COMMENCEMENTS DE BOSSUET
Bossuet raconte que, jeune encore S il vit le cardinal de Richelieu entrer à Paris dans une chambre de bois, portée par dix-huit gardes qui se relayaient de distance en distance. Malade et moribond, mais vainqueur de ses rivaux, ce ministre hautain traversait Paris, au milieu de Tétonnement du peuple et des muettes imprécations de ses ennemis; la foule sur son passage s'entretenait, lès uns de sa puissance, les autres de son génie : peu songeaient à Dieu et à ses coups iualtendus, si ce n'est, je Fimagine, ce jeune homme destiné à rÉglise, cet enfant qui sera Bossuet et qui, peut-être, à la vue d'une si haute fortune comparée à la fragilité humaine, méditait déjà sur la vanité des choses de la terre 2. Bientôt Dieu acheva la leçon : Richelieu mourut, et Bossuet alla voir ce ministre puissant étendu sur son lit de parade; magnifique spectacle où le peuple vient satisfaire sa curiosité, où le courtisan rêve à ses intrigues 3, et que la piété seule sait comprendre. Ainsi une secrète prédestination amenait Bossuet à ce cercueil, comme si le Ciel voulait déjà instruire son enfance du peu que vaut le monde, comme si l'orateur à qui il fut donné de faire retentir, au milieu des palais, les terribles enseignements de la mort*, devait en quelque sorte commencer son éducation devant le lit funèbre de Richelieu ^.
{Cours de littérature dramatique^,)
1. Il avait, à ce moment, seize ans. C'était en 1642, et il venait de Dijon à Paris, faire sa philosophie au collège de Navarre.
2. BoHsuET a supérieurement montré dans la suite la formidable puissance de ces « coups inattendus ». Comme Ta dit Villemain, « l'orateur, maître des esprits qu'il élève et qu'il consterne tour à tour, peut leur montrer quelque chose de plus grand que la gloire, de plus effrayant que la mort ».
3. Aux intrigues dont le fruit est anéanti par cette mort, ou à celles qu'elle lui présente la possibilité de préparer.