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Du succès de Rousseau

BRUXETIKRE 273

de Rousseau, le caractère de son éloquence, la sensibililé, la passion, la nature, se faisaient enlin jour au travers et sur les débris des anciennes conventions. Tous les genres étaient épuisés : tragédie, comédie, éloquence, histoire même, languissaient dans l'imitation des modèles classiques ; le roman de Prévost 1, le drame avec Diderot, naissaient à peine ; la poésie lyrique n'était pas encore née; le siècle s'ennuyait, en dépit de V Encyclopédie, des épigrammes de Piron-, des petits vers de Bernis^, des polissonneries du jeune Grébillon''. Rousseau vint, et tout changea. Libre des préjugés qui pesaient sur la plupart des hommes de lettres, il osa être lui-même, et, comme il était Rousseau, ce fut une révolution. Or, cette révolution commençait par renverser tout ce que Voltaire, depuis tantôt un demi-siècle, avait cru, dit et enseigné; mais si par hasard elle réussissait, elle convainquait sa critique d'erreur et son effort même de stérilité. Conservateur en tout, comme on l'a si bien dit, sauf en religion, non seulement Voltaire avait docilement subi toutes les entraves de la tradition, mais il les avait gloritiées, et, en un certain sens, il n'avait composé son Siècle de Louis XIV que. pour en élever le respect à la hauteur d'un dogme. Selon lui, les seuls genres que l'on doit cultiver étaient ceux où s'était exercé le xvii^ siècle, et, puisque ni Corneille ni Molière n'avaient fait de romans, mais seulement Courtilz de Sandras ^ et la comtesse d'Aulnoy^, le roman n'était bon que pour amuser les enfants et les femmes. « Si quelques romans paraissent encore, les vrais gens de lettres les méprisent. » Il estimait que de certains sujets étaient indignes d'être traités par l'art, et. Racine ni lui n'ayant jamais mis à la scène les amours d'un précepteur avec son écolière, la Nouvelle Héloise, pour cette seule raison, ne pouvait être qu'une rapsodie. Et, croyant enfin qu'il y avait des

1. L'abbé PmivosT (1607-I7G3), romancier célèbre, auteur de Manon Lescaut.

2. Piron (1G80-1773), autour de plusieurs poèmes dramatiques.

3. Beunis (1713-1794), poète et homme d'État, devint cardinal et ministre.

4. CuÉBiLLON (1707-1777), auteur de romans où la morale est souvent peu respectée. Son père est connu lui-même comme poète tragique.

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