LES CRITIQUES LETTERAIRES
On appelle critique un jugement porté sur l'œuvre d'un écrivain; non pas un jugement porté au hasard, mais un jugement raisonné, destiné, dans la pensée de son auteur, à diriger l'appréciation du public si elle est incertaine, à la rectifier si elle est erronée, à la motiver si elle est irréfléchie ; ce qui suppose, chez celui qui prétend nous soumettre à son jugement, une compétence proportionnée au rôle qu'il s'attribue. « Si l'on remontait à l'origine de la critique, dit M. Villemain, peut-être s'étonnerait-on que quelques hommes se substituent d'eux-mêmes au public, décident à sa place et en son nom, et raisonnent avec autorité sur les impressions que doit éprouver l'esprit d'autrui^ » Il faudrait s'en étonner, en effet, si le sentiment individuel était l'unique arbitre du goût, s'il n'y avait pas un bon et un mauvais goût. Voltaire a écrit dans le Dictionnaire philosophique : « On dit qu'il ne faut point disputer des goûts ; et on a raison quand il n'est question que du goût sensuel, de la répugnance qu'on a pour une certaine nourriture, de la préférence qu'on donne à une autre... Il n'en est pas de même dans les arts. Comme ils ont des beautés réelles, il y a un bon goût qui les discerne et un mauvais goût qui les ignore^. » C'est que la critique, qui juge des choses de l'esprit, suppose au-dessus d'elle une doctrine lit-