‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 81 sur 223 · Fleuve qui traversait Athènes · texte numérisé non relu

Fleuve qui traversait Athènes

(J. 5 vol. in-lî; Charpentier éditeur, Paris.

SAINTE-BEUVE (Charles-Augustin)

Après des études médicales qu'il abaudouna, Satnte-Beuve se consacra à la littérature , et devint un des champions du romantisme. En 1829, il entra dans sa véritable voie, en publiant une série de Portraits, dans la Revue de Paris et dans la Revue des Deiix Mondes. Dès lors, il n'abandonna plus la ci'itique, et de 1850 à 1869 il publia, au Constitutionnel, puis au Moniteur officiel, et enfin au Temps, une suite de brillantes causeries, réunies sous le nom de Portraits littéraires, Portraits contemporains, Premiers Lundis, Causeries du lundi. Nouveaux Lundis. — On doit citer encore, parmi les œuvres de Sainte-Beuve, une remarquable Histoire de Port- Royal, et une Étude sur Virgile, qui marqua son passage comme professeur de poésie latine au Collège de France.

On peut dire que nul n'a contribué autant que Saiiite-Beuve à introduire dans la critique littéraire la méthode de la critique historique. Bien que le terrain eût déjà été exploité, il sut être original et entrer dans une voie nouvelle. 11 associa la biographie et l'esthétique, avec une sagacité et une délicatesse incomparables. Par la souplesse de son esprit et l'universalité de ses connaissances, il fit entrer en quelque sorte les questions d'histoire et de philosophie morale dans les questions littéraires, pour les enrichir et les éclairer, en môme temps qu'avec une pénétration singulière de subtilité, il entrait au fond des âmes et savait retrouver dans l'œuvre de l'écrivain les éléments de son caractère. C'est pour arriver à ce but qu'il ne néglige aucune information, qu'il puise à toutes les sources, qu'il écoute et discute tous les témoignages, avant de porter un jugement sur un ouvrage. Mais chez lui le biographe n'obscurcit pas le littérateur : il aime le beau, il le cherche avec passion, il le comprend, et le fait aimer, et fait passer dans Tesprit de ses lecteurs ce dont il est convaincu lui-même, que les choses de l'esprit sont l'occupation la plus noble et la plus élevée qui convienne à l'homme. 11 s'est dépeint lui-même à la fin du troisième volume des Portraits littéraires :

<( Je suis l'esprit le plus brisé et le plus rompu aux métamorphoses. J'ai commencé franchement et bravement par le xvuie siècle le plus avancé, par Tracy, Daunou, Lamarck et la physiologie : \i\ est mon fond véritable. De là je suis passé par l'école doctrinaire

et psychologique du Globe, mais en faisant mes réserves et sans y adhérer. De là je suis passé au romantisme poétique et par le monde de V. Hugo, et j'ai eu l'air de m'y fondre. J'ai traversé ensuite ou plutôt côtoyé le saiiit-simonisme, et presque aussitôt le monde de Lamennais, encore très catholique. En 1837, à Lausanne, j'ai côtoyé le calvinisme et le méthodisme, et j'ai dû m'efforcer à l'intéresser. Dans toutes ces traversées je n'ai jamais aliéné ma volonté et mon jugement (hormis un moment dans le monde de Hugo et par l'etfet d'un charme), je n'ai jamais engagé ma croyance, mais je comprenais si bien les choses et les gens que je donnais les plus grandes espérances aux sincères qui voulaient me convertir et qui me croyaient déjà à eux. Ma curiosité, mon désir de tout voir, de tout regarder de près, mon extrême plaisir à trouver le vrai relatif de chaque chose et de chaque organisation, m'entraînaient à cette série d'expériences qui n'ont été pour moi qu'un long cours de physiologie morale. »

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