OU LE SIXIEME DE LA CLASSE DES CRUSTACES
Celui des BRAINCHIOPODES. (Branchiopoda. )
À pour caractères : bouche composée d’un labre, de deux mandibules, d’une languette,, d’une ou de deux paires de mâchoires; branchies, ouïes premières, lorsqu’ils j en a plusieurs, toujours antérieures.
Ces crustacés sont toujours vagabonds , généralement recouverts par un test en forme de bouclier ou de coquille bivalve , et munis de quatre ou deux antennes. Leurs pieds, quelques-uns exceptés, sont uniquement natatoires. Leur nombre varie ; il n’est que de six dans quelques-uns, de vingt à 'quarante-deux, ou déplus de cent, dans d’autres. Beaucoup n’offrent qu’un seul œil.
Ces crustacés, étant pour là plupart, comme 1 nous l’avons dit, presque microscopiques, on sent que l’application de l’un des caractères dont nous j avons fait usage , celui de la présence ou de l’absence des palpes rnandibulaires, présenterait maintenant des difficultés presque insurmontables (i). La fornfe et le nombre des pattes, celui
(1) Nous mettrons cependant en tète tous les, branchiopodes dont les
j mandibules sont munies de palpes ; ils composeront les deux premières^.divisions des lopbjropcs.
CRUSTACÉS BR AJN CHIGPODES*
des jeux , le test , les antennes , nous fourniront des signalements plus faciles et à la portée de tout le monde.
L’ordre des bratichiopodes ne composait , dans la métbode de De Géer, de Fabricius, et dans celle de Linnæus , moins une seule espèce (M. pùlyphemus) , que le genre
Des Monocles (Monoculus. Lin. ) , (1)
Que nous partagerons en deux sections principales.
La première , celle des Lophyropes (Lophyropa.) , se distingue par le nombre des pieds qui ne s’élève jamais audelà de dix leurs articles sont d’ailleurs plus ou moins cylindriques ou coniques et jamais entièrement lamelliformes ou foliacés %7 leurs branchies sont peu nombreuses , et la plupart n’ont qu’un seul œil. Plusieurs, en outre, ont des mandibules munies d’un palpe (2); les antennes sont presque toujours au nombre de quatre , et servent à la locomotion.
Dans la seconde section , celle des Phyllopes ( Phyllopa. ), le nombre des pieds est au moins de vingt, et dans quelques-uns beaucoup plus considérable ; leurs articles, ou du moins les derniers, sont aplatis, en forme-de feuillets ciliés. Leurs mandibules n’offrent jamais de palpes, ils ont tous deux yeux ( situés, dans quelques-uns , à l’extrémité de deux pédicules mobiles ) ; leurs antennes, dont le nombre dans plusieurs n’est que de deux, sont généralement petites et point propres à la natation.
Nous partagerons les lophyropes en trois groupes principaux, très naturels, et dont les deux premiers se rapprochent des crustacés des trois premiers ordres , à raison de
(1) Et de plus , celui de binocle , dans celle de*Geoffroi.
(2) M. Straus paraît attribuer exclusivement ce caractère aux cypris et aux cythére'es , composant son ordre des ostrapodes; mais il résulte des oÎDservations de Jurine père et de M. Ramdohr, qu’il est encore propre aux cyclopes.
SECTION DES LOPHYROPES, l5l
leurs mandibules, portant chacune un palpe, et de quelques autres caractères.
i° Ceux (.Carcinoïdes, Carcinoida. Lat.j dont le test, plus ou moins ovoïde ou ovalaire, n’est point plié en deux en manière de coquille bivalve , et laisse à découvert la partie inférieure du corps. Ils n’ont jamais d’antennes en forme de bras ramifiés. Leurs pieds sont au nombre de dix et plus ou moins , cylindriques ou sétacés. Les femelles, dont on a observé la gestation , portent leurs œufs dans deux espèces de sacs extérieurs, situés à la base de leur queue. Quelques-uns offrent deux yeux.
2° Ceux ( Ostracodes , OslrcLcoda , Latr. ; Ostrapoda , Straus.) dont le test est formé de deux pièces ou valves représentant celles de la coquille d’une moule', réunies par une charnière et renfermant dans l’inaction le corps. Ils n’ont que six (i) pieds, et dont aucun ne se termine en manière de nageoire digitée et accompagnée de lame branchiale. Leurs antennes sontj simples, filiformes ou sétacées. Ils n’ont jamais qu’un œil. Leurs mandibules et leurs mâchoires supérieures sont munies d’une lame branchiale. Les œufs sont situés sous le dos.
3° Les derniers ( Cladoceres , Cladocera , Latr.; Daphnides . Straus. ) n’ont aussi qu’un seul œil et le test plié en deux, mais sans charnière (Jurine), terminé postérieurement en pointe, et laissent la tête, qui est recouverte d’une espèce de bouclier en manière'de bec, à nu. Ils ont deux anantennes , ordinairement très grandes, en forme de bras, divisées en deux ou trois branches , à la suite du pédoncule, garnies de filets, toujours saillantes et servant de rames. Leurs pieds , au nombre de dix (2) , se terminent par une na-
(1) La première paire de pieds, suivant M. Straus; mais quoique ces parties en remplissent les fonctions, en servant de rames , je les considère neanmoins comme les analogues des antennes latérales des crustacés supérieurs et des deux supérieures des cyclopes, qui , ici encore , concourent, avec les pieds, à la locomotion.
(2) Müller en donne huit aux cylhérées; mais on peut supposer , par analogie, qu'il y a erreur ou méprise.
1 1)2 CRUSTACÉS BRAIS CIHOPOUES..
geoire comme digitée oupectinée, et accompagnée , à l’ex-*
ception des deux premiers , d’une lame branchiale (i).
Leurs œufs sont pareillement situés sous le dos ; leur corps se termine toujours postérieurement en manière de queue, avec deux soies ou filets au bout. L’extrémité antérieure du corps tantôt se prolonge en manière de bec, tantôt forme une approche de tête presque entièrement occupée par un gros œil.
La première division des branchiopodes lophyropes (celle des carcinoïdes) peut se subdiviser en deux, d’après le nombre des yeux. Les uns en ont deux.
Ici le test recouvre entièrement le thorax; les yeux sont grands et très distincts; les antennes intermédiaires sont terrai nées par deux filets.
Les Zoes. (Zoea. Bosc.)
Ont les yeux très gros, globuleux, entièrement découverts, et des saillies en forme de cornes sur le thorax.
La Zoé pélagique ( Zoe pelagica 7 Bosc., Hist. nat. de& trust. , II, xv, 3, 4* ) a le corps demi transparent, quatre antennes insérées au-dessous des yeux, et dont les extérieures coudées et bifides; une sorte de long bec sur le devant du thorax, entre les yeux, et une élévation pointue , longue , rejetée en arrière sur son dos. Les pieds sont très courts, à peine visibles, à l’exception des deux derniers, qui sont alongés ou terminés en nageoire. La queue est de la longueur du thorax , courbée, dé cinq articles, dont le dernier grand, en croissant, épineux.' Ce crustacéa été trouvé par M. Bosc dans l’Océan atlantique.
Le Monoculus taiirus de Slabber ( Microsc., V) et le Cancer germanus de Linnæus paraissent avoir des rapports avec lui (2),
(1) Ce caractère s’applique particulièrement aux daphnies, sous-genre le plus nombreux de cette division, et par analogie , aux polyphénies et aux lynce'es.
(2) Voyez i’PIist. nat. des crust. et des insectes de Latreille, et I’oih vrage de M. Desmarets sur ces premiers animaux. On 11’a pas encore décrit d’une manière complète, ou du moins satisfaisante, ce genre, et nous n’avons pu nous en procurer un seul individu.
SECTION X>£S LOPHYROPES.
Les Nébalies. (Nebalia. Leach.)
Ont les yeux triangulaires , aplatis, en partie recouverts par une écaille triangulaire et voûtée.
Les pieds sont -fourchus, et les appendices du bout de la queue sont en forme de soies (i).
Là, le thorax ou le test, vu en dessus , est divisé en cinq segments, dont le premier, beaucoup plus grand , porte les antennes, les yeux et les pieds-mâchoires* dont le second et Je troisième ont chacun unepaire de pieds; dont le quatrième porte les deux paires suivantes, et le cinquième, la dernière. Les yeux sont petits et point saillants ; toutes les antennes se terminent par un filet simple.
Les CoNDYLURES. (CoNDYLURA. Latl’. )
Les antennes inférieures sont plus longues. Les côtés antérieurs du premier segment sont prolonges en pointe, et forment deux écailles rapprochées en manière de bec. Les pieds se terminent en pointe soyeuse; quelques-uns des intermédiaires ont, comme dans les schizopodes, un appendice extérieur, près de leur base; la queue est étroite, de sept anneaux, dont le dernier, alongé, conique, s’avance entre les deux appendices latéraux, qui sont grêles , en forme de stylets, de deux articles, dont le dernier soyeux (2),"
Nota. Le genre Nicothoë de MM. Audouin et Miîne Edwards, dans la supposition qu’il ait des mandibules et des mâchoires, appartiendrait à cette section; mais comme le crustacé d’après lequel il a été établi est parasite, et que j’ai cru y apercevoir les vestiges d’un suçoir, je l’ai placé dans l’ordre des pœcilopodes. «Je remarque néanmoins que les
(1) Nebalia Herbstii, Leacîi , Zool. miscelî. , xlv ; Desmar. , Consid. , xl , 5 ; Rarnd, , monoc. ,1,8?
La nëbalie ventrue de M. Risso (Journ. de phys. , octobre , 1822) con- | siitue probablement, dans la section des scbizopodes, un sous-genre propre. Dans le cyclops exiliens de Viviani , le thorax est divise' en plusieurs segments , ce qui l'exclut des nébalies. Il forme aussi un nouveau j sous-genre intermédiaire entre le précédent et le suivant.
(2) Condylure de Dovbigny, Lat. ,, sur les côtes maritimes de La Rochelle.
3 54 CRUSTACÉS BR A'N CHIOPODES .
pattes , à l’exception des antérieures ressemblent beaucoup à celles des cyclopes ; et que les femelles portent aussi leurs œufs dans deux sacs situés à la base de la queue, de même que celles des derniers.
Le second de ces naturalistes vient de publier , dans le tome XIIIe des Annales des Sciences naturelles, de nouvelles, recherches sur les nébalies et les caractères de trois autres genres nouveaux de crustacés. Notre travail sur les animaux de celte classe étant terminé au moment où le mémoire de M. Milne Edwards a été communiqué à l’Académie, et n’ayant pas alors le temps de revenir sur cet objet, nous avons renvoyé l’exposition de ces genres, ainsi que de ceux établis dans la famille des aranéides par M. Savigny , et de quelques autres introduits récemmentparM. le comte Dejean, dans celle des coléoptères carnassiers, au supplément de cet ouvrage. Nous y donnerons aussi les caractères de quelques j autres coupes génériques , établies par MM. Guérin , Lepeltier de Saint-Fargeau et Servilîe. Je n’aurais pu les intercaller dans mon travail sans précipiter un examen, qui doit être d’autant plus réfléchi , que l’on multiplie plus facilement les groupes génériques.
Les autres lophyropes de notre première division, et dont le thorax, ainsi que dans les condylures, est divisé en plusieurs segments, et dont le premier beaucoup plus grand , ne présentent plus qu’un seul œil , situé au milieu du front entre les antennes supérieures. Tels sont
Les Cyclopes ( Cyclops. Mu 11. ),
Si bien observés par Jurine père et M. Ramdohr. Leur corps est plus ou moins ovalaire, mollet ou gélatineux , et se partage en deux portions, l’une antérieure, composée de la tête et du thorax , et l’autre postérieure , ou la queue. Le segment précédant immédiatement les organes sexuels, et qui, dans les femelles, porte deux appendices en forme de petites pattes ( supports ,fulcra, Jurine. ) , peut être considéré comme le premier de la queue, qui n’est pas toujours bien nettement ou brusquement distinguée du thorax. Elle est formée de six segments ou articles , le second porte en dessous, dans les mâles, deux appendices articulés, tantôt
SECTION DSvS LOPHYKOPES.
simples, tantôt ayant au côté interne une petite division ou branche, de formes variées, et constituant en tout ou en partie les organes de la génération. La vulve est située, dans l’autre sexe, sur le même article. Le dernier se termine par deux pointes ou stylets, formant une fourche , et plus ou moins garnie de soies ou de filets penniformes. L’autre portion du corps, ou l’antérieuip, est divisée en quatre segments, dont le premier, beaucoup plus grand, compose la tête et une portion du thorax, qui sont ainsi recouverts par une écaille commune.il porte l’œil , quatre antennes, deux mandibules (mandibules internes, Jurine) munies d’un palpe simple ou divisé en deux branches articulées , deux mâchoires (mandibules externes, ou lèvre avec des barbillons , Jurine.) (i) et quatre pieds divisés chacun en deux tiges cylindriques, garnies de poils ou de filets barbus; la paire antérieure, représentant les secondes mâchoires, diffère un peu des suivantes; elle est comparée à des espèces de mains par Jurine. Chacun des trois segments suivants sert d’attache à une paire de pieds, conformés ainsi que les deux derniers des précédents. Deux des antennes, supérieures aux autres, sont plus longues, sétacées, simples et composées d’un grand nombre de petits articles; elles facilitent, par leur action, les mouvements du corps et font presque l’office des pieds. Les inférieures (antennules, Jur.) sont filiformes, n’offrent le plus souvent que quatre articles, et sont tantôt simples, tantôt fourchues; elles font, par leurs mouvements rapides, tourbillonner l’eau. Dans les mâles, les supérieures ou l’une d’elles seulement (C. Castor.) offrent des étranglements et un renflement, suivi d’un article à charnière. Au moyen de ces organes ou de l’un d’eux, ils saisissent soit les dernières pattes, soit le bout de la queue de leurs femelles, dans leurs préludes amoureux, elles retienneutmalgré elles dans des situations appropriées à la manière dont ils se fixent. Elles emportent leurs mâles, lorsqu’elles ne veulent pas d’abord se prêter à leurs
(i) D’après l’ordre successif des parties de la bouche, quia lieu dans les crustacés décapodes , la pièce située immédiatement au-dessous des mandibules est la languetle ; mais les dentelures des pièces dont il s’agit ici indiquent des organes maxillaires. La languette a pu échapper aux regards de cet observateur.
ï56 CRUSTACÉS BRÀNCHIOPODES.
désirs. La copulation s’opère comme dans les crustacés précédents et par des actes prompts et réitérés , Jurine en a vu trois dans l’espace d’un quàrt-d’heure. On avait cru jusqu’à lui que les organes copulateurs des mâles étaient placés aux an tenu es supérieures, et cette erreur parai ssait d’autant mieux fondée , que les aranéides présentent dés faits analogues. De chaque cote de laqueue des femelles, est un sac o v al e> rempli d’œufs (ovaire externe, Jurine), adhérant par un pédicule très délié au second segment, près de sa jonction avec la troisième, et où l’on voit aussi l’orifice du canal déférent de ces œufs. La pellicule formant ces sacs , n’est qu’une continuation de celle de Fovaire interne. Le nombre des œufs: qu’ils contiennent augmente avec l’âge; d’abord bruns ou obscurs, ils prennent ensuite une teinte rougeâtre, et deviennent presque transparents , lorsque les petits sont prêts d’éclore, mais sans grossir. Isolés ou détachés, du moins jusqu’à une certaine époque , le germe périt. Une#seule fécon- I dation , mais indispensable , peut suffire aux générations successives. La même femelle peut faire jusqu’à dix pontes dans l’espace de trois mois. En n’en comptant que huit, et en supposant chacune d’elles de quarante petits, la somme totale des naissances s’élèverait à près de quatre milliards et. demie. La durée du séjour des fœtus dans les ovaires varie de deux à dix jours , ce qui dépend de la température des saisons et de diverses autres circonstances. Les sacs ovifères présentent quelquefois des corps alongés , glaudiforaies , plus ou moins nombreux, et qui paraissent être des réunions, d’animalcules infusoires.
A leur naissance , les petits n’ont que quatre pattes, et leur corps est arrondi et sans queue. Millier avait formé avec ces jeunes individus son genre amymone ( amymone ). Quelque temps après (quinze jours, de février en mars), ils acquièrent une autre paire de pieds : c’est le genre nauplie ( nauphus ), du même 3 après la première mue, ils ont la forme et toutes les parties qui caractérisent l’état adulte , mais sous des proportions plus exiguës; leurs antennes et leurs pattes sont proportionnellement plus courtes. Au bout de deux autres mues , ils sont propres à la génération. La plupart de ces entomostracés nagent sur le dos, s’élancent avec vivacité,.
SECTION DES LOPHYROPES.
et peuvent se porter aussi-bien en arrière qu'en avant. A défaut de matières animales, ils attaquent les substances végétales; mais le fluide dans lequel ils vivent habituellement ne passe point dans leur estomac. Le canal alimentaire s’étend d’une extrémité du corps à l’autre. Le cœur, dans le cvciope Castor , est immédiatement situé sous le second et le troisième segment du corps, et ovalaire; chacune de ses extrémités donne naissance à un vaisseau , dont l’un va à la tête et l’autre à la queue. Immédiatement au-dessous de lui est un autre organe analogue, mais en forme de poire, produisant aussi, à chaque bout, un vaisseau représentant peut-être les canaux brrnchio-cardiaques dont nous avons parlé en traitant de la circulation des crustacés décapodes. 11 résulterait de plusieurs expériences de Jurine, sur descyclopes alternativement asphyxiés et rappelés à la vie, que dans cette sorte de résurrection, l’extrémité du canal intestinal et les supports donnent les premiers signes de vie, et que l’irritabilité du cœur est moins énergique; celle des antennes, et plus spécialement de celles des mâles, des palpes et des pattes ensuite, est inférieure. Lorsqu’on coupe une portion d’antenne , il ne s’y fait aucun changement; la réintégration s’effectue sous la peau, puisque cet organe reparaît dans toute son intégrité à la mue suivante. Le cyclope staplrylin forme, à raison de ses antennes plus courtes, et dont les supérieures ont beaucoup moins d’articles que les mêmes des autres cyclopes , taudis que les inférieures en offrent, au contraire, davantage; à raison encore de son corps, qui s’amincit graduellement^vers son extrémité postérieure , de i manière qu’il semble n’avoir point de queue, du moins i brusquement formée, et que son dessous est armé, dans la femelle, d’une sorte de corne arquée en arrière, une division particulière. Le cyclope castor et quelques autres, dont les antennes inférieures et les palpes mandibulaires sont divisés, au-delà de leur base, en deux branches, peuvent aussi composer un autre groupe. Celui que M. Leach désigne sous le nom générique de Calane ( Calanus ) pourrait, en effet, former un sous-genre propre , s’il était vrai que l’animal dont il est le type n’eût point d’antennes inférieures; mais
I 58 CRUSTACÉS BRAKCHIOPODES.
s’en est-il assuré par lui-même, ou n’en parle-t-il que d’après
Muller ? c’est ce que j’ignore.
Le Cyclope quadricorne ( Monoculus quadricornis , Lin-.") • Mull., Entom., XV11I, i-i4; Jurine, Monoc., I, ÏI, III. a toutes les antennes simples ou sans divisions. Les inférieures ont quatre articles, et leur longueur n’égale guère que le tiers des supérieures. Ee corps proprement dit est assez renflé et presque ovoïde $ la queue est étroite et de six segments. La couleur varie beaucoup • les uns sont rougeâtres , les autres blanchâtres ou verdâtres. La longueur totale est de deux lignes. Cette espèce est très commune (i). y 7
La seconde division générale des branchiopodes lophyropes, celle où le test est formé de deux valves, réunies par i une charnière ( nos Ostracodes ou l’ordre des ostrapodes de M. Straus), se compose de deux sous -genres, dont le j premier, celui de cythérée , nous paraît , depuis les belles recherches de ce savant sur le second , celui de cypris , sol- : liciter , pour que ses caractères ne soient plus équivoques , une étude plus approfondie que celle qu’en a faite Millier, notre unique garant à cet égard. Suivant lui,
Les Cythérees (Cythere. Müll. —• Cytherina, Lam. )
Auraient huit pieds (a) simples et finissant en pointe ; et deux antennes, pareillement simples, sétacées , composées de cinq à six articles , avec des poils épars.
On les trouve dans les eaux salées et saumâtres des bords de la mer , parmi les varecs et les conferves (3).
(j) Desmar. , Consid. , pag. 364- Voyez , pour les autres espèces , le même ouvrage , pag, 36 1 -364, lîy 5 Müller, Entom. , G. cyclops ; Jurine, Hist. des monoc. , pag. 1-84, première famille des monocles à coquille univalve 5 Eamd, monoc., I, II, III.
(2) Il est probable qu’il n’y en a que six. Voyez , ci-après , l’article cypris , note (1).
1 (3) Si ces enlomostracés sont uniquement marins , il est naturel que Jurine et d’autres observateurs , dont les recherches , à raison des lieux
SECTION DES LOPHYROPES,
Les Cypris. (Cypris. Müll.)
N’ont que six pieds (i), et leurs deux antennes sont terminées par un faisceau de soie , en manière de pinceau.
Le lest ou la coquille forme un corps ovalaire, comprimé latéralement , arqué et bombé sur le dos , ou du côté de la charnière , presque droit et un peu échancré, en manière de rein , au côté opposé. En avant de la charnière , dans la ligne médiane, l’œil forme un gros point noirâtre et rond. Les antennes, immédiatement insérées au-dessous , sont plus courtes que le corps, sétacées , composées de sept à huit articles, dont les derniers plus courts , et terminées par un faisceau de douze à quinze soies , servant de nageoires. La bouche est composée d’un labre caréné ; de deux grandes mandibules dentées, portant chacune un palpe divisé en trois J articles et au premier desquels adhère une petite lame bran- I chiale offrant cinq digitations (2), et de deux paires de mâ- 1 choires ; les deux supérieures , beaucoup plus grandes, ont au bord interne quatre appendices mobiles et soyeux , et au j côté extérieur une grande lame branchialepectinée à son bord antérieur; les secondes sont composées de deux articles, avec un palpe (3) court , presque conique, inarticulé, soyeux au bout, ainsi que l’extrémité de ces mâchoires. Une sorte de sternum comprimé fait l’office de lèvre inférieure (4). Les
1 de leur résidence , ne pouvaient avoir pour objet que des entomostracés d’eau douce , n’aient point parlé des cythérées.
> Voyez Müller, Entora. , genre cy~tkere , et Desmar. , Consid. , pag. 387 , 388 , lv , 8.
(1) Quatre suivant M. Ramdohr , huit suivant M. Jurine; le premier considérant les deux derniers comme des appendices du sexe mas-
I culin , et le second prenant les palpes des mandibules et la lame branchiale |j de chaque mâchoire supérieure (les deux premiers pieds de sa seconde division du corps , ceux qu’il dit n’être composés que d’un seul article , et ter- ! minés en cuiller dentelée) pour autant de pieds. Celui-ci 11e compte pas non plus, dans ce nombre, ceux que le précédent présume être des organes J sexuels ; il les regarde (pag. 161-166) comme des filets de cinq articles ,
| sortant latéralement de la poche de la matrice, et dont il ignore l’usage.
(2) Lèvre intérieure, Ramdohr.
j (3) Fourchu dans les cypris strigata , du même.
(4) Lèvre extérieure, du même.
l60 CRUSTACÉS B II A N C H IOPO UES.
pieds sont divisés en cinq articles , dont le troisième représentant la cuisse et le dernier le tarse. Les deux antérieurs sont insérées au-dessous des antennes, beaucoup plus forts que les autres, dirigés en avant, avec des soies roides, ou de longs crochets, rassemblés en un faisceau , à l'extrémité des deux derniers articles. Les quatre pieds suivants en sont dépourvus. Les seconds, situés au milieu du dessous du corps, sont d’abord rejetés en arrière, arqués, et terminés par un long et fort crochet, se portant en avant. Les deux derniers ne se montrant jamais au dehors , se relèvent et s’appliquent sur les côtés postérieurs du corps , pour soutenir les ovaires, et se terminent par deux très petits crochets (i). Le corps n’offre aucune articulation distincte , et se termine postérieurement en une espèce de queue, molle, repliée en-dessous, avec deux filets conicjues ou sétacés, garnis de trois soies ou crochets au bout, se dirigeant en arrière et sortant du test. Les ovaires forment deux gros vaisseaux, simples et coniques, en cul-de-sac à leur origine, situés , sur les côtés postérieurs du corps, au-dessous du test, et sJouvrent , l’un à côté de l’autre, à la partie antérieure de l’abdomen, où le canal formé par la queue établit entre eux une communication. Les œufs sont sphériques. Les pontes et les mues de ces crustacés ne sont pas moins nombreuses que celle des cyclopes et autres entomostracés, et leur manière de vivre est la même. Ledermuller dit en avoir vu d’accouplés. Cependant aucun des naturalistes modernes qui les ont le plus observés n’a pu découvrir positivement leurs organes sexuels, ni être témoin de leurs réunions. M. Straus a vu, au-dessous de l’origine des mandibules, l’insertion d’un gros vaisseau conique, rempli d’une substance gélatineuse, paraissant communiquer avec l’œsophage par un canal étroit, qu’il soupçonne être un testicule ou une glande salivaire. Les individus soumis à cette observation ayant des ovaires, les cypris seraient, dans la première de ces suppositions, hermaphrodites. Mais cela est
(l) Dans la figure de ttamdohr, ces pieds n’ont que trois articles, et îe dernier est un peu dilate' et e'chaucré au bout, avec un crochet au raiJieu de cette e'chancrure.
SECTION DES LOPHYROPES. l6l
d’autant plus douteux , qu’il remarque lui -même que les. mâles pourraient bien n’exister qu’à une certaine époque de l’année, et que le vaisseau dont il parle, communiquant avec l’œsophage, paraît avoir plus de rapports avec les fonc lions digestives qu’avec la génération ( i }.
Suivant Jurine, les antennes sont de véritables nageoires, dont ces animaux développent et- réunissent à volonté les filets, selon le degré de rapidité qu’ils veulent donnera leur progression ) tantôt ils n’en font paraître qu’un seul, et d’autres fois ils les éparpillent tous ensemble. Nous pensons aussi que ces filets et ceux des deuxpattes antérieures peuvent tout aussi bien concourir à la respiration que ces lames des mandibules et des deux mâchoires supérieures, queM. Straus distingue par l’épithète de branchiales. Les dernières où celles de ces mâchoires me paraissent être un véritable palpe, mais très dilaté, et les deux autres un appendice des palpes mandibulaires. ( Voyez Jurine, Hist. des mon., VI, 3. )
D’après le naturaliste génevois précité , ces animaux , lorsqu’ils nagent, meuvent avec autant de rapidité que les antennes, leurs deux pattes antérieures, mais lentement, quand ils marchent sur la surface des herbes marécageuses. Ces pattes, conjointement avec les deux, terminées par un long crochet ou les pénultièmes, supportent alors le corps. 11 suppose que celles qui , selon lui , forment la seconde paire , sont destinées à établir un courant aqueux et à le diriger vers la bouche : ce qui assimilerait leurs fonctions à celles des antennes inférieures, qu’il nomme antennules. Les deux filets compésant la queue se réunissent et semblent n’en former qu’un seul , lorsqu’ils sortent du test* ils servent, à ce qu’il présume, à nettoyer son intérieur. La femelle dépose ses œufs en masse, en les fixant, au moyen d’un gluten ,. sur les plantes ou sur la boue. Cramponnée I alors, à l’aide des seconds pieds, et de manière à ne pas ! craindre les secousses de l’eau, elle emploie environ douze heures dans cette opération, qui, dans les plus grandes espèces , fournit jusqu’à vingt-quatre œufs. Il a recueilli de
(i) Voyez le canal alimentaire de la daphnia pulex , figuré par Jurine, X , 7 , et Ramdohr, Monoc ^Jtab. V , 1 1 > d , d et x.