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QUELLES INFLUENCES ONT FORMÉ TITE-LIVE

Les premières impressions font souvent les inclinations dernières; dans l'enfant on découvre l'homme, et Ton est toujours ce que l'on a d'abord été. Nourri aux champs, Virgile aima l'âme immense de la nature vivante, et ses vers ont la molle langueur et la suavité enivrante qu'on respire avec l'air abondant et parfumé des bois. Né à la ville, élevé parmi les hommes et les affaires, occupé à se représenter les passions et les intérêts, non les couleurs et les formes, Tite-Live^ s'est trouvé orateur et non poète; il a connu l'homme plutôt que la nature ; il a raconté les actions sans décrire les pays ; s'il eût vécu à la campagne, il eût senti peut-être que le sol et le climat contribuent à former les caractères, et que l'histoire doit renfermer aussi bien la peinture des contrées que la narration des événements.

Selon plusieurs inscriptions, sa famille était noble. Les patriciens des municipes* exerçaient les charges, dominaient dans la curie, allaient voter à Rome. Ainsi Tite-Live reçut de

1. Dans son Essai sur Tite-Live, M. Taine se propose de démontrer par un exemple 4:i formule suivante : « L'homme, dit Spinuza, n'est pas dans la nature comme ira empire dans un empire, mais comme une partie dans un tout ; et les mouvements de l'automate s[>irituel qui est notre être sont aussi réglés que ceux du «nonde matériel où il est compris. »

i. Tite-Live (59 av. J.-C.-17 de notre ère), historien latin né à Padoue, vint M Home à l'époque de la bataille d'Actium. 11 a laissé une Histoire romaine, «livisce en quatorze décades do dix livres chacune. 11 ne nous en reste que de 'lonçs fragments.

3. Municipes, villes italiennes dont les habitants avaient droit de cité entier •ou droit de cité sans celui d>; suffrage; on les appelait muniripcs comme étant -soumises aux 7nu>iia, c'est-à-dire aux charges du service militaire et aux taxes «(jui pesaient sur les citoyens romains.

sa famille comme de sa patrie l'éducalion politique et oratoire. Il est probable qu'il dut à sa race les sentiments aris^ tocratiques qui percent dans ses Annales. Il eut pour parent C. Cornélius, « homme versé dans la science des augures^ », qui prenait les auspices au momeut de la bataille de Pharsale. Il raconte que cet augure reconnut le moment de la bataille, et qu'un peu après, dans un transport prophétique, il s'élança en criant : « Tu triomphes, César. » Sans doute Tite- Live fut élevé, comme les anciens patriciens, dans le respect des augures : de là aussi la gravité solennelle avec laquelle il rapporte les fables saintes et reconnaît la volonté des dieux dans les affaires romaines ; de là ce récit minutieux des expiations et des prodiges 2 : « En racontant les choses anciennes, mon âme, je ne sais comment, devient antique; et quand je vois des hommes si sages traiter ces événements en affaires d'État, j'ai scrupule de les trouver indignes de mes Annales. » S'il prend aussi aisément les sentiments antiques, c'est qu'il les a reçus dès l'enfance ; le parent d'un augure, le descendant d'une race noble, a gardé jusqu'au bout l'esprit patricien et religieux.

{Essai sur Tite-Live, Introduction^.)

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