‹ Les critiques littéraires du dix-neuvième siècleChapitre 96 sur 223 · vol. in-8"; Paris, librairie Werdet · texte numérisé non relu

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bibliques de Martin'. Dans le drame, elle ramène à de fréquents intervalles, souvent même en présence des interlocuteurs les plus importants, au milieu d'une scène active, les monologues, partie intelligible, utile, indispensable au théâtre, mais à une condition expresse, qui s'appelle la nécessité. Les monologues nécessaires sont brefs et rares. Quand un homme pense tout haut, cause avec lui-même, comme il se comprend à demi-mot, il n'a pas besoin d'achever l'idée commencée, il se dit quelques phrases courtes, mais pleines et significatives. Il peut s'exalter par la méditation, et se laisser entraîner aux plus hautes visions de la poésie. Mais alors même il doit encore conserver une parole simple, sobrement imagée : or, les habitudes lyriques de M. Hugo ne se résignent pas au sacrifice que le drame exige impérieusement.

Dans le Roi s'amuse, comme dans CromiccU, dans Hernanl et dans Marion, M. Hugo s'est laissé aller à des mouvements poétiques magnifiques en eux-mêmes, mais hors de place à la scène. Don Ruy, le marquis de Nangis et le comte de Saint- Vallier récitent d'admirables pensées, mais insistent avec une prédilection marquée sur des développements lyriques très convenables dans les strophes d'une ode, et superllus au théâtre, quand ils ne ralentissent pas l'action. Dans le drame, la poésie lyrique, explicite, officielle, souveraine, a des inconvénients bien plus graves que dans le roman. Quand le poète parle en son nom, même en racontant, il peut impunément broder sa parole et sa pensée, y semer les arabesques, les fleurs, les rosaces, les mascarons -, il la peut faire brillante et variée comme un tapis de Smyrne ; il peut la découper en trèlles mauresques, en dentelles, comme les palais de Grenade ou de Venise. Le lecteur est

\. Martin (John), peintre anglais de tableaux bibliques (1789-1854).

2. Termes d'architecture. Arabesques, motifs d'ornementation se composant de rinceaux formés de feuillag-es, de ligures réelles ou fantaisistes, agencés d'une façon capricieuse. Rosaces, motifs d'ornementation formés de fleurs à un ou plusieurs rangs de feuilles disposés eirculairement autour d'un bouton. Mascarnits motifs de décorations formés d'une tète entourée de feuillages, et servant d'ornement à dos clefs de voûte.

lo6 EXTRAITS DES PRINCIPAUX CRITIQUES

patient, curieux, complaisant; mais le spectateur aime qu'on se presse; il veut les développements, mais nombreux, successifs, hâtés. Les plus belles odes ne valent pas pour lui un mot parti du cœur, un cri échappé des entrailles. Les plus riches et les plus coquettes images lui donnent moins de plaisir qu'une exclamation énergique, qui glace le sang et fait dresser les cheveux.

La poésie l3Tique au théâtre peut bien être une fête de cour, un délassement de lettrés, d'oisifs, de philosophes ou de sophistes ; mais une fête populaire, une fête pour la foule, chez qui le cœur domine le cerveau, ne l'espérez pas! Sous le ciel même de l'Attique, chez ce peuple bavard et médisant, qui reconnaissait l'accent d'une marchande de figues et s'arrêtait pour la railler, Sophocle avait relégué l'ode dans la strophe et l'antistrophe des chœurs. Mais Clytemnestre, Electre, Égislhe, Agamemnon, parlent avec une simplicité aussi nue que les héros du Pentateuque*.

Le poète grec et le poète hébreu sont poètes à leur aise, mais seulement quand le dialogue est terminé. Quand l'ode commence, c'est que l'épopée ou la tragédie a terminé son rôle.

{Portraits littéraires, t. II, V. Hwjo-.)

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