‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 54 sur 223 · LA LANGUE FRANÇAISE ET LART D ECRIRE · texte numérisé non relu

LA LANGUE FRANÇAISE ET LART D ECRIRE

Dans les principales conditions de notre langue, — je veux bien ne pas dire privilèges, pour échapper à l'envie, — la propriété, la clarté, la précision, la liaison, qu'y a-t-il pour la commodité de l'écrivain? Ces qualités d'obligation, sans lesquelles on n'écrit rien de durable en France, sont comme autant de privilèges pour le lecteur; pour l'écrivain, ce sont des charges et des devoirs. Quiconque a tenu une plume sait ce qu'il en coûte pour être goûté, ou seulement pour n'être pas rebuté. Que d'efforts pour être clair, simple, précis, pour ne se servir que des termes propres, c'est-à-dire pour n'être pas un méchant écrivain !

De là, chez presque tous ceux qui ont du goût, une grande répugnance à écrire. Ils sentent déjà la difficulté et ils craignent la fatigue, que ne paye pas toujours le succès. Aussi n'y a-t-il d'écrivains résolus que ceux qui sont doués extraordinairement, ou cette foule qui n'a pas conscience de la difficulté.

Au reste, l'art n'est pas facile, même aux mieux doués. Ce que l'histoire anecdotique de nos grands écrivains nous raconte de ces manuscrits raturés à toutes les lignes, de cesrédactions premières qui n'ont été que des tâtonnements laborieux, nous autorise à dire que la langue française, si complaisante pour le lecteur, est sans pitié pour l'écrivain'.

Pour écrire clairement en français, c'est-à-dire pour arracher les idées de ce fond obscur où nous les concevons, et les amener à la pleine lumière, que d'efforts et de travail I

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