‹ LES CRITIQUES LETTERAIRESChapitre 42 sur 243 · ÉLÉMENTS DU TALENT DE J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DU TALENT DE J.-J. ROUSSEAU

L'éloquence est à la fois un don naturel et un grand art. Rousseau n'avait négligé aucune partie de cet art. L'étude de la philosophie, et surtout des philosophes de génie,, lui avait donné ce fonds précieux d'observations et d'idées qui enrichit l'orateur. Quelques notions de mathématiques> laborieusement acquises avaient fortifié la précision naturelle de son esprit. L'amour des champs, les souvenirs d'une vie errante, avaient nourri sa vive imagination. Son goût s'était formé dans la solitude, loin des préjugés d'école^ et de parti. Il n'était pas jusqu'à sa langue qui ne fût excellente^ malgré quelque peu d'origine exotique. Cette langue de Genève, il l'avait renouvelée aux sources abondantes de notre idiome, dans le français d'Amyot, dans Rabelais, Montaigne, Charron, dans tous nos vieux auteurs naïvement expressifs^ que l'élégance moderne faisait chaque jour oublier davantage*

1. Voltaire en parle, raais seulement dans une note (ch. xxviii).

2. 4 vol. in-12, Paris, librairie acadénoiique Didier; Perrin et C*.

3. Mais cotte absence de préjugés d'école n*a pas empêché chez lui certain» préjugés personnels, contre l'influence des sciences et des arts, par exemple.

Enfin, à la beauté de Texpression il joignait, par son instinct musical et presque italien, ce sentiment de l'harmonie si recommandé par les anciens, et chez nous presque inconnu des écrivains qui ne sont pas orateurs. Ajoutez cette verve d'humeur et de mépris contre le siècle, cette fierté républicaine empruntée à des souvenirs de patrie et d'étude*, et qui charmerait noire noblesse monarchique, en la faisant rougir.

(La Littérature au dix-huitième siècle^,)

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