‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 159 sur 243 · Un vol. in-12; libpairic Calmann-Lévy · texte numérisé non relu

Un vol. in-12; libpairic Calmann-Lévy

au bon goût. Elle a, en tout cas, disparu à peu près complètement de notre théâtre. Châtier les vices est bien moins la loi de nos auteurs comiques que flageller la nature humaine, et lorsqu'ils prétendent corriger les mauvaises mœurs , nous ne savons comment cela se fait, mais le plus sûr résultat qu'ils atteignent, c'est d'offenser les bonnes*. Quiconque s'est formé autrement que par la littérature du jour et voudra s'interroger au sortir de nos drames en vogue, se sentira blessé au fond du cœur, et atteint dans un je ne sais quoi d'indéfinissable qui est ce qu'il y a de plus noble en nous. 11 a été amusé ; il a même été, par moments, ému; il a trouvé telle scène charmante, telle autre écrite avec feu, telle autre semée de mots spirituels et justes. Cependant il est mécontent, et il sent qu'il a raison de l'être. Nous voudrions essayer ici de rechercher s'il n'y a point à ce vague malaise des causes précises. Ce ne sera point faire étalage d'un rigorisme toujours peu séant chez ceux qui, selon le mot du poète, sont « amis de la vertu plutôt que vertueux ». Ce sera tout uniment faire œuvre de critique. Quand un honnête homme est choqué au fond de sa conscience d'un spectacle auquel il vient d'assister, on peut conjecturer d'avance que'son honnêteté eût moins souffert si son goût avait été plus ménagé. L'art parfait ne sauve point toujours la morale, et ce n'est point son but delà sauver; il réussit toujours à nous épargner le scandale. C'est donc l'art qui nous préoccupera, alors même que nous paraîtrions plus particulièrement exposer des mœurs et les juger.

Il y a, en effet, un art du théâtre avec ses règles propres, et nous sommes un peu confus d'avoir à énoncer avec autant de solennité une proposition aussi ingénue; mais les traditions comme les bonnes études ont été si complètement abandonnées, et l'inexpérience est devenue si générale, qu'on a presque l'air de soutenir un paradoxe quand on parle de règles quelconques. Personne ne croit plus aux règles, et la critique y croit moins que personne. La critique a prodigieuse-

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