MODERNE
Je suppose que, de nos jours, un auteur ait à traiter la situation que Molière a inventée dans l'Avare. Un père veut épouser une jeune femme qui est aimée de son fils; il soupçonne l'amour de ce fils, et par une ruse il lui en arrache l'aveu ; cet aveu fait, il lui ordonne de renoncer à son amour. La situation est vive et dramatique; elle peut devenir terrible. L'auteur moderne ne manquerait pas, dans un pareil sujet, de viser au sérieux et à l'émotion ; il ne manquerait pas de déclamer à grands cris contre la tyrannie paternelle : «.L'autorité paternelle ! s'écrierait le Cléanthe du drame moderne ; mais croyez-vous donc qu'elle doit étouffer les droits de Famour et de la nature ? Ah ! mon père, je vous en supplie, ne me forcez pas de vous désobéir : je le ferais ! » A quoi j'imagine que le père répondrait par une tirade romanesque et sentimentale, ne voulant peut-être pas trop se targuer de Tautorité paternelle, ce qui est mauvais ton dans nos idées : « Eh ! pourquoi, dirait-il, n'aimerais-je pas cette jeune fille ? Le cœur vieillit-il? Mon âme rajeunit quand mes yeux la voient, etc. »
CLBANTB, se promenant & grands pas sur la scène.
Mon père!... mon père! je répète encore ces syllabes sacrées, mais je commence à n'en plus comprendre le sens.