‹ Les crustacés, les arachnides et les insectesChapitre 45 sur 85 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

162 crustacés brvnchiopodes.

ces paquets d’œufs , à leur sortie, et après les avoir isolés, il en a vu éclore des petits, et il a obtenu une autre génération sans l’intervention des mâles. Une femelle qui avaitfait sa ponte le 12 avril, a, jusqu’au 18 mai suivant inclusivement , changé six fois de peau. Le 27 du même mois , elle a fait une seconde ponte, et deux jours après, ou le 29, une troisième. Il en conclut que le nombre des mues de l’enfance est en rapport avec le développement graduel de l’individu 5 que ce développement 11e peut se manifester que par la séparation générale d’une enveloppe devenue trop petite pour loger l’animal , et que celui-ci a pour limite une grandeur déterminée qu’il lui faut atteindre (1).

Les lophyropes de notre troisième division (nosCLADOCERES ou les daphnides de M. Straus), composent, dans l’histoire des monocles de Jurine sa seconde famille. La forme de deux de leurs antennes , qui ressemblent à deux bras ramifiés et servant de rames , la faculté qu’ils ont de sauter , ont valu à l’une des espèces des plus communes, la dénomination de puce aquatique arborescente.

Le premier de ces naturalistes, qui nous a donné une excellente monographie des daphnies, sous-genre de cette division, en a établi deux nouveaux, l’un sous la dénomination de Latone (Latona), ayant pour caractère d’avoir les antennes en forme de rames, divisées en trois branches, d’un seul article (2)* et l’autre, celui de Sida {Sida) , së rapprochant des sous-genres connus de la même division à l’égard des mêmes antennes , divisées seulement en deux branches, mais dont l’une n’a que deux articles, et l’autre trois (3). Suivantlui,les daphnies se distingueraient des précédents et des lyncées, en ce que l’une des deux branchés

(1) Voyez Müller, Entonu , genre cypris; Jurine, Hist. des monoe. , seconde divis. , moro à coquille bivalve, pag. 159-179, xvii-xix ; Rarad. , Mon.,iv; Straus, Mém. du mus. d’hist. nat., vn , if Desmar., Consul., pag. 38o-386 , lv, 1-7. M. Desmarest ( Crust. fossil. , xi, 8) en a figuré une espèce fossile , qu’il nomme cypris f ère, trouvée en grande abondance près de la montagne de Gergovie , département du Puy-de-Dôme, et à la balme d’ Allier, entre Vichy-Les-Bains et Cussac.

(a) Daphnia seiifera , Müller, Entom.

(3) Daphnia cnstallina , ejusd. , ibid.

SECTION DES LOPHYROPES.

des rames se composerait de trois articles et l'autre de quatre. Cependant, selon Jurine (Hist. des mon., pag. 92), chaque branche serait composée de trois articulations ) mais il paraît qu'il n’a pas tenu compte du premier, à la vérité très court, de la branche postérieure (1). Le dernier , dans tous ces lophvropes, est terminé par trois filets, et chacun des précédents en jette un autre ; ces filets sont simples ou barbus. 11 existe aussi deux autres antennes, mais très courtes, surtout dans les femelles, situées à l’extrémité antérieure et inférieure de la tête, et qui n’ont un seul article, avec une ou deux soies au bout.

Les Polyphèmes. ( Polyphemus. Miili.)

Ont, de même que les daphnies et les lyncées, leurs anj tennes en forme de rames, divisées en deux branches j mais chacune d’elles est composée de cinq articles. De plus, leur I tête, très distincte et arrondie, portée sur une espèce de cou, est presque entièrement occupée par un grand œil. Leurs pattes sont entièrement à découvert.

On n’en connaît encore qu’une seule espèce , le polyphèmé des étangs (2). ’ ,

Selon Jurine, les pattes ne ressemblent en rien aux monocles de cette division. Elles se composent d’une cuisse, d’une jambe , d’un tarse de deux articles , et de l’extrémité duquel sortent, celui de la dernière paire excepté, quelques petits filets. De l’extrémité antérieure de la tête saillent deux petites antennes , d’un seul article, terminé par deux filets. La coquille est tellement transparente, qu’on peut distinguer tous les viscères. La matrice, lorsqu’elle est pleine d’œufs, occupe la majeure partie de son intérieur. Leur nombre, dans les fortes pontes, 11’excède pas celui de dix. Lorsqu’on suit le développement graduel des fœtus, on est frappé de la prompte apparition de l’œil,

(1) M. Ramdohr l’a rendu dans les figures n et vu, tab. v, de ces antennes.

(2 ) Monoculus pediculus , Lin ; Deg. , Insect. , VII, xxvm, 6-1 3 j P olyphemus oculus , Muller, entom. xx, 1 -5 i Cephaloculus stagnorum , Lam. ; Jurin. , Monoc. , xv, i-3 ; Desmar., Cousid. , liv, 1, 2.

l64 CRUSTACÉS BR ÀN ch IOPOD'Ê s «

comparativement à celle des autres parties du corps. Il est d’abord verdâtre et ne passe qu’insensiblement au noir foncé. L’abdomen , après s’être contourné sur lui -même, de derrière en avan t , se replie subitement en arrière pour former une longue queue, grêle, pointue, de laquelle.sortent deux longs filets articulés. L’animal nage toujours sur le dos et le plus souvent horizontalement , communiquant à ses bras ou rames , et à ses pattes des mouvements vifs et répétés ; il exécute, avec beaucoup de prestesse et d’agilité, toutes sortes d’évolutions. 11 est sujet, dans sajeunesse et après sespremièresmues, àlamaîadiedela selle (voy. ci-après); mais cette selle a toujours une figure déterminée, et ne renferme jamais les deux boules ovales qu’elle présente dans les daphnies. Rédui t en captivité , ce crustacé ne vit pas long-temps, et les petits ne peuvent s’élever, du moins Jurine n’a-t-il pu les conserver après les premières mues, ni observer la suite de leurs générations. Il n’a reconnu de mâles dans aucun des individus qu’il a gardés. A la vérité, il n’a pu s’en procurer qu’une petite quantité, cette espèce étant rare dans les environs de Genève 5 mais il paraît qu’elle est très commune dans les marais et les étangs du Nord , et qu’elle y forme des attroupements considérables.

Les Daphnies. (Daphnia. Miiiî. )

Ont leurs rames toujours découvertes jusqu’à leur base ou l’origine de leur pédondule, aussi longues ou presque aussi longues que le corps, divisées en deux branches, dont la postérieure de quatre articles, avec le premier très court , et l’autre ou l’antérieur de trois 5 leur œil est petit ou en forme de point, et si l’on en excepte quelques espèces, l’on ne voit point, comme dans les lyncées, en avant de lui une petite tache noire, en forme de point, que Millier avait prise pour un second œil (1).

Quoique l’organisation de ces crustacés semble, par l’ex-

(1) C’est aussi le sentiment de Ramdohr , Monoc. , pi. v, %. n et 111 , 65 et comme il l’a découvert dans la daphnia sima , il serait possible que ce caractère fût commun, quoique peu sensible dans diverses espèces, à ce sous-genre et aux lyncées. Schaeffer avait déjà observé cette tache.

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trême petitesse de ces animaux, devoir se soustraire aux regards de l’obsérvateur, il n’en est guère cependant de mieux connue. Sans parler de ceux qui se sont spécialement occupés de recherches microscopiques , quatre naturalistes des plus profonds, Schæffer, Ramdohr, Straus , Jurine père , mais surtout le troisième , ont étudié ces animaux avec l’attention la plus scrupuleuse. Si quelques détails d’organisation ont échappé au dernier, les recherches de MM. Ramdohr et Straus y suppléent; Jurine, d’ailleurs, complète les observations de ceux-ci sous le rapport* des habitudes, qu’il a longtemps suivies et très bien observées. La bouche est si tuée en dessous, à la base du bec; nous considérons, avecM. Ramdohr, comme un chaperon de forme alongée , la portion inférieure de la tête, que M. Straus appelle labre, et nous appliquerons cette dernière dénomination à la partie qu’il nomme lobule postérieur du labre. Immédiatement au-dessous sont deux mandibules (mâchoires intérieures, Ramd.) très fortes, sans palpes, dirigées verticalement et appliquées sur deux mâchoires (i) horizontales, terminées par trois épines robustes, cornées, en forme de crochets recourbés. Viennent ensuite dix pattes, ayant toutes le second article vésiculeux; les huit premières se terminent par une expansion en forme de nageoire, garnie sur ses bords de soies ou de filets barbus, disposés en manière de couronne ou de peigne; les deux antérieures paraissent plus spécialement propres à la préhension: aussi M. Ramdohr les prend-il pour des palpes doubles (l’externe et l’interne) : ce sont les mêmes pièces que Jurine api pelle ailleurs (cvclopes) des mains. Dans les figures qu’ils en ont données , les soies terminales paraissent être barbues : nous ne voyons pas dès lors pourquoi ces appendices ne pourraient pas servir à la respiration, propriété (2)

| {1) Les mâchoires extérieures, dans la nomenclature de M. Ramdohr.

Jurine n’ayant pas détaché ces parties des précédentes, a supposé que celles - ci étaient accompagnées d’une espèce de souspape et d’un palpe. Hist. des monoc. , IX , fig. 13-17.

(2) Suivant M. Straus, les cypris et les cythérées ne sont point de véritables branchiopodes, attendu que leurs pattes n’ont point de bran^ | cliies ; mais, comme nous l’ayons déjà observé, les soies ou poils des

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que M. Straus n’accorde qu’aux suivantes , parce que cellesci ont de plus au côté interne une lame qui, à l’exception des deux dernières, est bordée d’une rangée de soies, en manière de peigne, et pareillement barbue, à en juger d’après les figures de Jurine et M. Ramdolir. Les deux dernières pattes ont une structure un peu différente, et M. Ramdolir les distingue sous le nom de serres. L’abdomen , ou le corps proprement dit, est divisé en huit segments , parfaitement libre entre ses valves , grêle , alongé, recourbé en-dessous à son extrémité, et terminé par deux petits crochets dirigés en arrière. Le sixième segment présente en-dessus une rangée de quatre mamelons, formant des dentelures, et le quatrième une sorte de queue (i). Les ovaires sont placés le long des côtés, entre ce segment et le premier , et s’ouvrent séparément près du dos, dans une cavité (matrice, Jurine) située entre la coquille et le corps, où les œufs restent quelque temps après la ponte.

Muller a donné le nom d ’ephippium ou de selle à une grande tache obscure et rectangulaire qui, à certaines époques de l’année et surtout en été , se montre, après la mue : des femelles, à la partie supérieure des valves de la coquille, , et que Jurine attribue à une maladie. Selon M. Straus, cet t ephippium présente deux ampoules ovalaires , transparentes, placées l’une au-devant de l’autre, et formant avec celles du côté opposé deux petites capsules ovales, s’ouvrant comme une capsule bivalve. 11 se partage, ainsi que les valves dont il fait partie, en deux moitiés latérales, réunies par une suture le longdeleur bord supérieurs; son intérieur en offre un autre semblable, mais plus petit, à bords libres, si ce n’est le supérieur, qui lient aux valves, et dont les deux moitiés jouant en charnière l’une sur l’autre, présentent les mêmes ampoules que les battants extérieurs. Chaque capsule renferme un œuf à coque cornée et verdâtre , sem-

deux antérieures et celles des antennes , pourraient, tout aussi bien que celles des palpes et des premières mâchoires , remplir les fonctions branchiales.

( i) Nous omettons d’autres détails d’organisation, parce que les uns ne peuvent être saisis qu’au moyen de figures^ et que lesautres paraissent être communs à la plupart des branchiopodes.

SECTION DES LOPHYROPES. 167

blable , du reste , aux œufs ordinaires, mais demeurant plus long-temps à se développer et devant passer l’hiver sous cette forme. A l’époque de la mue , l’éphippium , ainsi que seS œufs, est abandonné avec la dépouille dont il fait partie : elle sert d'abri à ces œufs pendant le froid. La chaleur du printemps les fait éclore, et il en sort des petits absolument semblables à ceux que donnent les œufs ordinaires. Schaeffer a dit qu’ils peuvent rester fort long temps dans l’état de dessiccation sans que le germe soitaltéréj mais aucun de ceux que M. Straus a conservés dans cet état n’est éclos. Ils sont absolument libres, ou sans adhérer les uns aux autres^ dans les cavités qui leur sont propres. Selon J urine, ils peuvent , en été, éclore au bout de deux ou trois jours. Sous le climat de Paris , où M. Straus les a observés à toutes les époques de l’apnée , il faut au moins cent heures. Le fœtus, vingt heures après la ponte, n’offre qu’une masse arrondie et informe, sur laquelle on remarque, quand on l’examine de près, les rudiments obtus des bras, en forme de moignons très courts et imparfaits, collés contre le corps ; la tête ni l’œil ne sont visibles • le corps , vert ou rougeâtre, et ponctué de blanc comme les œufs , ne fait encore aucun mouvement. Ce n’est qu’à la quatre-vingt-dixième heure , et lorsque l’œil a paru, que les bras et les valves se sont alongés, que le fœtus commence à se mouvoir- A la centième heure, il est déjà très actif- enfin à 3a cent dixième , il ne diffère du petit venant de naître, qu’en ce que les soies des rames sont encore collées contre leur tige, et que 3a queue des valves est fléchie en dessous et reçue entre les bords inférieurs de ces pièces. "Vers la fin du cinquième jour , la queue , qui termine les valves dans le jeune âge, et les soies des bras, se débandent comme un ressort, et les pattes commencent alors seulement à s’agiter. Les petits étant en état de paraître au jour, la mère abaisse aussitôt son abdomen , et ils s’élancent au dehors. Des œufs nouvellement pondus et placés dans un bocal , où M, Straus les a suivis, se sont développés de la même manière. Jurine nous a aussi donné, sur les changements progressifs des fœtus des daphnies , des observations analogues, mais faites en hiver ; et comme les petits ne sont écios que le dixième jour, il a eu l’avantage

l68 CRUSTACÉS liRANCHtOPODES»

de pouvoir mieux saisir et préciser ces développements. Le premier jour, l’œuf présente une bulle centrale, entourée d’autres plus petites , avec des molécules colorées dans les intervalles. Ces molécules et ces bulles paraissent destinées à former, en s’agglomérant , en se rapprochant du centre et finissant par disparaître, les organes. Le sixième jour, la forme du fœtus commence à se prononcer ; le septième, l’on distingue la tête et les pattes ; le huitième , l’œil paraît ainsi que l’intestin ; le suivant, l’on commence à distinguer le réseau de cet œil; les bulles ont presque entièrement disparu, à l’exception de la centrale, qui occupe le canal alimentaire, sous le cœur; le dixième, le développement du fœtus est terminé , le petit sort de la matrice , et reste un moment immobile.

Les mâles, du moins dans les espèces observées par M. Straus, sont très distincts des femelles. La tête est proportionnellement plus courte ; le bec est moins saillant ; les valves sont moins larges et moins gibbeuses supérieurement et baillantes en devant , de sorte qu’elles présentent en cette place une large ouverture presque circulaire. Les antennes sont beaucoup plus grandes, offrent l’apparence de deux cornes dirigées en dessous, et que Millier a considérées comme les organes sexuels de ce sexe. M. Straus n’a pu découvrir ces parties sexuelles; mais il a remarqué que l’onglet terminant le dernier article des deux pattes antérieures (les secondes, en supposant que les rames soient les premières) est beaucoup plus grand que dans la femelle, qu’il a la forme d’un très grand crochet , fortement recourbé en dehors, et que la soie du troisième article est également beaucoup plus longue; ces crochets lui servent à saisir la femelle. Les marnelonsfiu sixième segment de l’abdomen sont beaucoup moins sensibles et sous la forme de tubercules, dans le premier âge. Aux antennes inférieures près, plus longues dans les mâles, les deux sexes se ressemblent presque, et les deux valves de leur coquille se terminent, dans l’un et l’autre, par un stylet dentelé en dessous , arqué vers le bas et d’une longueur égalant presque celle des valves. A chaque mue, ce stylet se raccourcit, de sorte qu’il ne forme plus, dans les adultes, qu’une simple pointe obtuse.

SECTION DES LOPHTltOPES. l6c )

Les mâles sont très ardents à la poursuite de leurs femelles et souvent du même individu.

Un seul accouplement féconde la femelle pour plusieurs générations successives et jusqu’à six au moins, ainsique l’a constaté Jurine. M. Straus remarquant que les orifices des ovaires sont placés très profondément sous les valves, et que dès lors aucune partie du corps du mâle ne pourrait y atteindre, soupçonne qu’il n’existe point chez lui d’organe copulateur, et qu’il se borne à lancer la liqueur fécondante sous les valves de la femelle, d’où elle s’introduit dans les ovaires; mais l’analogie semble repousser une telle conjecture (i). Jurine a vu leur accouplement , qui dure au plus de huit à dix minutes. Le mâle, placé d’abord sur le dos de la femelle, la saisit avec les longs filets de ses pattes antérieures ; se portant ensuite vers le bord inférieur de la coquille de celle-ci , et approchant la sienne de son ouverture, il y introduit ces filets, ainsi que les crochets ou harpons de ces pattes. Il rapproche ensuite sa queue de celle de sa compagne , qui d’abord se refuse à ses désirs , court avec une grande vitesse, le transportant avec elle, mais qui finit par céder. De petits corps, en forme de grains colorés en vert, en rose ou en brun , selon les saisons, composant les ovaires, remontent graduellement dans la matrice et y deviennent des œufs. Jurine observe que les mâles de la ( D , puce) sont en petit nombre, comparativement à celui des femelles; qu’au printemps et en été, on n’en trouve que difficilement , tandis qu’ils sont moins rares en automne.

Environ huit jours après leur naissance, les jeunes daphnies changent pour la première fois de peau, et continuent ensuite la même opération , tous les cinq à six jours, selon le plus ou moins d’élévation de la température ; non seulement le corps et les valves , mais encore les branchies et les soies des rames se dépouillent de leur épiderme. Ce n’est qu’à la troisième mue que ces crustacés commencent à produire. Leur ponte n’est d’abord que d’un seul œuf, puis de deux ou trois , et augmente progressivement , et va même jusqu’à cinquante-huit dans une espèce ( D. magna). Un

(i) Voy. Jurine, Hist. des mon. , pag. 106 et suiv.

lyo CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.

jour après ia ponte , la feraeile change de peau, et Ton trouve dans les téguments qu’elle abandonne, les coques des œufs de sa dernière ponte. Un moment après, elle en fait une nouvelle. Les jeunes d’une même portée, sont presque toujours du même sexe, et il est assez rare de trouver dans une portée de femelles deux ou trois mâles, et vice versa. Mais sur cinq à six portées des mois d’été, il s’en trouve au plus une de mâles. On rencontre souvent des individus dont les téguments sont d’un blanc laiteux , opaque et épaissi , sans que pour cela ils en paraissent affectés; au renouvellement de leur test, on n’aperçoit sur lui que de légères traces de cette altération , et qui se manifestent, par des rugosités.

Ces crustacés cessent de se reproduire et de muer aux approches de l’hiver , et finissent par périr avant le commenccmentdes gelées. Les œufs contenus dans les ephippi unis, et qui avaient été pondus pendant l’été , éclosent dès les premières chaleurs du printemps suivant; bientôt les mares sont de nouveau peuplées d’une infinité de daphnies. Plusieurs naturalistes ont attribué la couleur sanguine que ces eaux prennent quelquefois, à la présence de myriades de la. D. puce ; mais M. Straus dit n’avoir jamais observé ce fait,, et que cette espèce est en tout temps peu colorée. Le matin et le soir, et même pendant le jour, lorsque le ciel est couvert, les daphnies se tiennent habituellement à leur surface. Mais dans les grandes chaleurs, et lorsque le soleil donne arec ardeur sur les mares ou eaux stagnantes qu’elles habitent, elles s’enfoncent dans l’eau, et se tiennent à six ou huit pieds de profondeur ou davantage; souvent on n’en voit pas une seule à la surface. Elles nagent par petits bonds, plus ou moins étendus, suivant que leurs rames sont plus ou moins longues , et que le bouclier recouvrant le devant de leur corps déborde plus ou moins , la grandeur de cette saillie pouvant gêner leurs mouvements. Au témoignage de M. Straus, leur nourriture consiste exclusivement en petites parcelles de substances végétales, que ces animaux trouvent au fond de l’eau , et très souvent en coriferves. Ils ont constamment refusé les substances animales qu’il leur a offertes. Il leur a souvent vu avaler leurs propres excréments, en-

SECTION DES LOPHYROPES.

traînés par Je courant d’eau que produit l’action d»e leurs pattes, et qui porte leur aliment ordinaire vers leur bouche. Les crochets qui terminent l’extrémité de leur* queue léur servent à nettoyer leurs branchies.

La Daphnie puce , la plus commune de toutes ( Mcmoculus pulex7 Lin.)* Pulex aquaticusarhorescens , Swami n. , Bib. nat. , xxxi 5 le Perroquet Peau , Geoff. , Hist. uns. , II , pag. 455; Scliæff., Die Grün., arm., Polyp. , ir]5!5? I, 18; Straus. , Mem. du Mus. d’hist. , Y, xxix, 1 — 20 ; Jurin., Mon., vin — xi, a, selon M. Straus, lebec grand, convexe; les soies des rames plumeuses ; le premier mamelon du sixième segment en languette; les valves dentelée; î au bord inférieur, terminées par une queue courte, obtuse dans les femelles. Ce dernier caractère la distingue d’uue autre espèce avec laquelle on Ta confondue , la D . longue épine ( D. longispina , Str. , Deg. insect, Yil, xxvii, 1 —4 )* La femelle est longue de quatre millimètres (1).

Le dernier sous-genre des lopliyropes est celui de

Lyncée ( Lyngeus. Müll. — Chilodorus. Leach. ),

Qui ne se distingue guère du précédent que par sesicames, évidemment plus courtes que la coquille, et dont la portion inférieure 11e fait point ou presque pas de saillie. Selon M. Straus, les articulations dé leurs branches seraient plus nombreuses que dans les sous-genrès précédents. Tous ont au-devant de leur œil une petite tache qui a l’apparence d’un autre œil. Le bec est proportionnellement plus prolongé que celui des daphnies , courbé et pointu (2).

La seconde section des branchiôpodes , celle des Phyllopes (Phyllopa) , est distinguée, ainsi que nous l’avons dit, de la première, à raison du nombre des pieds, qui est au moins de vingt (3) et de la forme lamellaire ou foliacée de

(1) V oyez , pour les autres espèces , le Mémoire précité de M. Straus ; Müller , Entom., et Juriue, Hist. des monocles, seconde famille , pag 1 85-58, et pag. 181-200. Payez aussi, pour les D. sima et longispina , Ramd. , Monoc. , v-vii.

(2) Voyez Müller , Entom., G. lynceus,- Jurine , Monoc. , pag. i5i~ j 58, et Desmar. , Consid. , $7 5-3^8.

(3) Ces animaux représentent, dans la classe des crustacés , les myriapodes de celle des insectes.

172 CRUSTACÉS BRANCHIOPODES.

leurs iarticles. Les yeux sont toujours au nombre de deux,

et quelquefois pédiculés: plusieurs encore ont un œil lisse.

Ces crustacés se distribuent dans deux grouppes principaux.

Les vj ns (Cératophthalmes, Ceratophthalma , Lat.) ont dix paires de pattes au moins et vingt-deux au plus, sans corps vésiculaire à leur base, et dont les antérieures, jamais beaucoup plus lomgues que les autres, ni ramifiées. Leur corps est renfermé d ans un test en forme de coquille bivalve , ou nu , avec les divisions thoraciques portant chacune une paire de pattes à découvert. Les yeux sont tantôt sessiles, petits et très rapprochés ; tantôt, et le plus souvent, situés à l’extrémité de deux pédicules mobiles. Les œufs sont intérieurs, ou extérieurs et renfermés dans une capsule de la base de la queue.

Ici les yeux sont sessiles, immobiles , et le corps est renfermé dans un test ovale, ayant la forme d’une coquille i bivalve ; les ovaires sont toujours intérieurs. Tels sont

Les Limnadies. (Limnadia. Adolp. Brong. ) (1)

Qui se lient tellement avec les précédents que la seule espèce connue avait été placée parmi les daphnies par Hermann fils.

Le test est bivalve, ovale, et renferme le corps, qui est alongé, linéaire et infléchi en avant. A la tête, se confondant presque avec lui , sont : i° deux yeux placés transversalement et très rapprochés; 2° quatre antennes, dont deux beaucoup plus grandes, composées chacune d’un pédoncule de huit articles, et de deux branches ou filets, sétacées, divisées en huit articles, et un peu soyeuses, et dont les deux autres et intermédiaires, petites, simples, élargies à leur extrémité;

3° la bouche j située au-dessous, consistant en deux mandibules renflées, arquées et tronquées à leur extrémité inférieure, et en deux mâchoires foliacées. Ces parties forment, réunies, une sorte de bec inférieur. Le corps proprement dit est divisé en vingt -trois segments, portant chacun , à

(1) Dans mon ouvrage sur les familles naturelles du règne animal, ce sous-genre compose, avec celui d'apus, ma famille des aspidiphores ; il se rapproche de celui-ci par le nombre des pattes, et des daphnies par le test.

SECTION DES PHYLLOPES. 17$

l’exception du dernier , une paire de pattes branchiales. Toutes ces pattes sont semblables , très comprimées, bifides, avec la division extérieure simple , ciliée au bord extérieur, et l’autre quadriarticulée et fortement ciliée au bord interne. Les douze premières paires sont de même longueur et plus grandes que les autres; la longueur de celles-ci diminue progressivement. La onzième paire et les deux suivantes ont à leur base un filet mince, remontant dans la cavité qui est entre le dos et le test, et sert de support aux œufs. Le dernier segment ou la queue se termine par deux filets. Les ovaires sont intérieurs et situés sur les côtés du canal intestinal , depuis la base de la première paire de pieds jusqu’à la dix-huitième , et leur issue paraît être située à la racine de quelques-uns d’entre-eux. Les œufs, après la ponte, occupent la cavité dorsale, dont nous avons parlé, et y sont attachés au moyen de petits filets, adhérant eux -même à ceux des supports, ils sont d’abord ronds et transparents ; ils prennent ensuite une teinte jaunâtre , qui s’obscurcit après au centre, et leur figure devient irrégulière et angulaire.

Tous les individus observés par M. Adolphe Brongniart, en étaient pourvus. Les mâles, supposé qu’il en existe, ne paraissent pas à la même époque que les femelles , c’est-àdire au mois de juin , et sont inconnus.

. La Limnadie dJ Hermann ( Limnadia Ilermani , AdoL || Brong. , Mém. du mus. d’hist. natur. , VI, xm; Daphnia gigas, Herm., Mém. apterol , V. ) a été trouvée en grand nombre dans les petites mares de laforêt de Fontainebleau.

| Là, chaque œil estsitué à l’extrémité d’un pédicule , formé par le prolongement latéral et en forme de corne de chaque j coté de la tête. Le corps est nu, sans test, et annelédans toute sa longueur. Les femelles portent leurs œufs dans une cap- J suie alongée située vers la base de la queue, dans ceux où il se termine ainsi , ou à l’extrémité postérieure du corps et du thorax, dans ceux où il n’yapoint de queue.

] Ceux-ci ont une queue.

Les Artémies. (Artemia. Leach. )

Dont les yeux sont portés sur de très courts pédicules;

1 CRUSTACÉS BRAJNCHIOPODES.

dont la tête se confond avec un thorax ovale, portant dix paires de pattes, et terminé par une queue longue et pointue. Leurs antennes sont courtes et subulées.

U Artémie saline ( Cancer salinus , Lin.), Montage Trans. soc. linn. , XI , Xiv, 8-10; Gammarus salinus , Fab.^ Desm., Consid. , pag. 3g3, est un très petit crustacé, que Ton trouve communémentdans les marais salants de Lymington, en Angleterre, lorsque F évaporation des eaux est très avancée, mais sur lequel nous n’avons encore que des renseignements très imparfaits.

Les Branchipes. (Branchipus. La t.—Chirocephalus. Bénédict Prévost. Jurin.)

Ont les yeux portés sur des pédicules très saillants, le corps étroit, alongé et comprimé ; la tête distincte du tronc, diversement appendicée selon les sexes, avec deux saillies en forme de cornes entre les yeux ; onze paires de pattes , et'la queue terminée par deux feuillets plus ou moins alongés et bordés de cils.

Quoique Scbæffer et Bénédict Prévost (i) aient donné des monographies très détaillées sur deux espèces de ce genre , ces travaux néanmoins sont encore imparfaits, quanta la connaissance approfondie et comparative de l’organisation buccale et de quelques autres parties de la tête. Considérés dans les deux sexes, ces animaux nous présentent les généralités suivantes : le corps est presque filiforme, composé d’une tête distincte du tronc par une espèce de cou; d’un tronc ou thorax creux en dessous dans sa longueur , divisé , du moins en dessus , le cou non compris, en Onze segments, portant chacun une paire de pattes branchiales , très comprimées , généralement composées de trois articles lamellaires, avec les bords garnis d’une frange de poils ou filets barbus; et d’une queue alongée, allant en pointe, de neuf segments , terminée par deux feuillets plus ou moins alongés, bordé de cils. Le dessous

(i) Mémoire sur le chirocéphale , imprimé à la suite de l’Histoire des monocles de feu I^ouis Jurine, et qui avait déjà paru dans le Journal de physique.

SECTION DES PHYLLOPES. iy5

de son second segment présente les organes sexuels masculins, et dans la femelle un sac alongé, contenant les œufs qu’elle est près de pondre. La tête offre, i° deux yeux à réseau écartés , situés à l’extrémité de deux pédoncules flexibles, formés par des prolongements latéraux de la tête ; 2° deux antennes au moins , frontales , guères plus longues que la tête, menues, filiformes, composées de très petits articles; 3° deux saillies, au-dessous d’elles , tantôt en forme de cornes et d’un seul article, tantôt digitiformes ( le premier doigt des mains, Bénéd. Prévost ) , de deux articles ; 4° une bouche inférieure, composée de deux sortes de mandibules dentées, sans palpes, et de quelques autres pièces. Nous présumons que ces saillies en forme de cornes ne sont qu’un appendice ou division , mais plus grand et autrement conformé dans les mâles, des antennes frontales ; les deux autres antennes peuvent manquer ou s’oblitérer dans les femelles , et former dans l’autre sexe de l’une de ces espèces ( Chirocéphale diaphane , Prév ost ) ces singuliers tentacules, appendicés et dentés, en forme de trompe mollasse, pouvant se rouler en spirale , que Bénédict Prévost désigne sous le nom de doigts des mains. Il est probable que la, bouche a ainsi que dans les apus , deux paires de mâchoires, une languette et un labre, mais dont les formes et les situations respectives n’ont pas encore été bien reconnues. Il me paraît hors de doute qne cette pièce , en forme de bec , dont parle Schaeffer, et que M. Prévôt appelle soupape, ne soit le labre; que les quatre corps ou mamelons placés sur les côtés et mentionnés par le premier ne soient les mandibules et les deux mâchoires supérieures ; et que les pièces , considérées par le second comme des barbillons ne soient aussi maxillaires. Les deux premières pattes , qui, suivant Schaeffer, ne sont composées que de deux articles, et dont le dernier allant en pointe, représenteraient les deux premiers pieds-mâchoires des crustacés décapodes , et les deux grandes pattes antenniformes des apus. ( Voyez la ir® partie des j Mémoires sur les animaux sans vertèbres, de M. Savigny.)

I Les principaux organes sexuels masculins, ou du moins ceux que l’on regarde comme tels , consistent en deux

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corps conoïdcs , biarticulés et ne sortant que par la pression ( Schæffer ) , situés sur le dessous du second anneau , et auquel aboutissent des vaisseaux , partant du premier. M. Prévost présume que les deux vulves de la femelle sont à l’extrémité de la queue, mais ne donnent point issue aux œufs. Cette issue (deux ouvertures, selon Schæffer) est au second anneau, et communique intérieurement avec le sac renfermant les œufs et servant de matrice extérieure. Mais nous ne connaissons aucun crustacé dont les organes sexuels féminins soient placés à l’extrémité postérieure du corps , et dès lors cette opinion nous paraît peu fondée.

Les observations de Schæffer sur les poils des pattes de ces crustacés nous montrent qu’ils sont autant de canaux aériens , et la surface même des pattes dont elles se composent , paraît absorber une portion de l’air, qui s’y attache sous la forme de petites bulles.

Le Chirocéphale diaphane de Bénédict Prévost , et qui nous semble avoir les plus grands rapports avec notre hranchipe des marais, si toutefoismême ilen diffère, aen sortant de l’œuf, le corps partagé en deux masses à-peu-près égales, et presque globuleuses. La première offre un œil lisse, deux antennes courtes, deux très grandes rames ciliées au bout, et deux pattes assez courtes, grêles, de cinq articles. A la suite delà première mue, les deux yeux composés paraissent , le corps s’est alongé postérieurement, et se termine en une queue conique, articulée, avec deux filets au bout. Les mues suivantes développent graduellement les pattes, et les rames s’évanouissent. La soupape, qui dans le jeune âge s’étend jusque sur le ventre et le recouvre, diminue aussi à proportion.

Les bran chipes se trouvent, et ordinairement en grande abondance , dans les petites mares d’eau douce et trouble, et souvent dans celles qui se forment à la suite des grandes pluies , mais particulièrement , à ce qu’il paraît, au printemps , et en automne. Les premiers frimats les font périr. Ils nagent avec la plus grande facilité sur le dos, et leurs pattes, incapables de leur servir à la marche, présentent alors un mouvement ondulatoire très agréable à voir. Ce mouvement établit un courant d’eau entre elles, et qui sui-

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