‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 135 sur 243 · Dans Dritannicus · texte numérisé non relu

Dans Dritannicus

sur le bon cheval et aimera mieux vivre avec la réputation d'un honnête homme franc de langage, que mourir avec l'infamie d'un scélérat et d'un incestueux *. » Au siècle de Dryden, je le veux, et dans son pays. Mais sa rude plaisanterie et ses phrases grossières sufQsent pour marquer la différence des deux siècles et des deux pays. Un prince comme le duc de Bourgogne, élevé par un homme comme Fénelon, aurait tenu la même conduite qu'Hippolyte 2. H aurait eu horreur de se rappeler l'action de Phèdre. Si jeune, si purement conservé par une éducation vigilante et pieuse, si assidûment nourri par des moeurs délicates, des habitudes de prévenance et des spectacles de gloire, il voudrait se cacher ce crime à lui-même ; il n'ose y penser; c'est le renversement de toutes ses croyances ; quand même il voudrait le révéler, il ne le pourrait; la parole lui manquerait devant Thésée; il a trop de vénération pour son père et son roi.

Devais-je, en lui faisant un récit trop sincère, D'une indigne rougeur couvrir le front d'un père? Vous seule avez percé ce mystère odieux :

Mon cœur pour s'épancher n'a que vous et les dieux 3.

Ce seul mot, le dernier, tout chrétien, indique la délicatesse d'une pareille âme ; il est devant sa maîtresse comme dans son oratoire. Un amour si pur ne va point sans une piétéfiliale et une pudeur extrêmes'». Et tel est l'amour dans toutes ces tragédies ; les sens semblent n'y avoir aucune part ; on n'en parle pas même pour en triompher, comme dans Corneille ; ce n'est qu'une amitié sublime et plus tendre, qui est contente pourvu qu'elle obtienne en retour une amitié pareille; cette certitude lui suffît et suffît à un dénouement, au. plus touchant de tous, celui de Bérénice. Bérénice sait qu'elle

Page 1