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Les croisés de Saint Pierre

On eût pu croire qu'après la non-réussite de l'entreprise du 22 octobre, les sicaires de Cucchi auraient dû perdre tout espoir d'une insurrection efficace et avantageuse : cela fut certainement arrivé, sans les indignes encouragements de Florence. On doit attribuer au gouvernement italien, ou, si on le préfère, au ministre Rattazzi, que le serpent, coupé par tronçons dans la nuit du premier attentat, ait conservé, dans chacun de ses tronçons, le mouvement agité d'une vie galvanique, et qu'il ait essayé de réunir ses membres éparpillés, pour envelopper de nouveau la ville sainte dans ses replis. Malgré la diminution de ses forces, et le découragement morne et lâche de ses acoljtes, gouvernement ou ministre, tout en n'espérant pas réunir dans ses mains la somme des choses, il osait encore tenter de renouveler de dangereux tumultes, et tenir bon au milieu des barricades, jusqu'à l'arrivée des batail-

G NOUVELI.ES TENTATIVES

Ions de Victor-Emmanuel. Le ministre italien renouvelait à chaque instant la promesse de puissants renforts, si toutefois on en venait à engager sérieusement la fusillade dans les rues de Rome.

On n'avait perdu qu'un petit nombre des ignobles soudoyés de Cucchi. Célestin Blanchi, l'historien garibaldien, qui a le plus largement exagéré les pertes des insurgés de Rome, ne parle guère que d'une cinquantaine de morts dans la lutte, de cent blessés et de huit cents prisonniers ^ Quant aux morts et aux blessés, il se peut, comme on l'a dit, que le Tibre en ait englouti un assez bon nombre dans ses flots profonds, mais jamais autant que Blanchi le rapporte : le temps même eût manqué pour qu'on put le faire. Quant aux huit cents prisonniers, l'exagération est tellement évidente qu'elle ne vaut pas de réplique; les registres de la prison, du reste, n'en comptent que bien peu au-dessus de cent. Le nombre des prisonniers augmenta, il est vrai, dans les jours suivants, grâce aux pleins coups de filet, faits par ceux à qui en incombaient la charge et le devoir. Quoi qu'il en soit, le 23, les fameux escadrons étaient encore presque intacts, disséminées en partie dans les alentours et en partie accroupis dans leurs premières cachettes de la villa. On continuait à entretenir des intelligences secrètes avec les traîtres du Château Saint-Ange 2; et les sicaires étaient encore en possession de dépôts remplis d'armés et de grenades fulminantes, au Capitule et ailleurs; la police découvrit en effet ces dépôts,

(1) Célestin Blanchi, Ulentana, p. 134.

(2) Procès Bossi, etc. p. 151 et suiv.

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plusieurs jours après que les troubles furent calmés, et quelques-uns môme de ces dépôts le furent pendant les jours des troubles. Ces repaires souterrains ne servaient pas seulement de magasins muniiionnaires, mais aussi de retraite, dans le cas de revers imprévus et de situations fortes, dans lesquelles on pourrait se défendre longtemps ^ La maison de Jules Aiani, dans le Transtevère, était la forteresse principale; sous peu, nous aurons à parler de la prise de cette maison. Une autre maison de même espèce se trouvait dans la rue des Coppelle, près de celle qu'habitait l'ébéniste Francia, mais la police l'avait découverte depuis quelques jours.

Avec de tels renforts , Cucchi avait préparé et organisé la revanche. Il se proposait de faire exécuter quatre assauts à la fois, sur quatre points opposés, dans l'étendue des lieux habités. Le 23, à trois heures de l'après-midi, le commandant de la place était informé de ces dispositions hostiles ; à cette heure-là, Cucchi avait à peine eu le temps de communiquer le projet aux chefs d'escadrons et ceux-ci de transmettre des ordres à leurs subalternes^. On pense que les points d'attaque simultanée devaient être : la place de Pasquin, Sainte-Lucieà-l'égoût, la Trinité des Pèlerins et les Monts ^; une partie des garibaldiens devaient endosser l'uniforme des soldats, pour faciliter la surprise des casernes'*.

(1) Procès Aiani, p. 37.

(2) Doc. man. spéciaux de la place de Rome, 24 octobre.

(3) Rapport du comité romain d'insurrection.

(4) Documents manuscrits des archives, 23 octobre, et documents spéciaux de lu Place, déjà cités.

s NOUVELLES TENTATIVES

Pendant que la ville, doublement consternée par l'attentat qu'on voulait renouveler, serait assourdio par le retentissement meurtrier des fusillades, et que la troupe, divisée et craignant partout la trahison, n'agirait qu'avec défiance, la bande Cairoli, accrue de plus de trois cents hommes, comme nous l'avons d(5jà dit, ferait irruption contre la porte du Peuple. D'autres renseignements nous apprennent l'intention qu'on avait eue d'abattre une ancienne porte fermée dans les environs du Maccao; les prisonniers ont dit qu'on espérait que des soldats soudoyé? à cet effet y prêteraient la main. Un gros do garibaldiens passerait par la brèche, faite par cette démolition; mais ce gros, qu'on attendait de ce côté, ne put arriver, à cause dj l'interruption de la voie ferrée. Si ces hommes étaient entrés par la brèche susdite, ils eussent fait une halte aux Quatre-Fontaines, et là, ils auraient résisté coûte que coûte aux pontificaux, pendant sis heures au moins, et ce laps de temps eût largement suffi pour que les bataillons royaux pussent y accourir. Une irruption dans le Quirinal faisait partie de ce projet, et on s'y serait introduit par une porte secondaire, dont on s'était procuré les clefs, et là, on eût fait main basse sur les armes et sur les munitions du bataillon Palatin et de la Garde Suisse. Il faut bien avouer, pourtant, qu'il est très-difficile de démêler la vérité, au milieu de toutes ces trames, ourdies aujourd'hui, raanquées ou rompues demain. Il est toutefois bien avéré que, pour que rien ne manquât à la répétition du drame horrible de la journée précédente, une mine pratiquée sous la caserne Cimarra devait

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éclater, car c'était là le quartier principal des Légionnaires franco-romains. Cucchi, Ansig'lioni, Silvestri et Perfetti employèrent obstinément, à cette belle entreprise, la journée tout entière du 23; à cet effet, on donna une solde de vingt écus à l'assassin Joseph Monti, pour l'infâme service qu'il avait rendu la veille, au moyen de la mine Serristori ; Ansiglioni lui dit " qu'il devait, ce soir-là, après V Angélus, et même un peu plus tard, porter un demi-baril de pondre à Cimarra, le placer sous le tunnel {préparé artistement les jours précédents) ^ l'adosser au mur de la caserne, l'y fixer au moyen d'un levier quelconque, pour qu'il fût très-solide, et, vers les sept heures, y mettre le feu. » Tout fut ponctuellement exécuté; mais, par un contre-ordre que donna Cucclii, le feu ne fut pas mis aux poudres'.

Le motif pour lequel le général de l'insurrection (comme l'appelaient ses satellites) suspendit l'exécution de ce projet, et d'autres encore, est évident. Lorsqu'il vit la porte et la place du Peuple occupées à l'improviste, le passage intercepté, les casernes garnies, une colonne de carabiniers sortir et aller battre Cairoli, il se sentit à peu près découvert, et remit l'entreprise à une meilleure occasion. Au moment ou •Monti se rendait chez Ansiglioni, pour lui apprendre qu'il avait exécuté les ordres reçus, celui-ci lui répondit que, « pour ce soir-là, il n'y avait plus rien à faire,... que l'exécution serait remise à la soirée du lendemain^. ->

Il est à noter que, de leur côté, les magistrats

(1) Procès Bossi, etc. A%-eux de Monti, p. 127, et toute la relation contestée, p. 111-150. (2) Ibidem, p. 129.

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