‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 183 sur 243 · vol. in-12; Hachette et C'« éditeurs, Paris · texte numérisé non relu

vol. in-12; Hachette et C'« éditeurs, Paris

-1. Marivaux (1688-1763), romancier et surtout auteur comique. Ses principales comédies sont : les Jeux de l'amour et du hasard, les Fausses Confidences, le Legs. Son style souvent précieux et les sentiments un peu subtils qu'il prête à ses personnages ont fait donner le nom de marivaudage au genre qu'il a créé.

Évidemment, il n'y a pas lieu ici de faire le moindre rapprochement. Cette faculté de plaisanter utilement, elle ne s'enseigne, ni ne s'emprunte, ni ne s'achète au marché. On Ta ou on ne Fa pas. Marivaux l'avait. Il est brillant sans doute, mais plutôt par la justesse que par l'abondance du trait et par une certaine volubilité de langue, à lui bien personnelle, plutôt encore que par l'éclat de la palette. D'ailleurs , tout à fait émancipé de Molière, il n'imite de lui ni l'espèce, ni par conséquent les ressorts de l'intrigue, ni surtout, et ce point est capital, les mobiles qui font agir ses personnages. Est-ce à dire qu'il soit tout à fait indépendant, mort sans successeur et né sans ancêtres? Non; mais tandis que tous les autres obéissent à l'impulsion de Molière, Marivaux y résiste d'abord, finit par se révolter, rompt ses liens et va se mettre à l'école de Racine. La comédie de Marivaux, c'est la tragédie de Racine transportée, d'un^ ordre de choses où les événements se dénouent par la trahison et la mort, dans un ordre de choses où les complications se dénouent par le mariage. Au fond, Andromaque, n'est-ce pas une « double inconstance » : Pyrrhus infidèle à l'amour d'Hermione, comme Hermione est parjure à l'amour d'Oreste ? N'est-ce pas la tragédie, s'il en fut, des « fausses confidences » que Bajazet :

Avec quelle insolence et quelle cruauté

Ils se jouaient tous deux de ma crédulité !...

Mais Milhridate ou Phèdre, quels jeux et quels jeux sanglants « de l'amour et du hasard »! Déjà les contemporains de Marivaux, étendant à toutes ses comédies le titre de l'une ou plutôt de deux des meilleures d'entre elles, avaient remarqué qu'elles étaient toutes des surprises de Vamour, Placez seulement l'amour dans des circonstances qui relèvent à la dignité d'une passion tragique, ne sont-ce pas toutes aussi surprises, et terribles surprises de l'amour, que les tragédies de Racine ?

[Études critiques sur l'histoire de la littérature française,

2« série, Marivaux K)

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