‹ Les croisés de Saint PierreChapitre 30 sur 32 · LES MONUMENTS DE LA CROISADE DE 1S · texte numérisé non relu

LES MONUMENTS DE LA CROISADE DE 1S

Parvenu au terme de notre longue et fatigante roule, nous jetons un regard rétrospectif pour mesurer le chemin parcouru. Y avons-nous laissé une trace durable? Nous ne savons : Assurément, nous nous sommes efforcés de le faire, nous eussions bien voulu élever un monument capable d'éterniser le souvenir des croisés de Saint-Pierre. Personne, peut-être, ne se trouvera jamais avoir entre les mains, autant de marbre, autant de métal, autant de pierres précieuses, que nous en avons possédé pour le construire : mais d'autres seront, sans nul doute, plus habiles que nous à disposer de tant de matériaux dans un ordre d'architecture bien supérieur à celui dans lequel nous avons cherché à le bâtir. Quoiqu'il en soit, notre conscience nous afBrme que toujours nous n'avons dit que la vérité, conservant à l'avenir beaucoup de noms, que le temps aurait peut-être eifacés, et qui pourtant sont dignes de passer à la postérité la plus reculée.

CONCLUSIOX. 521

Si d'autres éprouvaient le désir d'embrasser d'un seul coup-d'œil tout notre récit, s'ils voulaient se graver dans la mémoire les commencements, les progrès et la fin de hi guerre faite contre Rome, en 1867, nous serons heureux de leur montrer les cent chapitres de notre livre, dans une sorte de résumé concis, et en même temps rendus authentiques par deux monuments élevés aux vainqueurs et aux victimes de cette guerre, par l'autorité la plus irréfragable qui puisse exister sur l'univers soumis à la paternelle autorité du Pape Pie IX, Le premier de ces deux monuments est le bref par lequel il institua la médaille, disons mieux, la croix de Montana.

Pie IX, Pape, A la mémoire perpé(uelle de la chose.

« Depuis que les ennemis furibonds du nom catholique ont, pour annihiler, si possible était, ce nom, osé ébranler la principauté civile du Saint-Siège, lui arrachant autant de provinces florissantes qu'il fallait pour qu'il lui en restât à peine assez pour que Nous exercions le pouvoir civil dans des limites bien étroites, et non sans difficulté du trésor, des hommes perfides n'abandonnèrent jamais le dessein d'occuper les provinces qu'il Nous avait laissées, et d'aller jusqu'à envahir cette noble ville, dans laquelle, par disposition divine, fut établi le Siège apostolique, fondement de la Religion, maitre de la foi, forteresse et rempart de la vérité catholique. De là les machinations et les fraudes, de là la violence employée naguère, c'est-à-

dire lorsque, ayani réuni des hordes composées de plèbe la plus infime et toujours prêtes à causer tous les maux, on envahit Nos provinces pour lever l'étendard de la rébellion ; les brigands s'elforcôrent, par la terreur, les rapines, et toutes les scélératesses sacrilèges que l'on peut imaginer, d'épouvanter les bourgs, les villes et les villages, sans réussir cependant à ébranler le dévoùment et l'affection des habitants envers Nous et envers le Siège apostolique. Mais dans cette grave circonstance, dans cette calamité publique, la vaillance de nos soldats resplendit du plus vif éclat : sur les pas de leurs chefs, sans craindre ni se soucier de l'àpreté des routes presiju'impralicables, sans être énervés par l'accablante longueur des marches, sans être abattus ou découragés par la rudesse des travaux, ces braves volèrent à la rencontre de l'ennemi, et la lutte entreprise et plusieurs fois renouvelée contre lui, ils se battirent avec tant d'âme et tant de vigueur, qu'ils défirent et mirent complètement en déroute ces hordes effrénées, rendant aux villageois et aux citadins la tranquillité et la sûreté personnelle qu'ils avaient perdues. Peu de temps après, une bande armée osa s'approcher des murailles de Rome pour tenter d'j pénétrer, dans l'intention de satisfaire leur fureur, d'assouvir leur rage par les incendies, par le pillage des demeures, par la ruine des églises et en versant à flots le sang des fidèles et paisibles citoyens, aussitôt que leurs complices , qui s'étaient introduits dans la ville en cachette, et qui avaient préparé de nouveaux instruments de mort, donneraient le signal du pillage. Mais nos soldats ne faillirent pas à leur devoir :

ajant découvert les embûches , ils déjouèrent la perfic'ie des conjurés , après en avoir défait une partie, et fait l'autre partie prisonnière, nos héros sauvèrent ee siège de la Religion, cette demeure des beaux-arts, de sa dernière extermination. Nos troupes trouvèrent ensuite une autre occasion de prouver leur magnanime vaillance. Un ramassis d'hommes, recueillis n'importe où, dans la province touchant à la Sabine, avait pris possession de Monte- Rotondo, après avoir commis, dans cette malheureuse ville, toutes sortes d'indignités, et s'y être enivrés d'un désir effréné de tenter une nouvelle agression contre Rome; mais on envoya contre eux nos soldats, unis à nos dévoues auxiliaires, les Français, pour les combattre et les repousser. En effet, en étant venus aux mains près de Mentana, ils apportèrent tant de force, d'ardeur et de persévérance dans la lutte, qu'ils domptèrent cette masse de larrons, si supérieure à eux par le nombre, la mirent en déroute, et, après en avoir tué et blessé une grande quantité, fait beaucoup do prisonniers, ils mirent en fuite ceux qui restaient ainsi que l'audacieux brigand qui les commandait, et remportèrent sur eux une insigne victoire. Les illustres vainqueurs obtinrent, à leur rentrée dans Rome, un accueil triomphal, car la cité entière se leva pour aller à leur rencontre, acclamant avec une ardeur et une joie sans bornes, la noble et vaillante entreprise de ses défenseurs. Pour que le souvenir de celte victoire, qu'on n'eût pas remportée sans l'aide du Seigneur, et que le monde entier a célébrée, se perpétue ; Nous avons ordonné qu'on frappât une croix

octogone en argent, aux extrémités de laquelle on inscrirait: Pius IX, Papa. An. mdccclxvii, et, au milieu de la croix, une petite médaille, portant à l'endroit les emblèmes de la dignité pontificale, avec ces mots : Fidei et Virtuti ; et, à l'envers, la croix avec ces mots : Hinc Victoria. Et Nous désirons que tous les membres de cette armée portent sur la poitrine, au côté gauche, cette croix d'argent, suspendue à un ruban de soie blanche, sur lequel seront tracées cinq lignes bleu-de-ciel; et, pour compensation de leurs nobles fatigues, Nous accordons à ces mêmes soldats la remise d'une année sur le temps qui avait été fixé pour la jubilation, et pour obtenir d'autres avantages selon les règlements militaires. En outre, nous donnons celte décoration d'argent, qui sera portée sur la poitrine à gauche, à chacun des soldats de l'armée française qui ont combattu à ]\Ientana, aux côtés de nos troupes, contre les hordes ennemis. Enfin, pour que tous ces braves, qui, pour défendre Nos droits et repousser de Rome la fureur des impies, ont offert leur sang et leur vie, aient, de Notre part, une preuve solennelle de nos louanges et de leur vaillance. Nous publions et déclarons, par ces présentes lettres, qu'ils ont souverainement bien mérité de Nous, du Siège apostolique et do toute la Catholicité : preuve solennelle dont, assurément, rien ne peut être plus honorifique, plus glorieux, pour immortaliser le nom le plus illustre.

» Donné ta Rome, près de Saint- Pierre, sous l'Anneau du Pêcheur, le 14 novembre, de l'année 1867, 22'"^ de Notre Pontificat.

X N. Cardinal Paracciani Clareli.i. »

Qu'avons nous faii d'aulre, dans tout notre travail, que de détailler longuement ce que Pie IX atteste en peu de mots? Le ministre italien lui-même n'a-t-il pas avoué qu'on lisait, sur le drapeau de Garibaldi, celle sacrilège inscription : « Destrîictwn de la suprême autorité spirituelle du chef de la religion'} «

Il y a plus : le Suint-Fèro voulut que la même preuve fût sculptée sur la pierre et sur le bronze, et proclamée aux siècles futurs par le mausolée érigé à ceux qui tombèrent dans les combats. Pie IX pensa que dans le Champ Vérano, sur le sol consacré par les catacombes des anciens martyrs, devait s'élever aussi le souvenir des croisés du dix-neuvième siècle. Cette pensée de Pie IX se traduisit par le groupe colossal en morbre qui représente saint Pierre au moment de confier une épée à un guerrier complètement armé et soutenant un étendard marqué de la croix, avec la devise : « \!uyiivers catholique. » Pierre représente Pie ; le guerrier est le symbole do l'armée chrétienne, l'idée de la mission se manifeste clairement dans la posture impérieuse du mandant et dans l'acte hiimble et généreux du mandataire ; cette idée est plus évidemment encore exprimée par deux inscriptions extraites des livres des Machabées, et qu'on grava sur le piédestal du monument : « Reçois la sainte épée, don du Seigneur, avec laquelle tu vaincras les ennemis de mon peuple d'Israël. — La victoire d'une guerre ne consiste pas dans la multitude, mais la force vient du ciel. »

Le marbre parlant se dresse majestueux, sur un piédestal de forme octogone, d'une hauteur proporîionnée, placé sur un soubassement gradué par un

double rang de marches; et, sui- les huit faces du piédestal, sont traces les noms des héros qui, soit sur le champ de bataille, soit après la lutte, mourant de leurs blessures, exécutèrent les ordres de saint Pierre. Là leurs noms sont gravés en relief sur do brillantes plaques de métal doré ; mais ils doivent bien plus brillamment resplendir sur le livre de vie. Nous ne pouvons illustrer notre dernière page d'un plus noble ornement, qu'en y jnscrivant la liste vénérable cl bénie de ces martyrs de la sainte Église'.

A Bagnouea : Pierre Nicolas Heykamp, hollandais, zouave.

A FAR^!ÈSE :

Emmanuel Dufournel, français, sous-licutonant do zouaves.

A MoNTE-LiBRETTI :

Arthur Guillemin, français, lieutenant do zouaves. — Urbain de Quélen, français, sous-lieutenant de zouaves. — Auguste Delalande, français, sergent de zouaves. — Alfred Collingridge, anglais, caporal de zouaves. — Hubert Mercier, belge, caporal de zouaves. — Odoard de Rœck, belge, zouave. — Godefroy Van Ravenstein, hollandais, zouave. — François Martinaggi, français, zouave-. — Pierre

(1) Ce monument a été dessiné par M. Vespignani, les statues sont de M. Luccaidi : deux noms illustres; les ornements sont l'œuvre d'artistes très-habiles : MM. Carimini, Palorabini, Augusti ; toutes les inscriptions latines sont du jésuite François Tongiorgi.

(2) Né en Corse.

Jong, hollandais, zouave. — Jean Crono, hollandais, zouave. — Lcopold de Coesters, belge, zouave. — Antoine BongenaarJ , hollandais, zouave. — Dominique Ciarla, italien, zouave. — Antoine Otten, hollandais, zouave. — Henri Scholten, hollandais, zouave ^

A Nerola :

Joseph Trémeur, français, légionnaire-romain. — Henri Mael, français, légionnaire-romain. — Louis Vallée, français, légionnaire-romain.

A VlTEIlBB :

Antoine Quadrotta, italien, dragon.

Bornard de Quatrebarbes, français, lieutenant des artilleurs^. — Dominique Massei, italien, maréchaldes-logis des artilleurs. — Jacques Schrama, italien, zouave^. — Jean Sthaele, suisse, carabinier étranger. — Jean Dupuis-Laraothe, français, légionnaireromain. — Adolphe Zecher, suisse, légionnaireromain.

A Rome :

Génésius Coppi, italien, maréchal-des-logis des gendarmes*. — François Carrara, italien, brigadier

(1) Sur les registres du régiment, on ajoute : Henri Biikker, hollandais, zouave.

(2) Ce nom a été gravé par erreur parmi ceux des morts de Men tana; nous le remettons à sa place.

(3) Nous le croyons hollandais.

(41 Tué à Casamari dans le Frosinonais,

des gendarme.^. — Louis Sandri, italien, gendarme.

— Télesphore Proietti, italien, gendarme. — François Antici, italien, gendarme. — Annihal Rcali, italien, squadriglieri^ — Aristide Cudennec, français, sergent des carabiniers étrangers. — Alexandre Jacoppini, italien, soldat de laligne^. — Achille Biirli, italien, trompette des carabiniers étrangers. • — Pierre Rius de Torralba, espagnol, sergent des zouaves. — Henri de Foucault, français, zouave.

— Dieudonné Dufoiirncl, français, capitaine des zouaves. — Antoine Iliiygen, fiançais, zouave^. — Alexis Desbordes, français, caporal des zouaves.

— Louis Carrej, caporal des zouaves. — Emile Claude, francjais, zouave. — Jacques Poggi, italien, trompette des zouaves. — César Desideri, italien, zouave. — Pierre IMancini, italien, zouave. — Frédéric de Dietfurt, français, zouave. — André Portanova, it;dien, zouave. — Dominique Tartavini, italien, trompette des zouaves. — Fortuné Chiusftroli, italien, trompette des zouaves. — Oreste Soldati, italien, trompette des zouaves. — Louis Flamini, italien, trompette des zouaves. - — Carmel Carletti, italien, trompette des zouaves. — Joseph Cerasani, italien, trompette des zouaves. — Victor Viochot, français, zouave. — JoanDevorscek, italien, caporal des zouaves. — Antoine Partel, tyrolien, zouave. — Odoard Larroque, français, zouave. — François Miranda, italien, zouave. — Michel-Ango

(1) Tué, croyons-nous, à Vallecorsa.

(2) Lisez Jacobini.

(?.) Il est assurément belge.

Mancini, italien, trompette des zouaves. — Etienne Mélin, français, zouave. — Jean Lanni, italien, trompette des zouaves. — Nicolas Silvestrelli , italien, trompette des zouaves ^ — Frédéric Cornet, belge, zouave. — Edmond Robinet, français, zouave.

A Mentana :

Charles Bernardini, italien, marcchal-des-logis des artilleurs. — Alexandre de Veaux, français, capitaine des zouaves. — Charles d'Alcantara, belge, lieutenant des zouaves. — Alexandre de Retz, français, sergent de zouaves. — Louis Loirant, Pierre Guérin, Henri Pascal et Joseph Rialan, tous quatre français, sergents dezouaves. — Edouard Van Bambost, hollandais, zouave. — Gérard Erstemejer, hollandais, zouave^. — Jules Henquenet, français, zouave. — Mathurin Guillermic, français, zouave.

— Julien Watts Russell, anglais, zouave. — Henri Van den Dungen, hollandais, zou.ave. — Edmond Lalande, français, zouave. — Augustin Guilmin, belge, zouave. — Henri Roemer, hollandais, zouave.

— Henri Van Hooren, hollandais, zouave. — Jean Maes, belge, zouave. — Everard Hejman, hollandais, zouave. — Ernest Haburg, allemand, zouave.

— Jean Sauër, allemand, zouave. — Yvon Jaffrenon, français, zouave. — Jacques Melkert, hollandais, zouave. — Hélias Chevalier, français, zouave.

(1) Sous le iioin de libicen sont compris les musiciens concertants et les trompettes; nous l'avons traduit par trompette. Dans l'inscription, Charles d'Alcantara est porté parmi eux ; nous le remettons à sa place, parmi les morts de Mentana.

(2) Sur les registres du régiment, ce nom est écrit : Erftemevei CROISÉS, m. 45

— Valéran d'Erp , belge , zouave. — Cornélius Pronck, hollandais, zouave. — Placide Meyemberg, allemand, carabinier étranger. — Jean Leton, français, zouave. — Jean Vetzel, allemand, carabinier étranger. — Pierre Tabardel, français, zouave. — Henri Matlhj's , français, zouave^. — Rodolphe Deworschek, bohémien, sous-lieutenant des carabiniers étrangers. — Emile Ladernier, suisse, caporal des carabiniers étrangers. — François Grabilzer, allemand, carabinier étranger. — Guillaume Frankle, carabinier étranger. — Antoine Albrick, tyrolien, carabinier étranger. — Joseph Schmidt, suisse, carabinier étranger. — Conrad Scheup, suisse, carabinier étranger. — Jacques Kramer, suisse, carabinier étranger. — David Bonnavaux, suisse, carabinier étranger. — Pie Rehni, allemand, carabinier étranger. — Georges Uehlein, allemand, carabinier étranger. — Pierre Fougères, chasseur, français. — Jean Binchet, chasseur, français. — Ludovic Menetre, caporal des chasseurs français. — Osvald Sleibli, soldat de la ligne française.

Sur la face du monument qui regarde Rome, on a placé l'inscription suivante :

fortissimis. mllitibus

Indigents . Exterisque

Qui. Anno. mdccclxvii

Adversus. Copias. Parricidaruji.

(1) Il faut ajouter ici à la liste ci-dessus : Jean M.jcller, belge, EOuave. — Léon Bracke, belge, zouave. — Simon Franken, hollandais, zouave. — Jean Meire, belge, zouave. — Paul de Doynel, français, zouave. — Jean VIemrainx, hollandais, zouave.

coNCLUSior;. 531

Plluibus. Pr.i:lii3 Pro. Religione Atque. Uubis. Incolumitatg ■«-

DlMIOANTES

In. Ipsa. VicroRiA ViTAM. CuM. Sanguine. E^rofuderunt

Plus IX. PONTIFEX. IMaXIJIUS MONUiMENTUM. FlERI. JUSSIT

Quo. Grat.e. Ipsius. Voluntatis

L\. FiLlOS. MERITIiSlMOS ViRTUTISQUE. EORUM. MeMORIA

Sancta. Atque. Sacrata

POSTERITATI. TrADATUR'.

Nou3 ne pouvons mieux terminer "cet ouvrage qu'en nous associant de tout cœur aux sentiments exprimés ci-dessus en l'iionneur des immortels Croisés de Sctint Pierre.

(1) Par ordre de Pie IX Souverain Pontife, ce monument a étC- 6levé à la mémoire des vaillants soldats, tant nationaux qu'étrangers, qui, en 1867, combattant contre des troupes parricides, poui la défense de la religion et le salut de Rome, au sein même de la victoire, versèrent leur sang et leur vie. Il a voulu ainsi que s» reconnaissance envers des fils si méritants soit transmise à la pos. térité avec lo souvenir saint et sacré de leur valeur guerrière.

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