‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 237 sur 243 · LAMARTINE · texte numérisé non relu

LAMARTINE

Lamartine est Thomme de France qui a été le plus aisément et le plus naturellement idéaliste. Le mot est vague, mais la doctrine, ou, si Ton veut, la tendance, l'est aussi, et le fond des sentiments de Lamartine Test tout de même. On s'entend assez bien quand on parle de choses belles ou de choses laides. Mettons, pour ne pas trop raffiner, que l'idéaliste est un homme qui est beaucoup plus frappé des beautés de tout ordre que contient le monde, que de ses laideurs, et qui s'élève volontiers à la contemplation ou à l'hypothèse d'une persistance et d'un triomphe permanent du beau dans l'ensemble des choses. Lamartine a été cet homme-là plus que personne peut-être depuis Platon.

On peut presque dire qu'il a la faculté de ne point voir le laid, et qu'il vit dans l'illusion éternelle de la beauté. Il admire le beau en soi-même, en sa personne, en son esprit et on son cœur; ill'admire dans la nature, qui pour lui est invariablement gracieuse et charmante ; il l'admire dans l'humanité, dont il ne voit que les têtes glorieuses, qu'il entoure encore d'une gloire plus vive ; il l'adore en Dieu, qui pour lui est moins toute bonté ou toute justice que toute beauté. Le ^ieil argument des causes finales, de Dieu [prouvé par l'harmonie du monde, pour lui n'est pas un argument, c'est un sentiment. Toutes les Harmonies sont, non pas des raisonnements, non pas des méditations, mais des élévations naturellos des beautés de la nature à la beauté suprême qui est Dieu. Ce sont les Harmonies de la nature mises en vers, cela est cert.iin, mais sans le labeur patient d'argumentation ingénieuse de Bernardin de Saint-Pierre, ou même de Chateaubriand dans le Génie du christianisme; c'est le mouvement instinctif d'une

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