‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 209 sur 243 · Sapience, sagesse · texte numérisé non relu

Sapience, sagesse

chant railleur de Jean de Meung* ! Si je ne me trompe, nous retrouverons quelque chose de cette honnête candeur chez Madeleine de Scudéry, la vieyge sage, d'âme héroïque et d'esprit prolixe. Voici Marguerite d'Angoulôme^, très savante, très entortillée, toute fumeuse de la Renaissance, souriante, gaie et bonne à travers tout cela, avec son grand nez sympathique, le nez de son frère François P'. — Puis, c'est l'autre Marguerite, Marguerite de Valois, point pédante celle-là, dégagée, galante avec une entière sécurité morale, que rien n'étonne, qui raconte si tranquillement la Saint-Barthélémy, la première femme de son siècle qui écrive avec simplicité ; une inconsciente, un aimable monstre, comme nous dirions aujourd'hui que nous aimons les mots plus gros que les choses^. — Je mets ensemble les énamourées, les femmes brûlantes, les Saphos, chacune exhalant sa peine dans la langue de son temps : Louise Labbé ^ mettant de l'érudition dans ses sanglots ; M^^« de Lespinasse^ mêlant aux siens de la sensibilité et de la vertu , Desbordes-Valmore*^ des clairs de lune et des saules pleureurs...

M"® de Gournay^ est une antique demoiselle pleine de science, de verdeur et de virilité, une vieille amazone que Montaigne, son père adoptif, dut aimer pour sa candeur, une respectable fille qui a l'air d'un bon gendarme quand, dans son style suranné, elle défend contre Malherbe ses « illustres vieux ». Je crois la voir donner la main à M™® Dacier^, cette

1. Jfan de Meuno (1260-1322), l'un des auteurs du Roman de la Rose, avec Guillaume de Louris.

ii. On a, sous le nom de Marguerite D'ANCouLftME, un recueil de poésies intitulé : les Marguerites de la Marguerite des princesses.

Page 1