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Los romantiques

3. StouhaIm de son vrai nom Henri Beylr (1783-1842), critique et romancier porté à l'ironie et au paradoxe. On cite parmi ses œuvres : Histoire de la peintiu-e en Italie (1817); Rome, Naples, et Florence (1817-1826); Racine et Shakespeare (1825) ; le Rouge et le Noir (1831) ; la Chartreuse de Parme (1839).

4. On lui a reproché souvent d'avoir peint des personnages du xvu* siècle sons des noms grecs et romains.

Iribue à nous le faire apprécier; car c'est par elle que ses peintures restent jeunes et se trouvent à la fois contemporaines des trois plus beaux siècles de notre développement intellectuel*. La plupart des vers de Racine n'ont pas une ride et ne « datent » point. Étant nus, ils échappent aux caducités delà mode ; et, comme ils sont faits d'une matière incorruptible, leur nudité ne se fane pas.

Sa personne, je l'avoue, ne me séduit pas moins que sou œuvre. On sait qu'il fut le plus impressionnable des hommes, et que même cette sensibilité l'entraîna plus d'une fois dans des démarches 2 que lui ont amèrement reprochées ceux qui ne l'aiment point. Mais avez-vous fait attention que sa vie renferme le drame le plus extraordinaire et à la fois le plus douloureux, un drame tel que l'histoire de la littérature n'en offre pas un autre exemple? Après Phèdre, il renonce au théâtre par repentir et scrupule de piété : voilà le fait ; il est simple ; Racine lui-même n'en a point parlé, sinon peut-être dans ses lettres intimes ; car en ce temps-là on cachait ce qu'on étalerait aujourd'hui.

louable et sainte pudeur! Ne souffrez pas, toutefois, qu'elle vous dérobe un secret si intéressant. Réfléchissez ; tâchez de vous représenter les circonstances, les causes secrètes et la beauté morale de cette retraite et de ce renoncement, et ce qu'il y a eu là de souffrance et d'héroïsme.

Racine avait trente-sept ans ; il était aimé... il menait la vie la plus brillante, la plus noble et la plus douce ; il avait la gloire; il était dans toute la force de son génie et le sentait; il avait ses tiroirs pleins de beaux projets de tragédies, le plan d'iphigénie en Tauride et une Alceste presque terminée. Et, comme c'était un génie fort conscient, il devait être d'autant plus persuadé que son art était la plus haute des occupations humaines. La poésie devait être vraiment sa vie et son tout. Or, en pleine jeunesse, en pleine gloire et en pleine joie de

1. Parce qu'il peint l'homme de tous les temps, et que ses Grecs et ses Romains sont, avant tout, des êtres humains.

2. Par exemple la première lettre écrite en réponse à Nicole qui «avait traité les auteurs dramatiques « d'empoisonneurs publics ». Boileau l'empccha de publier la seconde.

production poétique, non seulement il se range tout à coup ;i une vie pieuse et à une pratique exacte de la morale chré- I ienne, — ce qui serait déjà remarquable et singulier, — mais il répudie entièrement et sans retour ce qui avait été pour lui jusque-là la principale raison de vivre ; il fait une chose plus dirQcile encore, la plus difQcile de toutes : il brûle, il anéantit les œuvres commencées; — et il les anéantit tout en les sachant belles. Ce qu'il tue en lui, ce n'est pas seulement la vanité, l'orgueil, l'amour de la gloire : il cherche, tout au fond de son âme, quelque chose de plus intime et de plus cher encore à immoler. Ce qu'il tue en lui, c'est l'attachement de l'artiste à son œuvre, le désir invincible de réaliser le beau qu'il conçoit. Et c'est ce sacrifice qui me paraît prodigieux. Un moment, il songe à se faire chartreux. Mais chartreux, c'est trop aisé. Puis, il trouve que ce dénouement sent encore trop son homme de théâtre , et alors il découvre un genre d'immolation plus humble et plus complet : il se marie, il épouse une bourgeoise simple d'esprit et qui n'avait pas lu une seule de ses tragédies. Et, à partir de ce moment, u l'auteur » est bien mort en lui. Le chrétien écrira un jour Esther et Athalte^ ; mais l'auteur, c'est-à-dire la bête la plus vivace, la plus longue à mourir et la plus prompte à ressusciter que nous portions dans nos entrailles, se taira pour jamais.

Jugez maintenant, à l'élrangelé et à la grandeur du sacrilice, de ce qu'il a pu coûter. Imaginez la lutte cachée, les élans et les reculs de l'àme, les angoisses mortelles. Quel drame on devine! Quelle illumination intérieure et quelles larmes ! Quelle vue nette, aiguë, définitive, de la vanité des choses humaines ! Quels ressouvenirs tendres de sa pieuse enfance à Port-Royal, de la chapelle où il priait, des jardins où il rêvait et composait ses odes enfantines ! Quels remords d'avoir tant centriste ses vieux maîtres^ ! Quels mouvements

1. u écrira ces deux pièces à la prière de M""» de Maintenox, douze ans après avoir renoncé au théâtre, la première en i689, la secondo en 1691.

2. De les avoir contristés, à Port-Royal d'abord, en lisant et en dévorant le roman grec de Théagène et CharicLée, puis au théâtre, puis en écrivant ces lettres mordantes pour venger les poètes dramatiques de l'épithète u d'empoisonneurs publics », dont les avait stigmatisés Nicole.

H. et M. — Extraits des critiques. 17

de foi et d'amour vers le Dieu qu'ils lui avaient enseigné ! Parmi tout cela, sans doute, quelles réapparitions des images de gloire ou de plaisir I quels retours offensifs du tentateur 1 quelles morsures peut-être, subitement réveillées dans sa chair, des sensations d'autrefois ! Mais aussi quelle allégresse amère de renonciation ; quelle joie mystique de sacrifier plus que les autres, a3'ant reçu plus qu'eux* I Et à la fin, je veux le croire, quel apaisement et quelle douceur! On parle de la nuit de Pascal et de la nuit de Jouffroy^^. Que dut être la nuit de Racine? Voilà un sujet que je livre aux faiseurs d'à-propos pour son prochain anniversaire; ou plutôt qu'ils n'y touchent point, cela est trop beau. Le rêve me suffît.

{Impressions de théâtre, 2« série 3.)

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