Elle entra au monastère des carmélites, à Paris, en
observés, une affection fondée sur Teslime, n'apaisèrent pas ce premier Irouble, qui le livrait presque sans défense à toutes les tentations. Il aima de nouveau et il succomba. Une certaine faveur de l'opinion encouragea cette faute, et personne ne s'indigna qu'un prince jeune, charmant, adoré, après avoir accepté pour le bien de TÉtat la contrainte d'un mariage politique, eût cédé à une passion sérieuse, en gardant à la reine le respect et la bonté, et en ne négligeant aucun des devoirs du roi. Les lettres, qui sont pleines de condescendance pour tout ce qui est de l'homme, et surtout pour les faiblesses des grandes âmes, exprimèrent sous mille formes cette faveur de l'opinion. A aucune époque l'amour n'a été mieux peint, ni sous des traits plus nobles et plus touchants. On en avait pris l'image chez Louis XIV lui-même, chez qui l'amour était à la fois passionné et réglé, outre cette décence qui avait le mérite d'un sacrifice à la pudeur publique. Tous les héros du théâtre d'alors sont tels qu'Anne d'Autriche représente son fils, ten-? dres et raisonnables. Ceux-là seuls intéresseront toujours l'esprit humain. L'amour n'est touchant que dans les grands cœurs, parce qu'il s'y trouve accompagné de la raison qui le rend naturel en lui ôtant tout air d'imitation, et honnête en le subordonnant au devoir ou en l'y sacrifiant.
Ces remords mêmes dont Boileau veut que l'amour soit combattu au théâtre*, pour que la peinture en soit plus pathétique, n'ont pas été inconnus à Louis XIV. Dans sa passion pour M"« de La Vallière, et plus tard pour M™« de Montespan, le devoir se fît sentir bien longtemps avant la satiété, et troubla le passé par des regrets, le présent par des scrupules douloureux. Le roi, pour se guérir de ce dernier amour, demanda l'aide de Bossuet, et il souffrit ses conseils sévères, qui lui montraient dans les malheurs du royaume le châtiment des fautes du roi. Or, dans le temps qu'il chargeait Bossuet de le faire souvenir de son devoir, telle était encore la violence de sa passion que le grand évêque ne l'exhorte
Et que l'amour, poiivent <lc remorfls combatla. Paraisse une Taiblesso et non une vertu.
{RoiLEKUy Art poétique, du lïl.)
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pas à en triompher en un instant : « Ce serait, écrivait-il au roi, vous demander l'impossible. » 11 Finvite seulement à « tâcher de la diminuer un peu, à craindre de Fentrelenir ». Mais dans une autre lettre écrite plus tard, « avec une indépendance absolue, aussi bien qu'avec un zèle et une ardeur extrêmes, » il l'en pressait au nom des peuples souffrants. En lui prescrivant comme l'unique remède des maux publics « la résolution de changer dans sa vie ce qui déplaisait à Dieu », Bossuet le rendait responsable de ces maux. A la vérité, c'est par son commandement que Bossuet lui tenait ce sévère langage : mais n'était-ce pas l'effet d'un secret mécontentement de soi-même, que de commander à la voix la plus libre alors, à la voix de l'évêque, de lui parler de ses fautes? Croit-on que l'homme le plus obéi) et le plus flatté qui fût au monde ne sentît pas sans quelque amertume le reproche sous la déférence et la condamnation dans le conseil même de se corriger? Ce sérieux de la passion, cette violence, ces combats qui agitèrent le cœur de Louis XIV, le théâtre d'alors en est l'image fidèle. Là aussi l'amour est sérieux ; il est violent, il est combattu. Dans les pièces où le devoir succombe, l'amour est à la fois malheureux et criminel * ; dans celles où le devoir l'emporte, l'amour est encore malheureux, quoiqu'il soit innocent. Toujours profond et noble, on ne le confondit point avec ce désordre grossier de l'imagination et des sens, qui usurpe son nom et prétend vainement à l'intérêt qu'il inspire ; toujours combattu, souvent sacrifié au devoir, Louis XIV n'en peut regarder la peinture comme une flatterie adressé© à ses fautes, ni le public garder un doute dangereux sur les suites toujours funestes d'un amour illégitime*.
{Histoire de la littérature française^ , tome II, ch. vu.)