‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 44 sur 223 · ÉLÉMENTS DU TALENT DE J.-J. ROUSSEAU · texte numérisé non relu

ÉLÉMENTS DU TALENT DE J.-J. ROUSSEAU

L'éloquence est à la fois un don naturel et un grand art. Rousseau n'avait négligé aucune partie de cet art. L'étude de la philosophie, et surtout des philosophes de génie, lui avait donné ce fonds précieux d'observations et d'idéesqui enrichit l'orateur. Quelques notions de mathématiqueslaborieusement acquises avaient fortifié la précision naturelle de son esprit. L'amour des champs, les souvenirs d'une vie errante, avaient nourri sa vive imagination. Son goût s'était formé dans la solitude, loin des préjugés d'école-^ et de parti. Il n'était pas jusqu'à sa langue qui ne fût excellente, malgré quelque peu d'origine exotique. Cette langue de Genève, il l'avait renouvelée aux sources abondantes de notreidiome, dans le français d'Amyot, dans Rabelais, Montaigne, Charron, dans tous nos vieux auteurs naïvement expressifs,. que l'élégance moderne faisait chaque jour oublier davantage.

i. Vor.TAiRE en parle, mais seulement dans une note (ch. xxviii).

2. 4 vol. in-12, Paris, librairie académique Didier; Perrin et C'°.

3. Mais cette absence de préjugés d'école n'a pas empêché chez lui certainspréjugés personnels, contre ï'iniluence des sciences et des arts, par exemple.

Enfin, à la beauté de l'expression il joignait, par son instinct musical et presque italien, ce sentiment de l'harmonie si recommandé par les anciens, et chez nous presque inconnu des écrivains qui ne sont pas orateurs. Ajoutez cette verve d'humeur et de mépris contre le siècle, cette fierté républicaine empruntée à des souvenirs de patrie et d'étude*, et qui charmerait notre noblesse monarchique, en la faisant rougir. {La Littérature au dix-huUième siècle-.)

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