Lecènc et Oudin éditeurs, Paris
Mais qui dirait cela mieux que Sainte-Beuve? « En peignant ainsi la nature à grands traits et par masses, en s'altachant aux vastes bruits, aux grandes herbes, aux larges feuillages, et en jetant au milieu de cette scène indéfinie et sous ces liori/.ons immenses tout ce qu'il y a de plus vrai, de plus tendre et de plus religieux dans la mélancolie humaine, Lamartine a obtenu du piemier coup des effets d'une simplicité sublime, et a fait, une fois pour toutes, ce qui n'était qu'une seule fois possible. »
Loué soit-il à jamais! On se fatigue des prouesses de la versification ^ On est las quelquefois du style plastique et de ses ciselures, du pittoresque à outrance, de la rhétorique impressionniste et de ses contournements. Et c'est alors un délice, c'est un rafraîchissement inexprimable que ces vers jaillis d'une âme comme d'une source profonde, et dont on ne sait (( comment ils sont faits ».
Sans compter que parmi ces vers de génie, — à travers les nonchalances, les maladresses et les naïvetés de facture qui rappellent les très anciens poètes, et parfois aussi h travers les formules conservées du xviii" siècle, — des vers éclatent et des strophes (les poètes le savent bien), d'une beauté aussi solide, d'une plénitude aussi sonore, d'une couleur aussi éclatante et d'une langue aussi inventée que les plus beaux passages de Victor Hugo ou deLeconte de Lisle -.
Rappellerai-je que ce roi de l'élégie amoureuse et religieuse est aussi le poète de la Marseillaise de la paix, des Révolutions, des Fragments des livres antiques; que nul n'a plus aimé les hommes ni annoncé avec une éloquence plus impétueuse l'Évangile des temps nouveaux; qu'il a îa.ilJocelyn, cette épopée du sacrifice et le seul grand poème moderne que nous ayons? que nul n'a exprimé comme lui la conception idéaliste de l'univers et de la destinée, et qu'enfin c'est dans Uarold, dans Jocelyn et dans la Chute d'un ange que se trouveni
1. C'est-;i-<lire du soin exagéré qu'apportent certains poètes clans les combinaisons rythmiques et dans la recherche de la rime.
-. M. Lecunte de Lisi.E, poète contemporain et successeur de Victor Hugo à l'Académie française. On a de lui, entre autres, les Poèmes antiques, les Poèmes barbares, les Poèmes tragiques.
les plus beaux morceaux de poésie philosophique qui aiont •été écrits dans notre Jani;ue?
[Les Contemporains, 4*^ série '.)