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GEOFFROY l'.o
Corneille : on respectait jusqu'à ses solécismes, jusqu'à ses barbarismes, comme autant de preuves de son mépris pour les mots, et de l'indépendance de ses idées. Avec des prodiges de style, de sensibilité, d'éloquence, l'élégant et harmonieux Racine n'obtenait pas même l'honneur d'être comparé à celui qu'on respectait comme le dieu de la tragédie.
Les enthousiastes du père de notre théâtre étaient les hommes de la vieille cour, les chefs de la Fronde, les chevaliers de cette ancienne galanterie respectueuse, noble, héroïque; c'étaient des femmes plus ambitieuses que tendres, plus vaines que sensibles, entêtées de l'honneur et des prérogatives de leur sexe, romanesques dans leurs passions comme dans leurs intrigues, accoutumées à mêler la politique à l'amour, toujours dominées par de grandes vues de gloire et de fortune, et ne cédant jamais aux faiblesses du cœur. De pareils spectateurs regardaient la tragédie comme dégradée par la tendresse et la douceur de Racine; ils croyaient devoir s'élever contre un poète qui ne prêtait jamais à ses personnages que des sentiments naturels et des passions vraies, et qui conservait toujours à ses héroïnes le caractère de leur sexe. Une ligue formidable de vieux courtisans et de dames surannées prétendait étouffer dans sa naissance ce chef-d'œuvre qui faisait descendre la tragédie du ciel sur la terre; mais de même que Corneille fut soutenu par le public contre les persécutions du cardinal, de même Racine eut pour appui, contre les préventions de la vieille cour, tous les jeunes seigneurs et toutes les jolies femmes qui entraient alors dans le monde.
Racine a des pièces plus parfaites qu' Andromaque ; il n'en a point où il y ait plus d'élan et de verve ; partout on y reconnaît le jet d'un talent jeune et vigoureux : tout est en mouvement, tout est en feu; les intérêts se croisent, les passions se heurtent. Deux amants furieux qui poursuivent des ingrates; deux princesses désespérées, l'une d'être aimée, l'autre de ne pas l'être; deux amis prêts à se dévouer l'un poui" l'autre; une mère Iremblanle pour les jours de son fds; une veuve qui veut s'immoler aux cendres d'un époux; l'iiéroïsrae de la tendresse maternelle, le sublime de la foi conju-