‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 170 sur 223 · Autour du Grand Alexandre · texte numérisé non relu

Autour du Grand Alexandre

ti. Auteur de contes et d'un roman : Ilippohjle comte de Donfjlas.

règles ou plutôt des formules fixes de l'art d'écrire, invariables et rif^ides, il jugeait que quiconque n'écrivait selon la rigueur de ces règles écrivait mal, d'un style moins français que suisse, ou plutôt encore iroquois. « Le style élégant est si nécessaire, que sans lui la beauté des sentiments est perdue. »

Qui ne conviendra qu'avec de telles idées. Voltaire ne pouvait pas plus approuver la forme que le fond de celles de Rousseau, ni ses romans, ni ses Discoiws, encore moins s',y plaire ; et que, si ces deux hommes se fussent accordés sur tout le reste, leur seule façon d'entendre l'art de l'écrivain eût suffi pour les diviser? Le vieux Corneille, au siècle précédent, n'avait pas été plus étonné ni plus scandalisé quand il vit réussir les tragédies de Racine, que Voltaire envoyant le succès des écrits du citoyen de Genève. Il parut vraiment à l'auteur de Zaïre et du Siècle de Louis XIV qu'un barbare entrait en conquérant dans le domaine qu'il avait mis cinquante ans à se faire, lui disputait les terres dont Fréron' et Desfontaines- même lui avaient jadis reconnu l'empire, dévastait l'héritage qu'il croyait avoir directement reçu des hommes du grand siècle. Et on doit le dire à son honneur, si le succès de Rousseau l'avait piqué dans sa vanité d'auteur à la mode, ce qu'il défendit, ce qu'il voulut, ce qu'iî s'imagina défendre contre l'auteur de VEmile et de YHéloïse, ce fut la cause des lettres et du goût, des sciences et des arts,, la cause des « honnêtes gens^ » et « de la bonne compagnie }i , la cause du progrès même et de la civilisation.

[Études critiques sur l'histoire de la littérature française, 3° série, Voltaire et J.-J. Rousseau '*.)

1. Fnicnox (1718-177G), littérateur et critique, célèbre par son animosité contre

Voi.TAinE.

2. Desfoxtain'es (lG8:J-174o), critique sévère qui eut Voltaiuf. parmi ses adversaires.

3. Les honnêtes gens, dans le sens où le xvii" siècle employa cette expression, c'est-à-dire les gens distingués par le caractère et l'éducation.

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