‹ Les crochets du pere Martin drame en trois actesChapitre 30 sur 74 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les mêmes, ARMAND, MARTIN; îU entreof bras dessus bras dessous.

ARMAND, quittaut le bras de son pdre.

Ma bonne mère ! (ii l’embrasse.)

GENEVIÈVE

C’est heureux qu’on se souvienne de moi 1

Martin.

Allons, mère grognon, ne te fâche pas, parce que nous sommes un peu retard.

GENEVIÈVE

Depuis cinq heures que vous êtes dehors !

C’est la faute du père... je l’ai assez tourmenté pour rentrer.

GENEVIÈVE

Ah ! bien oui!., est-œ qu’il pense aux autres, ton père?., estce qu’il pense à sa femme?.. C’est un vieil égoïste, ton père... MetS-toi là, mon garçon. (Elle le fait asseoir A gauche.)

AMÉLIE, mettant toujours le couvert.

Oh ! oui , monsieur Armand , vous devez bien à votre mère de rester un peu avec elle!..

GENEVIÈVE, s’asseyant près de lui.

Mon fils, mon chérubin... te v’ià donc revenu près de moi!..

, MARTIN

Vous verrez qu’il n’y en aura plus que pour elle maintenant !

AMÉLIE

Il me semble que vous avez fait la part assez belle aux amis et connaissances.

MARTIN

Que veux-tu, petite? C’est l’un, c’est l’autre, on n’en finit pas de jaser... et puis, en passant, sur le port, nous avons visité le bâtiment à Dubourg. Ce brave ami met à la voile ce soir à la haute mer, et il m’a promis de venir manger la soupe avec nous.

AMÉLIE, gniement.

Bon !.. un couvert de plus à mettre.

GENEVIÈVE, è Armand, qui e«t rêveur.

Mais parle-moi donc, dis-moi donc quelque chose... Est-ce que tu n’es pas heureux de te retrouver la, près de nous... près de moi?...

Ma bonne mère, pouvez-vous en douter?

GENEVIÈVE

Je ne suis pas contente de toi... Depuis que tu es ici, tu as un air tout rêveur, tout distrait...

AMÉLIE, un peu piquée.

M. Armand regrette peut-être Paris ?

ARMAND

Oh! non, par exemple.

GENEVIÈVE

Pas vrai, que tu t’ennuyais là-bas, tout seul dans cette grande ville, que je déteste parce qu’elle enlève les enfants aux pauvres mères comme moi? J’en serais morte, vois-tu, si tu ne t’étais pas dépêché de revenir.

MARTIN

Ne me parlez pas des femmes, ça n’a pas plus de raison... Voulâis-tu pas le garder sur tes genoux, et qu’il apprenne son Code pendu à tes cotillons?

GENEVIÈVE

Tu m’ennuies, toi !.. Laisse-le dire, mon garçon... il n’y a rien de meilleur au monde...

ARMAND, achevant la phrase.

Que la tendresse d’une mère et le toit paternel !..

MARTIN, s'asseyant à la table.

Voyons, est-ce que tu regretteras encore le passé ? est-ce que tu ne seras pas fière aussi quand on viendra demander M. Armand Martin, l’avocat, et que la maison sera pleine de paperasses et de plaideux, qui ne s’en iront pas d’ici sans y laisser de bonnes pisloles?

GENEVIÈVE

Oh ! oui, que je serai fière et heureuse!

AMÉLIE, venant près de Martin en essuyant une assiette.

Moi, d’abord, je veux aller entendre M. Armand quand il plaidera sa première cause.

GENEVIÈVE

Et moi donc !.. quand je devrais passer toute la journée au tribunal et porter à dîner dans mon sac !

MARTIN

Ce jour-là. ma femme, nous ferons sauter les bouchons. Je ■veux qu’on danse, qu’on fasse des folies, quoi !... Et si tu n’es

f ias encore contente, s’il te faut absolument des mioches à câiner... eh bien I c’est pas une marchandise si rare... ni si chère. (Regardant Amélie qui est restée à l’écouter.) On t’en aura, la grand'fflaman. (Amélie baisse les yeux et retourne à la table.) Un peu de patience, on t’en aura ! (on sonne à la porte du jardin.) On sonne !... je vas ouvrir, (se levant.) Toi, la mère, si tu allais soigner ton pot-au-feu?

GENEVIÈVE

11 n'en a plus besoin.

MARTIN, avec intention.

Vas-y tout de même.

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