CHAPITRE II
Caractéristique générale des fluctuations de l'industrie anglaise. — La crise de 1825. — Ouverture de nouveaux débouchés dans l'Amérique du Sud. — Spéculations sur les valeurs sud-américaines. — La folie des spéculations. — La construction de nouvelles fabriques de coton. — L'exode du capital anglais vers l'Amérique du Sud. — Les causes de la crise. — La crise de 1836. — Bonnes récoltes. — L'exode du capital anglais vers les Etats-Unis. — Spéculations sur les terres d'Etat. — La crise financière de 1835. — Le caractère de la fièvre des spéculations de 1836. — La circulaire du Président Jackson. — Différence entre l'écoulement de l'or vers l'étranger et son écoulement vers l'intérieur du pays. — Comparaisons des crises de 1836 et de 1825. — La crise financière de 1839. — L'influence des spéculations américaines. — L'absence d'écoulement de l'or vers l'intérieur du pays. — La stagnation des affaires dans les années qui suivirent 1840. — La crise de 1847. — Bonnes récoltes. — Construction de chemins de fer. — La crise financière de 1845. — Les mauvaises récoltes de 1846 et 1847. — Les diminutions de l'exportation. — Pourquoi le capital anglais ne s'écoula-t-il pas vers l'étranger ? — Changement de politique de la banque d'Angleterre en ce qui concerne le taux de l'escompte. — Les fluctuations de prix des céréales. — Suspension des actes de banque de 1844. — Différence entre la crise de 1847 et la crise précédente.
Le retour périodique d'époques de prospérité et de crise est un trait caractéristique du mode de production capitaliste. Mais ces fluctuations ne doivent pas être confondues
avec les changements dans la situation de l'industrie qui embrassent de vastes périodes. Par exemple, l'industrie anglaise s'est développée rapidement jusqu'en 1875; depuis, ce mouvement en avant s'est considérablement ralenti. Mais, comme autrefois, l'industrie anglaise est sujette à des fluctuations périodiques. Dans les années qui suivirent le triomphe du libre-échange, l'Angleterre ne put échapper à de graves crises industrielles, qui s'accompagnèrent d'une stagnation complète des affaires ; la dernière période, peu prospère de l'évolution de l'industrie anglaise, est entrecoupée de moments de prospérité. Les contemporains ne sont, d'ordinaire, pas en état de distinguer les fluctuations périodiques des changements plus profonds dans le domaine de l'industrie. Pendant une crise industrielle des plaintes effrayées se font entendre, on prévoit la ruine du pays. Si la crise se prolonge, les prophéties rencontrent une créance plus grande et le désespoir devient général. Par contre, la prospérité industrielle chasse bientôt des mémoires tout souvenir des jours d'fticiles de jadis ; à la Bourse, on voit tout en rose et cet état d'esprit se transmet à tout le monde économique. II semble qu'il n'y ait jamais eu de crises, qu'une ère industrielle soit arrivée, qui promet une prospérité générale et que rien ne troublera. Mais de même qu'une vague qui vient frapper le rivage n'est pas encore la preuve d'un flux général, de même, on ne peut conclure de l'essor industriel de quelques années à un changement dans l'évolution industrielle du pays.
Au milieu du courant toujours changeant de l'histoire universelle, cette succession régulière de périodes de prospérité industrielle et de déclin est quelque chose de tout à fait remarquable. Autrefois on n'a rien connu de semblable. Sans doute il y a toujours eu des crises industrielles. Ainsi, on peut, au xvnr9 siècle, relever toute une série de crises qui ont plus d'un trait de commun avec celles d'aujourd'hui. Pourtant, à un certain point de vue, les crises
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récentes sont toutes différentes des autres. Les crises anciennes étaient provoquées par quelques circonstances exceptionnelles, le plus souvent d'ordre politique, et elles ne dénotent dans leur retour aucune périodicité. Or, c'est cette périodicité qui est le irait caractéristique des crises modernes, crises du mode de production capitaliste. Ces crises sont bien le seul domaine social où des prédictions très précises se soient plusieurs fois réalisées.
Le retour périodique des crises ne commence en Angleterre que vers 1820.
Les crises de 1811, 1815 et 1818 se classent, d'après leur type, avec les crises du xviue siècle; elles furent la conséquence de la grande guerre de l'Angleterre avec Napoléon.
Tout autre est le caractère des crises anglaises qui suivirent : leur périodicité montre qu'elles ne proviennent pas de circonstances extérieures, mais bien de l'essence même de l'ordre économique moderne. Aune époque de prospérité générale, au milieu du plus bel essor commercial et industriel éclatait, comme un orage, une crise commerciale avec toutes ses suites : banqueroutes, chômage, misère de la population, etc. Particulièrement typiques ont été les crises de 1825 à 1850 dont nous allons parler. Le tableau suivant et le diagramme n° 1 (p. 36, 37) construit d'après ces données serviront à orienter sur le caractère général des fluctuations périodiques de l'industrie anglaise pendant ces années (Voir tableau, p. 35).
Les gros traits verticaux du diagramme indiquent les années pendant lesquelles ont eu lieu en Angleterre des crises industrielles. Les crises sont, pour la période que nous considérons, au nombre detrois : celle de 1825, de 1836 et de 1847. En 1839 a eu lieu une crise financière qui est indiquée dans le diagramme par une ligne pointillée verticale.
Il est facile de remarquer qu'une certaine relation existe entre les variations de toutes les courbes. Les variations de