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L'abaissement des caractères, sous le régime impérial

3. 1 vol. in-12, Paris, librairie académique Didier; Perrin et C'* éditeurs.

4. ViLLEMAiN a ici en vue, évidemment, VEssai sur les mœurs, dans lequel Voltaire montre une certaine étroitesse de jugement au sujet des Croisades, de la Réforme et des questions religieuses.

5. Chez le roi de Prusse Frédéric H, à la cour duquel se trouvait Voltairjb.

Cet ouvrage de Voltaire est, par Télégance même de la forme, une image du siècle mémorable dont il offre Thistoire. On y voudrait seulement plus de grandeur et d'unité. L'historien, qui prend assez souvent le ton d'un contemporain, ne voit pas cependant d'un seul coup d'œil les faits, les caractères, les mœurs, se développer devant lui. Il aime mieux diviser son sujet par groupes distincts de faits homogènes, racontant d'abord et de suite toutes les guerres, depuis Rocroy jusqu'à la bataille d'Hochstedt, puis les anecdotes, puis le gouvernement intérieur, puis les finances, puis les affaires ecclésiastiques, le jansénisme, les querelles religieuses, etc. Mais les guerres ne se comprennent pas bien sans les finances, et Tune et l'autre sans l'esprit général du gouvernement. Tout, dans l'intérieur, n'avait-il pas précédé et préparé cette action si libre et si forte de Louis XIV au dehors ? On voudrait voir grandir, au milieu de la Fronde, ce jeune roi, despote par fierté naturelle et par nécessité ; mais ce n'est qu'au second volume, après toutes les conquêtes et toutes les défaites de Louis XIV, que vous racontez sa visite menaçante au parlement de Paris, et ce coup d'État qu'il fit, si jeune, en habits de chasse et en bottes fortes. Cette révolution dans le gouvernement est reléguée parmi les anecdotes.

La vérité, comme l'intérêt, aurait gagné à un récit moins morcelé. L'activité multiple et continue de ce règne en est le caractère ; il fallait donc la mettre constamment sous les yeux du lecteur. Les fêles se seraient mêlées aux guerres, les lois, les conquêtes, la religion, aux intrigues de cour, et les lettres à tout. On aurait suivi, sous toutes les formes à la fois, la grandeur croissante du souverain et de la nation, puis leur déclin et leur dernier effort. On s'étonne que Voltaire, qui voulait, dans l'histoire, une exposition, un nœud et un dénouement, cotame dans une tragédie, n'ait pas suivi ce plan si dramatique et si simple que lui offrait la suite même des faits. Quel est le dénouement de son ouvrage? comment résume-t-il ce grand règne? par où finit-il? Par un chapitre sur la querelle des dominicains et des jésuites, au sujet des cérémonies chmoises, et par une plaisanterie sur une croix

apparue dans Tair à Ja Chine. Mais où est votre jugement sur ce siècle ? quelle idée complète et dernière en donnez-vous ? comment meurt Louis XIV ? quel est Tétat de la France à sa mort ? quel sentiment public accompagne ses funérailles * ? Voyez, dans Tacite, à l'ouverture des Annales, avec quel art,, en peu de pages, revivent tous les souvenirs du règne et du génie d'Auguste !

Ce vice de composition, vraiment extraordinaire, n'empêchera pas que l'ouvrage de Voltaire ne soit un monument durable du siècle qu'il décrit. On portera plus de critique dans le même sujet, mais on ne montrera pas mieux le génie de cette société puissante et polie, dont Voltaire avait va la splendeur, et dont il parlait la langue. C'est par là queson récit est original, et ne peut plus être surpassé.

[La Littérature au dix-huitième siècle, dix-septième leçon 2.)

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