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avaient pourvu à la sûreté publique, et à celle des braves légionnaires : pour preuve de cela, nous trouvons, dans les archives de ce même jour, une communication qui donne un avis formel de l'existence de la mine Cimarra, avec plusieurs autres avertissements sur les prisons Neuves, des Ttiermes et de Saint-Michel ; prisons sur lesquelles les bandits comptaient beaucoup, mais principalement sur la dernière ^ Cucchi se préoccupait aussi d'entretenir l'incendie du Château Saint-Ange, et, depuis le matin, il avait ordonné à ses sicaires d'attendre ses ordres. Pour que le reste de la horde ne fit pas de mouvements intempestifs, il suffisait de le contremander aux chefs ; tous ces gens-là n'avaient pas grande envie de se battre, depuis la défaite du 22^.
Dans la nuit du 23 au 24, époque où l'on connaissait déjà la triste mésaventure des Cairoli et de leur bande, Cucchi, avec une persistance inébranlable, que, dans une meilleure cause, nous n'hésiterions pas à appeler de la constance, fit imprimer un faux bulletin, dans lequel il divulguait son intention de maintenir la campagne. Voici ce bulletin, tel qu'il fut affiché au coin des rues :
« Rome, 24 octobre 1867, 10 heures du matin.
» On lit dans le Moniteur du 22 de ce mois, que l'Empereur a révoqué l'ordre qu'il avait donné de l'expédition de ses troupes dans l'Etat romain, laissant exister, dans toute sa vigueur, le principe de la non-intervention. En conséquence, le Pape est parti pour Civita-Vecchia, accompagné par ses Jé-
(1) Le document est sign6 Randi.
(2) Procès Bossi, etc., p. 154)55 et 220.
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suites. Le drapeau national se déploie sur les monts Parioli, occupés par les insurgés, à la tête desquels sont le général Garibaldi et ses fils. Romains ! l'Europe a les yeux fixés sur vous : l'heure de l'épreuve dernière vient de sonner. Hàtons-nous d'accomplir l'œuvre que nous avons si vaillamment commencée ^ ! » Ce magnifique bulletin était, dit-on, le résultat d'un conseil, tenu la veille dans le café habituel de la rue Banchi- Vecchi, où il est avéré qu'un bon nombre de vauriens s'étaient réunis vers midi. Ce fut là qu'on délibéra s'il fallait poursuivre l'entreprise ou y renoncer, et les enragés l'emportèrent sur les peureux. Que l'on ne s'imagine pas qu'un accord parfait régnât parmi les sectaires sur de semblables sujets, car, au contraire, dans Rome et au dehors , des discordes envenimées sévissaient avec fureur entre les garibaldiens monarchiques et les garibaldiens républicains, entre les républicains dévoués à M. Raitazzi et les républicains qui s'entêtaient à ne vouloir pas accepter de lui seul les subsides et à repousser sa suprématie; les uns promettaient l'arrivée de l'armée italienne et les autres n'y comptaient nullement. On nous a montré une lettre écrite par l'un des chefs du comité central de Florence, à l'un de ses collègues, portant la date de ces mêmes jours, et dans laquelle toutes ces colères bouillonnent à déborder. M. Rattazzi y est ouvertement traité de perfide, de trompeur; le comité lui-même, d'ambitieux et d'insensé; la Riforma, qui en était le porte-voix ofiîciel, était « un journal abà-
(1) Procès Bossi, etc., p, 154.
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lardi, plein d'équivoques et doctrinaire; » on appelait les adhérents du comité « la valetaille putride et empestée. » On n'y épargnait qu'Augustin Bertani, qui avait été introduit frauduleusement dans ce comité pacliseur, quelques jours auparavant, pour l'ensanglanter d'une félonie toute pure contre le Roi, justement à l'époque où Garibaldi avait passé par Florence. Tous les autres j sont appelés &tupides, pour avoir promis à la garibalderie le secours immédiat de l'armée italienne, qui serait accourue en toute hâte au premier cri d'insurrection dans Rome, et pour n'avoir pas compris « qu'aucune institution ne tend la main à ceux qui la tuent. La monarchie peut-elle vivre sans la papauté? demande le philosophe frémissant. Il faudrait que le Roi devint Pontife, lui-même. Yictor-Emmanuel, viceroi et soldat du Bonaparte, n'en a ni les capacités, ni les scrupules de superstition religieuse. Nous en sommes encore à l'école des enfiints tout petits, dignes d'être condamnés aux limbes. » Quant au comité national romain, il est qualifié de traître à sa foi, de voleur qui « engloutit des sacs pleins de marengos, pour servir d'espion aux Français et à la police d'Antonelli. »
Au milieu de ces atroces dissensions, répercutées de Florence jusqu'au camp garibaldien, et qui étaient très-fréquentes aussi parmi les magnats de l'insurrection dans Rome, François Cucchi prit la voie du juste milieu. Il ne rompit point tout à fait avec les malvacés, qui eussent voulu résister ; il se contenta de les éperonner de côté, avec une gentillesse toute sectaire.
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« Cucchi se voyait forcé, (dit l'épiirographe déjà cité), de se servir du revolver contre les soporifiques membres du comité national romain. " Il rendit hommage dans sa proclamation aux rouges et aux casse-cou, ne parlant plus de rarmé'o italienne, et en appelant à Garibaldi, comme au seul souteneur du drapeau italien ; c'était précisément l'opposé du contenu de la proclamation alBchée trois jours auparavant, laquelle ne disait mot de Garibaldi et promettait l'entrée de l'armée royale^. En réalité, Cucchi agissait de concert arec le comité central de Florence, et avec M. Raitazzi, qui en était devenu l'àmo et le chef, depuis qu'il l'avait subjugué par l'or, par les armes, par la protection et par la promesse de courir à Rome avec l'infanterie et la cavalerie de Victor- Emmanuel. Tout ceci est clairement exprimé dans le j'apport du comité romain d'insurrection, rapport dont Cucchi est probablement tout à la fois l'auteur et l'approbateur.
« Frappés par le noiubre de tant de revers consécutifs, agités par des soupçons qui nous font craindre que la trahison ne se soit glissée dans nos rangs, il n'eût pas été surprenant, qu'après la néfaste journée du 22, nous ayons abandonné tout projet de résistance. Mais tous les patriotes qui avaient pu échapper à la captivité, accouraient vers nous, dans la matinée du 23, et nous disaient chaleureusement : « Il faut I)0ursuivre à tout prix! » C'était nous qui recevions, pour ainsi dire, le mot d'ordre, au lieu de le donner, et nous l'acceptâmes .«ans réserve {de M. Rattazzi
(l) Voir le ctiapitre i.xiii.