‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 105 sur 243 · Charles-Quint, dans Hernam · texte numérisé non relu

Charles-Quint, dans Hernam

PLANCHE i59

François I«'*, Lucrèce Borgia et Marie Tudor^ ressemblent si peu à riiistoire dans les poèmes qu'il a baptisés de leurs noms. Jusqu'ici il y avait quelque chose d'embarrassant à concilier ces tragédies si peu historiques avec les théories publiées en 1827 par M. Hugo. Après avoir blâmé si sévèrement les silhouettes de Bossuet, l'auteur devrait s'attendre à être jugé sans indulgence. Aussi n'a-t-il pas dû s'étonner des remontrances de la critique; c'était justice et bonne foi de confronter d'année en année le poète avec le législateur ; c'était justice de dire à celui qui avait blâmé les timidités de Racine et les travestissements philosophiques de Voltaire : vous n'avez pas plus qu'eux la vérité relative, et souvent vous avez de moins la vérité absolue.

Modifier les types tragiques de Sophocle et d'Euripide, altérer pour les plaisirs de Trianon le caractère d'Iphigénie et d'Oreste, mettre dans la bouche d'un Arabe ^ du vu® siècle les pensées de d'Alembert et d'Helvétius, était-ce donc une faute plus grande que de choisir dans la chronique européenne des noms gravés en traits ineffaçables et profonds, pour les démonétiser au théâtre? Les âges héroïques de la Grèce n'oflfrent-ils pas à la fantaisie du poète une carrière plus large et plus libre que les générations auxquelles nous louchons de si près? Et s'il est vrai, comme je ne peux pas le nier, que Voltaire, en faisant de la poésie un organe assidu de ses pensées philosophiques, ait méconnu une des lois primordiales de l'imagination, celle qui lui commande de se suffire à elle-même , n'est-il pas également vrai que M. Hugo n'est pas moins coupable que Voltaire lorsqu'il fait d'Olivier Cromwell un bouffon fanatique, de Charles-Quint un coureur d'aventures, de Richelieu un tigre altéré de sang, de François I*"" un héros de taverne, de la fille d'Alexandre VI une mère pieuse et dévouée, et enfin de Marie, fille de Henri VIII, austère et bigote personne, une libertine efiron-

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