QUELLES INFLUENCES ONT FORMÉ TIÏE-LIVE
Les premières impressions font souvent les inclinations dernières; dans l'enfant on découvre Thomme, et Ton est toujours ce que Ton a d'abord été. Nourri aux champs, Virgile aima l'âme immense de la nature vivante, et ses vers ont la molle langueur et la suavité enivrante qu'on respire avec l'air abondant et parfumé des bois. Né à la ville, élevé parmi les hommes et les affaires, occupé à se représenter i€s passions et les intérêts, non les couleurs et les formes, Tite-Live^ s'est trouvé orateur et non poète; il a connu l'homme plutôt que la nature ; il a raconté les actions sans décrire les pays ; s'il eût vécu à la campagne, il eût senli peut-être que le sol et le climat contribuent à former les caractères, et que l'histoire doit renfermer aussi bien la peinture des contrées que la narration des événements.
Selon plusieurs inscriptions, sa famille était noble. Les patriciens des municipes^ exerçaient les charges, dominaient dans la curie, allaient voter à Rome. Ainsi Tite-Live reçut de
1. Dans son Essai sur Tite-Live, M. Taixe se propose de démontrer par un exemple ïa formule suivante : « L'homme, dit Spinoza, n'est pas dans la nature comme un empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout ; et les mouvements de l'automate s[>irituei qui est notre être sont aussi réglés que ceux du monde matériel où il est compris. »
i. TiTE-LivE (59 av. J.-C.-17 de notre ère), historien latin né à Padoue, vint à Home à l'époque de la bataille d'Actium. Il a laissé une Histoire romaine, «livisée en quatorze décades do dix livres chacune. 11 ne nous en reste que de 'longs fragments.
3. Municipes, villes italiennes dont les habitants avaient droit de cité entier •ou droit de cité sans celui do suffrage; on les appelait municipes comme étant -soumises aux mania, c'est-à-dire aux charges du service militaire et aux taxes ^ui pesaient sur les citoyens romains.
TAINE (Hippolyte-Adolphe)
Taine naquit le 21 avril 1828. Il fît de brillantes études au lycée Condorcet, où il eut pour condisciples Guillaume Guizot, le marquis de Barthélémy, et entra le premier à l'École normale. Il fut reçu agrégé de philosophie, puis, successivement, nommé professeur à Nevers, à Poitiers et à Besançon. La hardiesse de ses idées lui ayant suscité des difficultés dans l'Université, il donna sa démission et entra dans le journalisme; il fit ses débuts littéraires dans la Revue de l'instruction publique.
Il publia en 1856 les Philosophes français au dix-neuvième siècle: en 1857, les Essais de critique et d'histoire; en 1858, les Écrivains actuels de V Angleterre ; en 1862, V Histoire de la littérature anglaise; en 1864, Vldéalisme anglais; en 1865, les Nouveaux Essais de critique et d'histoire; en 1866, la Philosophie de V art en Italie et le Voyage en Italie; en 1867, Notes sur Paris, ou Vie et opinions de M, Frédéric-Thomas Graindorge, qui avaient paru dans la Vie parisienne; en 1868, l'Idéal dans l'art, leçons qu'il avait faites à TEcole des Beaux-Arts comme professeur d'esthétique ; puis, en 1869, rArl dans les Pays-Bas; en 1870, l'Art en Grèce et son grand ouvrage De l'Intelligence, ouvrage dans lequel il résume ses doctrines philosophiques; enfin, à partir de 1875, les Origines de la France contemporaine, ouvrage dont la première partie parut en 1875, sous le titre de l'Ancien régime; puis, en 1878, l'Anarchie; en 1882, la Con," quête jacobine, et en 1884 les Gouvernements révolutionnaires. Enfin, le Régime modeime a paru en 1893.
Taine fut élu à l'Académie française le 14 novembre 1878, succédant à M. de Loménie.
Résumer l'œuvre et le talent d'un écrivain dans une qualité maîtresse qui domine toutes ses productions, et expliquer cette qualité maîtresse par le milieu dans lequel cet écrivain est né et s'est développé, telle est la théorie maîtresse de M. Taine. « Ce qu'il faut lui répondre, dit Sainte-Beuve (dans les Causeries du lundiy t. XIII), quand il s'exprime avec une affirmation si absolue, c'est qu'entre un fait si général et aussi commun à tous que le sol et le climat, et un résultat aussi compliqué et aussi divers que la variété des espèces et des individus qui y vivent, il y a place jjour quantité de causes et de forces plus particulières, plus immé-
diates ; et tant qu'on ne les a pas saisies, on n'a rien expliqué. Il en est demême pour les hommes et pour les esprits qui vivent dans le même siècle, c'est-à-dire sous un même climat moral: on peut bien, lorsqu'on les étudie un à un, montrer tous les rapports qu'ils .ont avec ce temps où ils sont nés et où ils ont vécu; mais jamais , si Ton ne connaissait que l'époque seule, et même la connùt-on à fond dans ses principaux caractères, on n'en pourrait conclure à l'avance qu'elle a dû donner naissance à telle ou telle nature d'individus, à telles ou telles formes de talents. »