Lara, poème de lord Byron
7. René, titre d'un roman d'inspiration mélancolique et maladive par Chateaubriand.
gré des générations successives', et enrichis de sentiments et d'idées dont leurs créateurs n'avaient peut-être pas songé aies doter. En réalité, l'Alceste de Molière n'est qu'un honnête bourru, estimable et ridicule, aux colères vertueuses et disproportionnées, insurgé contre l'hypocrisie de la politesse mondaine. >'otre Alceste à nous, celui que nous avons repétri en mêlant à sa pâte l'àme de deux siècles, souffre du mal universel. Ce n'est plus un misanthrope, c'est un pessimiste; ce n'est plus contre le mensonge inoffensif de Philinte qu'il se soulève, c'est contre le mensonge atroce de l'éternelle Maya : « 0 mes amis, disait Socrate de Platon, que de belles choses ce jeune homme me prête auxquelles je n'ai jamais songé! » — « Hélas! pourrait dire Molière, qu'a-t-on fait de mon homme aux rubans verts-? Quels horribles rubans noirs on lui a donnés! »
Et ce n'est pas seulement Alceste qui s'est transformé, enrichi, assombri avec le temps ; le doux Philinte n'a pas échappé à ce travail d'alluvion morale. La pensée de Molière est assez claire quand on lit sa comédie avecsimpUcilé. Il a de la sympathie pour Alceste : il lui prête quelque chose de lui-même, principalement dans la scène où ce sauvage est si faible devant la femme aimée. Mais s'il a pitié de ce fou, c'est bien Philinte qui est son homme. On n'en saurait douter, quand on se rappelle la vie de Molière. Ce n'est certes pas Alceste qui eût été un si habile directeur de théâtre, un amoureux si éclectique ni un si souple amuseur du roi. Alceste eût eu, je pense, quelque scrupule d'écrire Amphitryon, au moment du moins où la pièce fut écrite. La sagesse de Philinte, sagesse d'épicurien, faite de beaucoup d'expérience et de scep-
1. C'est ainsi que le type du misanthrope est représenté, dans l'antiquité, par le Timon du philosophe grec Lucien, plus tard par le Timon de Shakespeake.