POINTS IMPORTANTS DE L'ORGANISATION DES CRUSTACÉS
On définit un Crustacé :
Arthropode aquatique, à respiration branchiale, muni d’appendices antérieurs plus ou moins différenciés, constituant une paire d’antennules, une paire d'antennes, une paire de mâchoires, une paire de mandibules, une paire de maxilles et le plus souvent un certain nombre de paires de pattes-mâchoires.
Tout le monde connaît les crustacés comestibles, qui sont des crustacés supérieurs, c’est-à-dire ceux dont les organes, très différenciés, accusent une division correspondante du travail. Mais il y en a bien d'autres, dont nous aurons l’occasion de parler, puisque le Musée en possède.
Reprenant d’une façon moins brève les caractères de ce groupe, nous dirons que tous ou presque tous les crustacés sont aquatiques et que leur organisation est admirablement adaptée à ce mode d'existence. Tous, même ceux qui sont terrestres (cloportes) ont des branchies, ils ont plus de quatre paires de pattes et deux paires d'antennes; ces deux derniers caractères les distinguent immédiatement des trois autres classes d’arthropodes.
Le nombre d’anneaux, variable dans les groupes inférieurs,
devient fixe dans les groupes supérieurs, où il est de vingt-et-un. Les anneaux se soudent plus ou moins pour former la tête, le thorax et l'abdomen.
Les anneaux de la tête sont parfois indépendants, chez la squille par exemple, où l’on peut voir les trois premiers anneaux ophthalmique, antennulaire, antennaire ; la région supérieure de
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ce dernier se prolonge en carapace qui recouvre les quatre anneaux suivants ; ce fait se généralise d’ailleurs chez beaucoup de crustacés, particulièrement chez les Décapodes.
La tête porte les yeux, qui sont sessiles ou pédonculés, caractère important pour la classification. Le plus souvent, ils sont composés ; 1l y en a parfois de simples, existant simultanément avec les précédents. Puis viennent les antennules ou antennes internes, les antennes proprement dites, dont la forme est très variable.
A la bouche des crustacés broyeurs, outre la lèvre supérieure, on voit les mandibules, les premières et secondes mâchoires, puis les pattes-mâchoires qui, au début, ne sont que des pattes ambulatoires appartenant au thorax et devenant des pièces buccales après transformations successives.
La conformation de l'appareil buccal est toute différente chez les suceurs ; les mêmes éléments s’y retrouvent, mais les mandibules s’allongent en suçoir ; les mâchoires, devenues inutiles, sont rudimentaires ou disparaissent complètement ; les pattesmâchoires se sont transformées en crochets acérés servant à fixer l'animal sur sa proie,
Le thorax se compose fondamentalement de sept anneaux, plus ou moins soudés, mais dont le nombre se reconnaît quand on examine les appendices qu'il porte. Leur soudure à la partie supérieure constitue un céphalo-thorax souvent muni en avant d’un rostre qui est l’indice d’une forme ancestrale (Zoé).
Les appendices thoraciques montrent d’une façon éclatante la merveilleuse facilité d'adaptation des organes aux. fonctions les plus diverses ; suivant les cas, ces organes deviennent des appareils de natation, de préhension, de respiration, des crochets, des mâchoires (pattes-mâchoires), des pattes proprement dites terminées souvent par une pince très grosse.
C’est ici Le lieu de dire que, en réalité, la composition de tous ces appendices est la même. Aussi, une nomenclature uniforme a-t-elle été établie par H. Milne-Edwards pour bien en faire voir l’homologie, Je recommande l'étude attentive de ce fait qui, vu d’abord théoriquement par Savigny, a été ensuite confirmé par les études du développement des crabes. On a vu aussi des cas tératologiques dans lesquels une antenne remplaçait un œil ; de
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plus, chez des crustacés de grandes profondeurs, la dernière paire de pattes est devenue normalement une paire d'antennes très délicates.
L’abdomen comprend sept segments dont le dernier est rudimentaire ; c'est le felson qui forme avec les appendices du précédent la nageoire caudale. Les six premiers portent une paire d’appendices s’adaptant aux usages les plus variés: pattes natatoires, crampons, ovophores, appareils copulateurs, appareils respiratoires.
L'enveloppe des crustacés a été étudiée spécialement par Vitzou. C’est dans la couche externe que se trouvent la chitine et une couche pigmentaire qui donne la coloration. La chitine, durcie ou non par des sels calcaires, est plus ou moins rigide et cette rigidité plus ou moins grande mèneà l'étude des articulations et des mues. De ces dernières, nous dirons un mot plus loin. Pour ce qui a rapport à la coloration, nous renvoyons aux auteurs.
Le système musculaire a été étudié spécialement par H. Milne- Edwards chez le homard et par Huxley chez l’écrevisse. Il se compose uniquement de muscles fléchisseurs et de muscles extenseurs. Les recherches relatives à l'évaluation de la puissance musculaire ont été faites par Félix Plateau qui a effectué à ce sujet d’ingénieuses expériences.
Les axes des articulations sont dirigés à angle presque droit les uns sur les autres. L’emboîtement des anneaux esttrès curieux à observer.
La natation est le mode le plus ordinaire de locomotion.
Le plan général du système nerveux est celui des annelés. Le type primordial, c'est à dire la présence d’une double chaîne ganglionnaire, n'existe que chez les Apus. En général, les centres nerveux tendent à se rapprocher à la fois dans le sens transversal et dans le sens longitudinal; c’est chez les décapodes brachyures (crabes), que le système nerveux est le mieux centralisé et parmi eux encore, c'est le Maïa qui réalise la centralisation la plus complète.
Ce phénomène de centralisation s’observe non seulement chez des crustacés présentant des degrés divers de perfectionnement, mais aussi dans les différentes périodes du développement embryonnaire d’une même espèce. Il en est ainsi chez l’écrevisse
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dans laquelle le système nerveux est d’abord une double chaîne ganglionnaire, puis une chaîne unique par suite d’un rapprochement sur la ligne médiane, puis enfin d’une fusion de ganglions résultant de plusieurs masses.
Il existe aussi un système nerveux de la vie végétative qui a été particulièrement étudié par F. Mocquard, chez les Crustacés supérieurs (décapodes).
Malgré les apparences, la sensibilité générale des Crustacés est très grande ; le plus léger attouchement à la carapace d'un crabe est ressenti par l'animal. Cette sensibilité est accrue encore par les soies, les poils. Enfin, certains appendices sont des organes de tact admirables, les antennes par exemple et les pattes ellesmêmes qui parfois deviennent des antennes, comme il a été déjà dit à propos de l’homologation des appendices.
Combien d'intérêt présente l’étude des organes des sens !
Outre l’étude de la constitution et de la position, de la forme des yeux, il y a lieu de considérer la phosphorescence produite par ces appareils, la disposition des organes de la vision chez les crustacés habitant les eaux souterraines, les cavernes, les profondeurs des lacs, des puits ou de la mer ; la perception des rayons lumineux, des couleurs, la netteté et la distance de vision.
Il est certain que les crustacés entendent. Chez les types supérieurs, le siège de l'audition est dans l’article basilaire des antennules. Ce sens a été étudié par Minasi, Hensen, Rosenthal, Farre, Kroyer, Huxley, Delage.
La sensibilité olfactive est également très développée; diverses opinions ont été émises pour en déterminer le siège, et les auteurs les plus autorisés lui assignent le même organe que pour l’ouie.
Les crustacés apprécient les saveurs, mais on ne sait rien de précis à ce sujet.
A propos des appareils de nutrition, nous attirerons l’attention sur le moulin gastrique (Huxley) ; sur les concrétions calcaires situées dans la région cardiaque de l’estomac et improprement appelées yeux décrevisses (gastrolithes) ; sur la glande verte qui joue le rôle de rein (Chantran) et qui a quelque rapport avec la formation des gastrolithes ; sur le cœur, dont Harvey a, le premier, constaté l'existence et les pulsations (1628) ; sur le trajet circulatoire, étudié par Leeuwenhoek, qui reconnut, le premier, le
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cours du sang dans les veines et les artères des Crabes, par Willis chez l’Ecrevisse ; par Swammerdamm chez le Bernard l'Ermite ; par Cuvier, Audouin, H. Milne-Edwards et enfin par Yves Delage chez les Edriophthalmaires.
Les crustacés, conformés pour la vie aquatique, respirent avec des branchies. Ceux même qui ont une existence terrestre doivent, ou bien rester dans une atmosphère humide, ou bien conserver une réserve d’eau dans leurs chambres branchiales,
Dans les groupes inférieurs, les branchies sont portées sous les pattes ; chez les crustacés supérieurs, la fonction respiratoire a son autonomie (principe de la division du travail) et alors les branchies sont externes et abdominales (Squilles) ou internes et thoraciques [Décapodes).