; il n'y a même pas de raison de croire que ses proportions aient diminué. Nous aurons plus loin à revenir sur cette question. 11 est vrai que les statistiques que l'on trouve plus haut prouvent que l'action de la dépression commerciale et du chômage sur la vie des grandes masses ouvrières anglaises a été, dans les derniers temps, contrecarrée, et en partie supprimée par d'autres facteurs.

Les principaux de ces facteurs sont l'amélioration générale de la situation économique de l'ouvrier anglais et le développement des trade-unions. L'importance du premier est évidente : plus les salaires sont élevés, plus il est facile à l'ouvrier de subir les périodes de chômage. Les trade-unions, d'autre part, empêchent les suites néfastes de la stagnation des affaires de deux façons : d'abord par les secours qu'elles allouent à leurs membres pendant les périodes de chômage, puis par la régularisation du travail. Sans doute, toutes les associations corporatives ne peuvent pas venir en aide à leurs membres sans travail. D'abord, la

première raison qui fait que la majorité des chômeurs ne peuvent recevoir de secours des associations corporatives, c'est que les trade-unions ne comprennent pas plus d'un cinquième des ouvriers adultes du Royaume-Uni occupés dans l'industrie (1). L'influence des trade-unions sur les condilions du travail est pourtant bien plus considérable qu'on ne serait porté à le croire d'après ce chiiïïe. Ce ne sont pas seulement les ouvriers organisés, mais tous les ouvriers, qui profitent de la régularisation des conditions de travail par les trade-unions, C'est ainsi que S. et B. Webb s'expriment dans leur remarquable ouvrage « Industrial Democracy » de la manière suivante : « L'extension des contrats de travail collectif est de beaucoup supérieure à celle des trade-unions. Il n'y a pas sur ce point de statistique exacte, mais nous estimons que, dans toutes les branches industrielles où des ouvriers qualifiés travaillent en commun dans des ateliers, pour 90 0/0 d'entre eux le taux du salaire et la durée de la journée de travail (souvent même beaucoup d'autres conditions) sont fixés à l'avance par des contrats collectifs. Personnellement, les ouvriers nJont pris absolument aucune part à ces contrats ; ce sont les représentants de leurs corporations qui s'occupent de leurs intérêts. »

Les trade-unions mettent tous les moyens en œuvre pour lutter contre la réduction des salaires aux moments de dépression ; or, comme tous les ouvriers, organisés ou non, reçoivent le même salaire, on comprendra qu'il ne soit pas possible de juger de l'importance d'une trade-union en tant que moyen de protection du revenu normal de l'ouvrier, au nombre relativement peu considérable des tradeunionistes. Autrefois, une crise industrielle exerçait son action funeste sur la situation des ouvriers de deux façons ; d'abord, il survenait une réduction du nombre des ou-

(i) Report by the Chief Labour Correspondent of the lioard of Trade on Trade-Uniom 1898, p. 23.

vriers occupés, ou bien du nombre des jours de la semaine pendant lesquels les ouvriers étaient occupés ; puis, une crise provoquait une baisse des salaires, ce qui ajoutait encore à la détresse des ouvriers. Aujourd'bui, le chômage, pendant les périodes de stagnation des affaires, est presque aussi considérable qu'aulrefois. Mais, par suite de la puissante organisation des trade-unions, les salaires sont devenus bien plus stables. En d'autres termes, la crise atteint aujourd'hui surtout les chômeurs, tandis qu'autrefois elle frappait toute la masse de la population ouvrière, ceux qui travaillaient aussi bien que ceux qui chômaient.

Nous avons cité plus haut quelques exemples de la baisse très considérable des salaires pendant la crise de 1847. Au chapitre suivant, nous donnerons d'autres exemples du même genre. Aujourd'hui, on ne voit plus du tout les salaires baisser de moitié pendant les périodes de stagnation des affaires. Les salaires normaux des trade-unionistes varient très peu, comme on peut le voir par le tableau suivant (1) : (Voir tableau, p. 337).

C'est à la hausse des salaires des briquetiers, de 1874 à 1878; qu'on reconnaît le mieux combien la stagnation des affaires a peu d'action sur les salaires, (le n'est qu'en 1878 que la crise dont l'industrie avait déjà souffert depuis quelques années, commença à influer aussi sur les salaires. De même, on ne trouve aucune influence de la dépression survenue pendant la période de 1880 à 1890, sur les salaires des briquetiers.

Il est d'un grand intérêt de comparer le changement des salaires normaux des trade-unionistes avec les fluctuations du nombre des chômeurs parmi les membres des associations corporatives. Le nombre des chômeurs est, comme on peut le voir par les chiffres données, sujet à des variations considérables, mais il n'a qu'une très faible influence sur les salaires. C'est ainsi qu'en 1879 le nombre

(\) Cf. FourtJt Report on Tr ade -Unions, 1891.

des chômeurs parmi les menuisiers organisés a considérablement augmenté, tandis que les salaires sont restés les mêmes. L'accroissement du chômage en 1 880 n'a môme pas empêché une hausse du salaire des menuisiers. Chez les constructeurs de machines, les salaires n'ont diminué qu'en 1879; pendant toutes les autres années, ils sont restés stationnaires ou ont même augmenté, bien que la proportion des chômeurs fut très élevée.

Pour les dernières années du xixe siècle, il existe des statistiques plus générales sur le mouvement des salaires dans

Tougan-Baranowsky 22

l'ensemble de la classe ouvrière. Voici ces statistiques pour les années de 1893 à 1899(1).

Années

Nombre des ouvriers

dont les salaires ont

auementé ou diminué

Moyenne de l'augmentation ou de la

diminution du salaire hebdomadaire d'un

ouvrier

Augmentation

— sh. 5 1/2 p.

Diminution

— sh. — p.

Malgré le chômage considérable, les salaires ont, d'après ces données, quelque peu augmenté en 1893. Pendant les deux années suivantes, un fléchissement est survenu; mais ce fléchissement n'a été que tout à fait insignifiant comparativement à celui des crises d'autrefois. Les salaires diminuèrent, en moyenne, d'un peu plus d'un shilling par semaine, c'est-à-dire, vraisemblablement, de bien moins

de 5 0/0.

C'est dans cette stabilité des salaires en dépit du chômage que réside la différence essentielle entre le chômage d'aujourd'hui et celui d'autrefois. Cette différence est due surtout à l'organisation ouvrière. Bien que le nombre des ouvriers non-organisés dépasse de beaucoup le nombre des ouvriers organisés, les avantages de l'organisation profitent, en un certain sens, à toute la classe ouvrière. Le marché ouvrier anglais n'est plus un amas chaotique de travailleurs, entre lesquels aucun lien n'existe et qui se dressent en concurrents l'un devant l'autre. Un groupe relativement restreint de trade-unionistes règle les conditions du contrat

(1) Cf. The Labour Gazette, 4900, n° 1,

de travail pour tous les autres ouvriers qualifiés et même pour une partie des autres, et les lois sur les fabriques réduisent, par ailleurs, la concurrence entre ouvriers. Les sociétés de secours mutuels (Friendly Societies) de même que les coopératives de consommation renforcent également la puissance économique du travailleur anglais. Dans le même sens agit encore l'élévation générale du « Standard of Life » de l'ouvrier. Ainsi les crises ne frappent de toute leur violence que les ouvriers les plus faibles ; elle n'écrasent plus comme jadis la classe ouvrière dans son ensemble.

On a déjà vu sur les diagrammes précédents que le cycle indus'riela cessé de déterminer la vie nationale, comme il la déterminait autrefois. Le tableau et les diagrammes suivants montrent ce fait avec une netteté frappante.

Les diagrammes 15, 15 bis et 16 sont instructifs en ce qu'ils démontrent que les conditions de la vie nationale en Angleterre ont radicalement changé. Le cycle industriel a presque cessé de se réfléchir dans les fluctuations du nombre des mariages, de la mortalité, de la criminalité et du paupérisme.

Sur la courbe de la mortalité, l'influence du cvcle industriel est presque imperceptible. Pendant les années de dépression, on remarque une baisse de cette courbe dans l'ensemble de l'Angleterre, aussi bien que dans les comtés agricoles et les comtés industriels. Le lourd chômage de ces années n'a pas provoqué d'accroissement dans le nombre des décès, pas même dans les districts industriels de l'Angleterre. La mortalité augmente, il est vrai, en 1904, mais comme cette augmentation se manifeste simultanément dans les districts industriels et dans les districts agricoles, il est douteux qu'elle ait été provoquée par la stdgnation industrielle. De même, la seconde dépression de 1908-1909 ne se remarque en aucune façon dans la courbe de la mortalité.

Sur la courbe des mariages non plus on ne peut consta-

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ter d'influence manifeste du cycle industriel. En 1908, lorsque commence la dépression, le nombre des mariages ne fléchit pas ; il progresse au contraire et, notamment, dans les comtés indus-

- 8 triels.

- '2 Les variations ■ >« brusques de la

Cil. I. LE CYCLE INDUSTRIEL ET LA VIE NATIONALE 341

courbe de la criminalité ne peuvent s'expliquer par les phases du cycle industriel. Il faut pourtant faire uneexceptionpour la progression ra- + <♦ pide de cette cour- 0 be, dans les comtés 4 industriels, en 8 1908-1909, progression qui fut, à n'en pas douter, provoquée par la stagnai ion industrielle.

DIAGRAMME N° 15 bis

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Toute L'Angleterre

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n'influe même plus d'une manière certaine sur le pau- + 20 périsme. En effet, + l6 on voit le paupé- + l2 risme anglais des-

cendre à son minimu m en 190! , au moment ou commence une grave dépression et at- ~ ô teindre son maxi- ~ muni en 1900, année de grande prospérité industrielle.

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manifestement plus recours à l'assistance de l'Etat lorsqu'elle chôme ou lorsqu'elle est dans le besoin. Les fluctuations dans la proportion des chômeurs sont aujourd'hui aussi fortes qu'autrefois, mais, aujourd'hui, les chômeurs ne se recrutent plus nécessairement dans les rangs des pauvres. Aussi, à côté des fortes fluctuations dans la proportion des chômeurs parmi les membres des syndicats ouvriers, fluctuations que provoquent entièrement les phases du cycle industriel, voiton disparaître toute relation entre la succession des périodes de prospérité et de marasme dans l'industrie et le nombre des pauvres.

Les différentes phases du cycle industriel exercent encore aujourd'hui une certaine influence sur les fluctuations des salaires. Mais cette influence n'est pas comparable à celle d'autrefois. Voici les données statistiques à ce sujet.

Années

Nombre des ouvriers dont

U salaire a augmenté ou

diminué

Total des augmentations ou des diminutions

(salaires hebdomadaires) en livres sterling

D'une façon générale, les mouvements vers la hausse sont plus considérables que les mouvements en sens inverse. Mais, pendant les dix dernières années, le nombre d'années où s'est produite une augmentation est inférieur au nombre

des années marquées par une diminution. En tout cas, les fluctuations que provoquent dans les salaires les diverses phases du cycle industriel ne sont pas considérables.

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