Historien clirétien du iv" siècle
2. Démosthène (né en 385 avant notre ère), le plus illustre des orateurs grecs, prononça contre Philippe, roi de Macédoine, qui voulait asservir Athènes, ses patriotiques Philippiques et ses Olynthiennes.
3. Chrysostome (348-407 de notre ère), l'un des Pères de TÉglise chrétienne, célèbre par son éloquence pleine de mélodie et d'imagination.
4. Tertollien (il* siècle de notre ère), devenu chrétien, bien qu'il se soit laissé séduire par l'hérésie des montanistes, fut un des champions les plus vigoureux de l'Eglise.
5. 1 vol. in-i2, Paris, librairie académiqua Didier; Perrin et C»', éditeurs.
0. Il s'agit ici de V Œdipe de Voltaire, tragédie imitée de Sophocle, et qui parut en 1718.
de VOS mœurs, vous plaît davantage; mais n'affirmez pas qu'elle vaut mieux : il y a chance, au contraire, pour que ce mélange d'esprits opposés, ce double travail sur un même fond, ait produit quelque chose de moins parfait et de moins pur.
Prenons pour exemple le plus admirable, le plus inspiré des imitateurs du génie grec, Racine. Est-ce dans ses tragédies grecques françaises qu'il faut chercher son chef-d'œuvre? Ce qu'il change, ce qu'il môle, ce qu'il ajoute à ses modèles, dans Phèdre ou dans Iphigénie, est-ce un progrès ou un expédient de l'art? Quelques-uns des artifices dont s'est servi Racine pour rapprocher de nos mœurs ces fabuleux sujets ne les altèrent-fls pas, n'en affaiblissent-ils pas le pathétique et la vérité relative? Pour l'effet tragique, la délivrance et l'heureux mariage d'Iphigénie, annoncés par Racine, valentils la simplicité terrible de la légende grecque? Pour la vérité des personnages, la fière résignation de la jeune princesse de Racine vaut-elle les plaintes touchantes, la douleur naïve et l'effroi de jeune fille dépeints par Euripide? [Enfin, ces gardes, cette cour, ce majestueux accueil que reçoit Clytemnestre, cela vaut-il, pour le spectacle et l'intérêt, le char où Qytemnestre arrive avec sa fille près d'elle, le petit Oreste endormi sur ses genoux, et descend au milieu d'un chœur de femmes grecques, qui seules pouvaient la recevoir et l'approcher? Et dans Phèdre, la conversation de Théramène etd'Hippolyte, est-ce un début comparable à cette entrée du jeune héros grec, libre, pur, farouche, une couronne de fleurs sur la tête, animant ses compagnons aux rudes plaisirs de la chasse, et dévouant son cœur à la chaste Diane dans un hymne d'une ravissante douceur? Qu'est-ce que la flamme d'Aricie, semblable à tant d'autres, au prix de cet amour idéal et de la scène sublime où la déesse, se révélant, console par une vision céleste l'agonie douloureuse d'Hippolyte?
Tout cela soit dit avec adoration du génie de Racine; mais la vraie grandeur de son art se montre surtout dans les piè-
1. Les mœurs grecques séparaient la femme de l'homme, dans la vie privée, et la reléguaient dans le gynécée, appartement exclusivement réservé aux femmei.
ces qu'il a lirées de l'histoire, où elles attendaient la vie poétique. Quand la statue était faite et animée par le ciseau grec, la défaire et la recomposer, c'était en altérer la grâce primitive; il eût mieux valu, peut-être, en faire une simple et fidèle copie, sans autre nouveauté que l'expression; mais le goût du siècle voulait se retrouver dans ces remaniements de l'imagination antique.
Admirons Racine de ce qu'il a fait ou suppléé; mais ne prenons pas ces changements pour des progrès, dans le point de vue éternel de l'art. Le goût du xviii« siècle imposait à Voltaire, dans une œuvre semblable, un esprit plus moderne encore. Le respect de l'antiquité classique s'était fort affaibli, et certaines conventions de théâtre avaient pris plus de force. Aussi quand le bon M. Dacier, qui vivait encore, apprenant que le jeune poète s'occupait d'CEdipe, lui conseilla de ne rien oublier de Sophocle et de traduire les beaux chœurs de la tragédie grecque. Voltaire se prit à rire...
Voltaire se mit donc à l'œ.uvre pour accommoder Sophocle au goût du temps : il substitua le personnage épisodique de Philoctète à Créon, l'adversaire naturel d'QEdipe; il remplaça Tirésias par un grand prêtre; il ne donna pas d'enfants à Œdipe; il suspendit avec un art plus apparent la révélation de sa destinée*; il adoucit son désespoir; il ne le montra pas aux spectateurs les yeux crevés et sanglants; il répandit sur le tout un vernis d'élégance et de philosophie.
Mais où était ce grand spectacle qui ouvre les tragédies grecques, ces enfants, ces vieillards, ces prêtres avec des bandelettes et des rameaux, priant aux autels des dieux, près du palais d'QEdipe, et espérant dans ce roi qui les accueille et les console? Quelle exposition que cet hymne de reconnaissance qu'ils lui adressent, dans l'excès même de leurs maux! quel contraste entre cette invocation de son secours et la falalité dont il sera bientôt frappé ! quel intérêt croissant dans l'arrivée soudaine de Créon, revenant de Delphes, la cou-
1 . L'intérêt de la tragédie de Sophocle intitulée Œdipe Roi est tout entier, «n eflet, dans la révélation de la destinée d'CEDiPE, qui apprend par degrés, sans y vouloir croire, qu'il est le meurtrier de son père et l'époux de sa mère.
ronnede lauriers sur la tête M quelle gravité religieuse, quelle émotion populaire dans les chants du chœur qui suivent le récit de Gréon ! Il faut l'avouer, Fentrevue du voyageur Philoctèle avec un Thébain, son ami, le récit fait à Philoctète de tout ce qui s'est passé dans Thèbes depuis son premier séjour dans cette ville, remplacent bien faiblement ces sublimes beautés. Dans la seconde scène, il est vrai, Voltaire a conservé quelques traces du chœur; mais au lieu de longues et touchantes prières, il met dans sa bouche une sorte de désespoir et de défi tout h fait étranger au génie antique.
Frappez, dieux tout-puissants, vos victimes sont prêtes : O monts l écrasez-nous ; cieux, tombez sur nos têtes ! etc.
Puis Œdipe tient une assemblée du peuple comme dans Sophocle ; seulement, ce qui aurait bien étonné les Grecs,- il après de lui, dans celte assemblée, la reine Jocasle^, qui prend la parole devant le peuple, Jocaste, pour laquelle Philoctète nous a fait connaître ses feux dans la première scène* Certes, sans parler même delà couleur locale, Sophocle avait fait preuve d'un art plus délicat en ne montrant Jocaste que plus tard et fort peu de temps sur la scène.
Dans la tragédie grecque, dès que Taffreux mystère est soupçonné d'QEdipe, Jocaste disparaît; et, de scène en scène^ on apprend sa solitude désespérée, ses gémissements, sa mort; mais on ne la voit plus. Le poète, qui ne craint pas d'étaler sur la scène le spectacle de la souffrance physique, a cru cette horreur morale trop forte, et Ta soustraite aux yeux. Dans la tragédie française, au contraire, Jocaste est partout : elle parle au peuple, elle s'entretient avec une confidente, elle écoute une redite d'amour du prince Philoctète, elle lui donne rendez-vous pour une seconde explication et,
i. CnÉON, dans la pièce grecque, vient annoncer à Œdipe que Thèbes sera délivrée de la peste quand l'homme impur et criminel qui la souille sera sorti de son territoire.
2. Rappelons ici que dans VOdyssée, lorsque Pénélope paraît au milieu des prétendants et leur adresse la parole, son flls Télémaque l'invite à retourner dans le gynécée, en lui rappelant que c'est aux hommes seuls qu'il convient de "prendre la parole en public.
quand il est accasé, elle le défend avec ce vif intérêt que laisse un «ancien amour. Quand le grand prêtre a désigné GEdipeS elle assiste en tiers à Tentretien de Philoctèle et d'GEdipe ; enfin, après les scènes de confidence entre les deux époux, si bien imitées de Sophocle, elle reparaît encore sur la scène ; elle parle de son fils :
Ne plaignez que mon fils, puisqu'il respire encore.
Elle y prononce, en se donnant la mort, les derniers mots du drame :
Au milieu des horreurs dont le destin m'opprime, J'ai fait rougir les dieux qui m'ont forcée au crime.
pensée dans le goût de Lucain, bien éloignée de la simplicité du génie grec. Certes, Messieurs, il n'y a pas besoin du progrès moral qu'ont amené les siècles, pour sentir combien, dans la vue la plus élevée de l'art, cet emploi répété d'un tel personnage est inférieur à la sévère discrétion de Sophocle ; je le dirai même, cette faute n'est échappée au génie de Voltaire que parce que le sujet du drame n'était pas sérieux pour lui, et qu'il ne pouvait entrer dans la primitive et religieuse inspiration de Sophocle ; mais alors même, la bienséance moderne aurait dû l'avertir, s'il avait cherché autre chose qu'un texte à de beaux vers.
Nous voilà, sans le vouloir, Messieurs, bien loin du critique célèbre 2 qui jugeait que Voltaire avait perfectionné les détails de Sophocle, avait ménagé des « nuances délicates », avait observé « des convenances relatives à la personne et à la situation, et bien plus sensibles et plus fréquentes chez les modernes que chez les anciens ».
Non, Messieurs, l'art, comme le génie, est du côté de Sophocle. Il faut en donner quelques preuves. Dans la scène si dramatique où les deux époux s'interrogent sur le passé , La Harpe admire les ornements ajoutés par Voltaire à la