Sa rupture avec Uortense Mancini en est une preuve
Un mot expressif de Saint-Simon*, si fertile, comme on sait, en mois de ce genre, et qui n'est suspect ni d'indulgence pour Louis XIV, ni de complaisance pour ses amours, me met sur la voie. Parlant de la jeunesse du roi comprimée par Mazarin, sous le joug duquel il commençait à pointer, ce prince, dit-il, sentit l'amour. Ce ne fut donc pas seulement cette ardeur, celte impétuosité de désirs, ce sang chaud et bouillant semblable au vin fumeux, dont parle Bossuet. Louis XIV aima sérieusement, jusqu'au sacrifice. Il connut celle passion qui développe le cœur, et qui tire Thomme de soi par la séduction même du plus grand amour de soi. Quand il fallut rompre avec la nièce du cardinal Mazarin, Horlense Mancini, il faisait pitié à la reine sa mère par la profonde tristesse où l'avait jeté, disait celle-ci, la perle de ce qu'il aimait. Mais, ajoutait-elle, il était « tendre et raisonnable tout ensemble »; il trouva des forces dans sa raison, dans son bon naturel, « dans une âme à qui Dieu a donné loute l'élévation nécessaire à un grand roi ». M™» de La Fayette^, dont la réserve à peine obligeante sur Louis XIV trahit Tamie de quelques frondeurs plus résignés que réconciliés, rend le même témoignage de celte tendresse du roi... On ne lui put jamais reprocher ni le libertinage, ni cette fade galanterie qui n'est qu'un vernis de politesse jeté sur le libertinage. Mais le sérieux et la profondeur de la passion adoucirent les jugements qui furent porlés sur ses désordres, où d'ailleurs ne parut jamais l'odieux de la toute-puissance, et où le roi ne prit que ce qu'on offrait à l'homme : témoin La Vallière, qui mourut pour le monde le jour où elle cessa d'être aimée 3.
Quand la politique maria Louis XIV avec une princesse qui ne sut jamais parfaitement la langue de son époux et de ses enfants, le cœur du jeune roi était encore tout ému d'une première passion qu'il avait dû vaincre. Des devoirs toujours
1. Le duc de Saint-Simon (1675-1755), auteur de Mémoires sur le règne de Louis XIV et sur la Régence.
2. HoRTENBB DE La Fayettf. (1632-1603). Elle a cnmposé un roman remarquable, la Princesse de Clèves, des Mémoires sur la cour de France pour les années 1688 et te 89, une Histoire de Henriette d'Angleterre.