‹ Les crochets du pere Martin drame en trois actesChapitre 35 sur 74 · ACTE 11^ SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE 11^ SCENE V

FÉLICIEN

Ahl diable... j’oubliais.

ARMAND

C’est-à-dire que tu m’as généreusement abandonné aux poursuites de ces messieurs.

FÉLICIEN

Ingrat!., tu m’accuses lorsque je ne pensais qu’à notre salut commun.

ARMAND

Toi?

Mon cher.. .'c’est dans les grands périls que les grands génies se font connaître!..

ARMAND

Ah! ne plaisante pas! j’ai le cœur navré; depuis trois jours j’ai pris dix ans I

FÉLICIEN

Et des cheveux gris?

ARMAND

Cesse, te dis-je, de prendre ce ton qui n’est plus à sa place dans cette maison, sous le toit habité par cette honnête famille que tu as vue. 11 y a trois jours, traqué, poursuivi comme une bête fauve, je suis parti pour le Havre, résolu de tout avouer à mon père; mais quand je les ai vus, lui et ma pauvre mère, me tendre les bras en souriant, m’accabler de caresses et me dire que j’étais toute leur joie, tout leur c.spoir, j’ai eu honte de moimême et la force m’a manqué!

FÉLICIEN

Tant mieux!., j’avais peur que tu n’eusses parlé.

ARMAND

Comment?

FÉLICIEN

Pourquoi désoler ces braves gens lorsque tout peut encore se réparer? '

ARMAND

Serait-il possible, mon Dieu? oh! parle, Félicien, parle vite, il n’y a pas d’expiation que je ne sois prêt à subir, de sacrifice auquel je ne sois résigné d’avance, fiit-ce même celui de ma vie, pour ne pas renverser tout cc bonheur qui m’entoure et dont j’ai miné la base.

FÉLICIEN

Tais-toi donc à ton tour! (Après avoir regardé autour de lui et baiiaani la voix.) Te souvient-il d’une mienne cousine dont je t’ai parlé quelquefois et qui habitait au fond de la Bourgogne?

ARMAND

Oui. Eh bien ?

FÉLICIEN

J’arrive de chez elle... Dans huit jours je l’épouse cl je viens te chercher pour la noce.

ARMAND

Ah ! bah ! vraiment ?

FÉLICIEN

AhI mon ami... où avais-je la tète de négliger une aussi adorable créature?

ARMAND

Elle est jeune?. .Jolie?

FÉLICIEN

Ah ! mon ami... soixante-huit ans et un catarrhe!.. Mais quel château!., des l'crmcs superbes... et un parc!., et des boisl.. J’y ferai des coupes, sois tranquille... je me suis déjà entendu avec l’homme d’affaires... un bien brave homme... qui vole ma cousine... à faire plaisir !

, ARMAND

Voyons, parles-tu sérieusement? Te marier?., toi?., à une douairière?.

FÉLICIEN

Voilà ce que c’est, mon cher, nous autres beaux garçons nous finissons tous de la même manière. Quand notre crédit s’est éteint, quand nous commençons à monter la pente fatale de la rue de Clichy, les uns prennent du service en Perse, d’autres font le plongeon à Asnières après un dernier gala, et ceux qui ont des cousines les épousent : la dot paye les dettes, le crédit renaît, les amis sont toujours les amis et la vie une bonne chose... avec de l’argent !

ARMAND

C’est un rêve !

FÉLICIEN

Prends ton chapeau et sortons, le temps de fumer un cigare et de passer à la poste.

ARMAND

Pourquoi faire?

FÉLICIEN

Est-ce que des amoureux peuvent rester un jour sans se voir ou sans s’écrire? J'ai fait jurer à ma cousine de me donner des nouvelles de sa quinte.

ARMAND

Mauvais plaisant!

Et puis, mon pau^ vieux, il faut que nous causions de toi, que nous prenions nos mesures afin de pi'évenir un éclat. Une fois marié, je te prèle de l’argent pour le plus pressé, je répond'sde toi pour le reste. ..Tu te débarrasses du Charançon et tout marche à merveille !

ARMAND, lui serrant les mains.

Ah ! mon bon Félicien!... Tu me sauves!. . Si tu savais tout ce que j’ai souffert I

FÉLICIEN

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