SCÈNE VIL MARTIN, AMÉLIE
AMÉLIE, qui a parlé bas à Martin pendant la sortie de Laurent.
Vous croyez qu'il va venir?
MARTIN
Certainement! Va-t-il être surpris I va-t-il être heureux! Le cœur me bat pourtant rien qu’à Tidce de le revoir et de l’cmbrasscr... car v’ià deux ans bientôt qu’il a quitté le Havre, et que je l’ai amené à Paris en même temps que toi.
AMÉLIE
Et dire qu’il n’est venu me voir qu’une seule fois à ma pension I
MARTIN
Aussi, il va te trouver fièrement grandie et changée.
AMÉLIE, regardant autour d’elle.
Mais regardez donc, parrain, quelle jolie maison !
MARTIN, de même.
Paraît que le gâs a fait de belles connaissances... qui l’auront invite chez eux à la campagne.
AMÉLIE, trouvant le Code sur le guéridon.
Oh I voilà le beau livre que vous lui avez acheté... je le reconnais.
MARTIN
C’est vrai, tout de même... c’est le Code.
AMÉLIE
Il est encore tout neuf !
MARTIN
Oui, oui... r gàs a soin de ses affaires, je vois ça... Mais qu’as-tu donc à fureter là-dedans, toi ?
AMÉLIE
Ah ! c’est que, le jour où vous lui avez donné ce livre, je portais à ma ceinture une petite fleur que j’avais apportée du Havre... 11 me l’a demandée... Je l’ai mise entre deux feuillets. (Toute joyeuse en la retrouvant.) La VOila'... la voilà!., toute sèche et toute fanée... Ah I c’est gentil à lui de l’avoir gardée!
MARTIN
Ça me fait plaisir aussi de voir ça, fillette... ça prouve que le gâs n’est point oublieux.... et, s’il n’a pas été te voir plus souvent, c’est qu’il n’avait pas du temps de reste, bien sur... Quand il faut se fourrer ce gros bouquin-là dans la tète... (Amélie reporte le livre sur la table.) Doit-il être Savant, à c’i’ heure, doitil être savant !
AMÉLIE, regardant vers la grille.
Mon parrain!... c’est lui !... je l’ai reconnu... le voilà!..
MARTIN, avec émotion.
Ah bien! ah bien !... ça me prend dans les jambes... je vas faiblir!...
IG