‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 134 sur 243 · LA BIENSÉANCE DANS LE THÉÂTRE DE RACINE · texte numérisé non relu

LA BIENSÉANCE DANS LE THÉÂTRE DE RACINE

Chez Racine, la vertu n'est point bruyante ; il faut la remarquer pour la sentir. Les belles actions s'y font aisément, doucement, par nature, sans vouloir de témoins, en telle sorte que le personnage n'a pas besoin de s'exalter pour y atteindre, et que la géfiérosité coule de son cœur comme d'une source abondante et ouverte : Junie^ refuse la main de Néron sans tirades, du ton le plus modeste, en jeune fille et en sujette, sans se juger héroïque, occupée seulement de ne point irriter l'empereur contre son amant. Les bassesses leur répugnent, non par principes, mais par instinct. Ils s'en écartent naturellement, comme d'une mauvaise odeur; ils font leur devoir moins pour obéir à une règle que pour suivre un penchant. Dryden, le célèbre poète anglais contemporain, se moque de la délicatesse d'Hippolyte qui n'ose révéler à Thé^ sée le crime de Phèdre. <c Un tel excès de générosité n'est praticable que parmi les idiots et les fous ; tirez Hippolytede son accès poétique, il trouvera plus sage de mettre la selle

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