RACINE
Singulière destinée de l'auteur d' Andromaque et de Phèdre! Nul, entre les classiques, n'a été conspué plus hautement par les échauffés de 1830* ; et nul, je crois, n'est plus tendrement aimé aujourd'hui. On l'accusait, j'imagine, de fausse élégance, de pompe, de froideur, et de ne savoir ni sentir ni exprimer la vie ; et voilà que nous avons découvert — après La Bruyère, il est vrai, et après Stendhal ^ — que nul poète n'a fait des peintures plus exactes, plus franches ni plus hardies des « passions de l'amour ». Seulement, avec la manie que nous avons d'inventer des mots nouveaux pour de très vieilles choses, nous disons : « Racine est, au fond, l'écrivain le plus naturaliste du xviie siècle. » (La Bruyère écrivait simplement : « Corneille est plus moral. Racine plus naturel. ») De même, les romantiques lui reprochaient d'ignorer la « couleur locale^ », et voilà que cette indigence même con-