Sous la Fronde
l'endroit des autres, et chéri d'elles. « Je l'ai vu pleurer la mort de sa mère, dit M"*^ ^q Sévigné, avec une tendresse qui me le fait adorer. » — <c II y a un homme dans le monde, dit-elle encore à propos de la mort du jeune Longueville, qui n'est guère moins touché (que M°^® de Longueville) ; j'ai dans la tête que s'ils s'étaient rencontrés tous deux dans ces premiers moments, et qu'il n'y eût eu que le chat avec eux, tous les autres sentiments auraient fait place à des cris et à des larmes. qu'on aurait redoublées de bon cœur. C'est une vision... » — (c Je vous conseille d'écrire à M. de La Rochefoucauld sur la mort de son fils le chevalier et sur la blessure de son autre fils M. de Marsillac. J'ai vu son cœur à découvert dans cette cruelle aventure; il est au premier rang de ce que j'ai jamais vu de courage, de mérite, de tendresse et de raison. »
Grand cœur aigri sans être gâté. Il est un âge où il faut que le cœur u se brise ou se bronze », ou se corrompe. Le cœur de La Rochefoucauld était trop noble pour se gâter ou s'endurcir, trop vigoureux pour se rompre. Il s'est élevé pour se garantir, s'est réfugié dans le sanctuaire altier et peu accessible de quelques alfections nobles, éprouvées et fidèles; et de là, le sage sans illusion, par une dernière faiblesse, dont nous ne saurions nous plaindre, a laissé tomber sur le reste des hommes quelques regards perçants et quelques jugements pleins d'un hautain et savant mépris.
(Les Grands Maîtres du dix-septième siècle, La Rochefoucauld, II*.)