‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 10 sur 223 · Corneille, Préface du Cid · texte numérisé non relu

Corneille, Préface du Cid

L'écueil fréquent de ce genre de crilicfue, c'est de s'enfermer dans un f,'enre de beauté en dehors duquel elle n'admet pas qu'il y ait place pour des beautés d'un autre ordre; c'est particulièrement de fermer les yeux au mérite de toute composition qui n'a pas la précision, la sobriété, la justesse, qui constituent la perfection régulière des œuvres classiques, et de proscrire, au nom d'une orthodoxie étroite, tant d'œuvres charmantes où le caprice d'une imagination hardie s'est donné carrière. C'est, par suite, de convertir en lois universelles et immuables les lois particulières qui dominent la forme d'art qu'ils ont adoptée, et de ne pas comprendre c{ue le génie peut concevoir et créer des formes nouvelles, auxquelles correspondent d'autres lois. C'est enfin de professer pour les règles un attachement superstitieux, qui égare le jugement des auteurs et des critiques. Certains auteurs, attribuant aux règles une vertu qui leur est étrangère, se persuadent que les préceptes de l'art sont des receltes sûres pour produire de belles œuvres : comme d'Aubignac, « soi-disant législateur du théâtre, dit Voltaire, et auteur de la plus ridicule tragédie, toute conforme aux règles qu'il avait données 1 » ; comme Chapelain, l'auteur de la Pucelle, qui a tenté ce malheureux essai de poème héroïque pour voir, disait-il naïvement, u si la théorie qui ne m'en était pas tout à fait inconnue ne me servirait pas à montrer à mes amis, par mon exemple, que, sans avoir une trop grande élévation d'esprit, on pouvait la mettre heureusement en pratique-»; comme Scudéry, qui, avant de composer son poème A'Alaric, (' a consulté les maîtres », c'est-à-dire Arislote et Horace, et après eux Alacrobe, Scaliger, le Tasse, Castelvetio, Piccolomini, Vida, Vossius, etc.; et qui compte, pour enfanter un chefd'œuvre, sur le pouvoir des règles « tirées de celles d'Aristote, du Tasse, et de tous ces grands hommes, et par conséquent infaillible.'^, pourvu qu'elles soient pratiquées ^. »

Certains critiques n'hésitent pas à condamner les ouvrages mêmes qui excitent l'admiration générale, s'ils ne sont pas beaux selon la formule consacrée dans leur esthétique. Ua-

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