‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 46 sur 223 · ANDRE CHENIER · texte numérisé non relu

ANDRE CHENIER

André Chénier, qui s'arrêta bien avant son frère •' dans la carrière des innovations politiques, avait bien plus d'audace de poète et d'écrivain. Las du faux goût d'élégance qui aifa-

1. Séxèqce, philosophe stoïcien qui vivait sous Néron (i" siècl?). 11 a laissé de nombreux traités : De la colère, De la Providence, De la clémence. Des bienfaits, etc., et un recueil de Lettres à son ami Lucilius.

-. Térence, poète comique latin, né en 13i avant notre ère. 11 nous est resté de lui six pièces, parmi lesquelles les Adelphes,V Andricnne,\' Hécyre, etc.

3. Il a lui-même formulé sa théorie, qui consistait à " préférer toujours l'eipression la plus cynique, qui est toujours la plus simple n.

4. 4 vol. in-li, Paris, librairie académique Didier ; Perrin et C'' éditeurs.

o. Marie-Joseph CnÉMEn, auteur de tragédies qui llattaient les passions politiques du temps : Gracchus, Timoléon, Charles 2X, Calas, et Tibère, son chefd'œuvre.

dissait la litlérature, il méditait à la fois la reproduction savante et naturelle des formes du génie antique, et l'application de ce langage aux merveilles de la civilisation moderne'. C'est ainsi qu'il voulait chanter la découverte du nouveau monde, et célébrer sous le titre d'Hermès les grands progrès. des sciences naturelles. En même temps il s'essayait à renouveler les grâces naïves de la poésie grecque dans de courtes élégies, admirable mélange d'étude et de passion, où la simplicité a quelque chose d'imprévu, où l'art n'est pas sans négligence, et parfois sans eil'ort, mais qui respirent un charme à, peine égalé de nos jours.

Enfin, cette muse ambitieuse de gloire, éprise de pensées nouvelles, puisait au cœur généreux d'André Chénier une verve de malédiction et de haine, qui peut remplacer les ïanir bes perdus d'Archiloque-. Revoyons quelques-unes des pagesoù sont gravées avec le plus d'éclat les pensées de ce poète enlevé si tôt. Un caractère auquel ne peuvent guère échapper les grands écrivains d'une seconde, d'une troisième époque, l'esprit de système inspirant jusqu'à la simplicité, se retrouve dans les écrits d'André Chénier. Il a commencé par la critique ; témoins les fragments de ce poème de l'Invention, où il donne la théorie de ses nouveautés poétiques. Ce précieux essai renferme les vues les plus justes sur l'audace légitime du talent, sur les routes véritables de l'invention, sur cette espèce de fidélité infidèle qui s'attache aux derniers imitateurs des premiers modèles. 11 ne méconnaît pas la gloire des grands génies de la France ; mais il leur souhaite de vrais imitateurs, c'est-à-dire des imitateurs qui ne leur ressemblent pas. C'est la doctrine de La Fontaine, si original en se croyant disciple des anciens.

II me faut du nouveau, n'en fùt-il plus au monde.

Quoiqu'il fût aisé de choisir, dans les essais didactiques

Page 1