Corser, au figuré : rendre consistant
i. Monté, c'est-à-dire exaspéré. Cette expression appartient & la langue tuIgairc.
3. BoDcHAnnY, auteur dramatique contemporain, qui a fait le Sonneur de Saint-Paul, Lazare le pâtre.
4. Ducanok(1783-1833), romancier et dramaturge français, connu surtout par son mélodrame intitulé Trente ans ou la Vie d'un joueur. — Un érudit français du xvii» siècle, célèbre par ses travaux sur le moyen âge, a porté le même nom.
pose ici que vous avez présentes à la mémoire, dans leur farouche simplicité, la tragédie d'Eschyle et celle de Sophocle. Voici les divers enjolivements mélodramatiques que Voltaire y a apportés. D'abord c'est un naufrage qui jette Oreste et Pylade sur le rivage d'Argos ; et ils ne savent où ils sont. Pourquoi ce naufrage? Pour rien ; parce que, dans un mélodrame qui se respecte, il n'y a jamais trop d'intrusions du hasard ni trop de surprises. Dans Sophocle, Turne qu'apporte Oreste est vide, et il raconte simplement qu'il a vu mourir Oreste et qu'il ramène ses cendres ^ Tout cela est bien simple ! Ici Oreste raconte à Égisthe et à Clytemneslre qu'il a tué de sa propre main le fils d'Agamemnon, et l'urne contient, en effet, des cendres.
En somme. Voltaire n'a pas vu bien clair, il n'a pas vu qu'il y a dans les tragédies de Corneille et de Racine tout autant d'action que cette forme dramatique en peut admettre ; qu'augmenter la part de l'action extérieure, des surprises, des coups de théâtre, qui le plus souvent veulent être longuement amenés et expliqués , c'est diminuer d'autant la part de l'analyse et du développement des caractères et des passions; que déplacer ainsi l'intérêt, le transporter des hommes aux événements, altérer par là le fond de la tragédie, et cependant en maintenir la forme et l'appareil, c'était, en réalité, la diminuer, la corrompre, la déshonorer. Il n'a pas compris que la façon dont il entendait le drame appelait, exigeait une forme plus large et plus commode, la faculté de se mouvoir dans le temps et dans l'espace par la suppression des unités de jour et de lieu, et la prose au lieu du vers, ou tout au moins un vers moins « noble » et moins guindé : cela lui aurait permis de mieux expliquer ses situations, de préparer plus commodément et plus clairement ses surprises et ses coups de théâtre, et de répandre un peu de lumière
1. Oreste, éclairé sur son origine par un oracle, revient en effet à Argos, sous un nom d'emprunt, pour venger le meurtre de son père Agamemnon. II fait croire à Clytemnestre, sa mère, et à son complice Égisthe, pour calmer leur défiance, qu'Oreste est mort ; et après avoir ainsi endormi leurs inquiétudes, il les immole tous deux, de concert avec Electre sa sœur.
dans la conduite de ses pièces, où bien des points restent vagues et obscurs. En somme, Voltaire a péché à la fois par une certaine grossièreté et vulgarité de conception dramatique, et par une aveugle soumission aux règles les moins essentielles de la tragédie classique. II a fait des mélodrames en mauvais vers étriqués et nobles, des mélodrames mal habillés en tragédies. Et, comme j'y retrouve intactes les trois unités, comme je n'y vois ni mélange du comique ou du familier avec le tragique, ni lyrisme, ni poésie, ni pittoresque, ni thèses sociales, ni mélancolie, ni truculence, ni rien, on ne peut même pas dire que ce soient déjà des espèces de drames romantiques, ce qui ne serait pourtant pas encore grand'chose.
{Impressions de théâtre, 2° série *.)