‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 202 sur 243 · Lecène et Oudin éditeurs, Paris · texte numérisé non relu

Lecène et Oudin éditeurs, Paris

mélodrames. C'est pitié de voir ce qu'il fait de Shakespeare, d'Eschyle et de Sophocle. S'il imite le Jules César du poète anglais, il le trouve trop simple et, pour le u corser* », pour le rendre plus pathétique, il fait de Brutus le fils de César. Après quoi, il ne sait plus comment finir. Brutus, fort embarrassé, se dérobe, s'efface et passe la main à Cassius. Voilà tout un drame gâché, et pourquoi? Pour un enfantillage, pour le petit mouvement de surprise que nous pourrons avoir en entendant César dire à Brutus : « Je suis ton père. » — Et Hamlet, qu'en a fait Voltaire? Il en a fait Sémiramis, hélas! Supposez qu'Hamlet ignore sa naissance, ne sache point que Gertrude est sa mère et ne l'apprenne qu'au troisième acte ; supposez que Gertrude, prise de remords, n'ait pas épousé son complice Glaudius, mais qu'elle veuille épouser Hamlet, ignorant qu'il est son fils; supposez que le spectre du roi assassiné n'apparaisse que pour empêcher cet inceste, et qu'il apparaisse en plein jour et devant toute la cour assemblée; supposez que cette apparition soit d'ailleurs parfaitement inutile et qu'il y ait un « grand prêtre » qui sait tout et qui révèle tout à Hamlet; supposez qu'Hamlet soit d'autant plus monté 2 contre Claudius que celui-ci est son rival auprès d'Ophélie; supposez que presque tout le rôle d'Hamlet, ses angoisses, ses luttes intérieures, sa folie feinte, aient été retranchés; supposez, enfin, qu'on ait enlevé d* Hamlet tout ce qui fait la beauté d'Hamlet, pour y substituer des mys

tères et des complications futiles, et vous aurez Scml-

ramls.

lit les Choép/iores d'Eschyle, et ï Electre de Sophocle, qu'ea a fait Voltaire dans son Oreste ? Exactement (quoique moins bien) ce qu'en auraient fait Bouchardy^ ou Ducange*. Je sup-

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