ACTE m, SCÈNE VIII
MARTIN, riant «oua cape.
Écrît-il bien, ce gaillard-là!
GENEVIÈVE, d’une voix étouffée.
Un avocat !
Ah I c’est juste, un avocat.
GENEVIÈVE
C’est tout?
MARTIN
Tu n’en trouves pas assez?
AMÉLIE, prenant la lettre.
Pardon, mon parrain,., il y a un post-scriptum... voyez, là, au bas de la page.
' , MARTIN
Au bas de la page ? (a part.) Il n’y avait riep cç matin, au ' bas de la page.
GENEVIÈVE
Voyons... lis doue !
MARTIN, lisant timidement.
« Quand cette lettre vous parviendra, l’hiver ne sera pas loin... L’hiver, pendant lequel les privations deviennent plus difficiles à supporter. » (a part.) Je n’ai pas dit un mot de çal
GENEVIÈVE
Après? après?
AMÉLIE
« L’idée que vous auriez à en souffrir me rendrait le plus malheureux des hommes. Je vous prie donc d’accepter ce billet de cinq cents francs, que je vous adresse. »
GENEVIÈVE
Cinq cents francs !..
Comment ! cinq cents francs !... Ah ! mais non , je n’entends pas ça, par exemple.
AMÉLIE
Cbmment ! vous ne voulez pas recevoir l’argent que votre fils vous envoie ?
MARTIN
Mon fils ! mon fils !.. enfin ça me déplmt, ça me fâche I
GENEVIÈVE
Et pourquoi donc ?
MARTIN
Parce que... parce que...
AMÉLIE
C’est le produit de son travail... de ses économies...
GENEVIÈVE
Il nous sait dans le malheur, il nous vient en aide... c’est tout naturel!
AMÉLIE
C’est tout naturel, mon parrain.
MARTIN, bas.
Oh ! toi, tu ne risques rien !
GENEVIÈVE
Et au fait, ça l’apprendra à faire des folies !
MARTIN
Bon ! bien ! c’est M. mon fils qui va les réparer, à cette heure.
GENEVIÈVE
C’est son devoir !
AMÉLIE
Oui, mon parrain, c’est son devoir !
MARTIN , à part.
Me jouer un tour pareil ! petite sournoise!
GENEVIÈVE
A-t-on vu cette idée qui te prend ? Rougir d’accepter cette marque de tendresse!.. Pour faire de la peine à ce cher petit !.. pour le mortifier!... Eh bien ! moi, je serai moins tiére... et je le prends, cet argent béni 1
MARTIN, d'un ton bourru.
Eh ben, c’est bon!., prends-le et va-t’en !.. et laisse-moi tranquille !
Oui, je m’en vais... oui, je m’en vais... Je vais prier pour lui, ce cher enfant !.. et faire brûler un cierge pour son prompt retour... Viens-tu avec moi, Mélie?
AMÉLIE
Oh! oui, marraine, avec plaisir.
MARTIN
C’est ça, allez, allez ensemble ! Vous vous entendrez bien toutes les deux.
GENEVIÈVE
Mieux qu’avec toi!... Le vaniteux!.. A-t-on jamais vu I (Elle
remonle au fond.)
MARTIN, bas i Amélie.
Passe pour cette fois... mais si tu recommences... (ii lui prend la tète et l’embrasse.)
GENEVIÈVE
Viens donc, Mélie, viens donc ! (Elles sortent par le fond.)