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Les cultures coloniales

Les plantes à sucre des pays chauds sont des Palmiers, des Agaveet des Graminées. La betterave, dont la culture aurait donné récemment de bons résultats à Java, mais à l'altitude de 900 mètres, appartient exclusivement aux climats tempérés (Europe et États-Unis); les divers érables à sucre (Acer saccharinum Wang.; Acer nigrum Michx. ; Acer dasycarpum Ehrh.; Acer rubrum Lin.; etc.) sont spéciaux au Nord des États-Unis, et surtout au Nord-Est (Indiana, Vermont, New-Hampshire, etc.).

Palmiers.

Nombreux sontles Palmiers qui peuvent fournir du sucre ou d’où l’on peut tout au moins retirer un liquide sucré qui, plus ou moins fermenté, est ce qu'on nomme le vin de palme. 6

JumEeLce. — Cultures coloniales. III. — !

Ô | LES PLANTES SACCHARIFÈRES.

Nous avons déjà vu, dans un autre chapitre, que dans l'Afrique du Nord les Arabes recueillent sur le dattier la boisson qu'ils appellent le /agmi. En Afrique tropicale, l'Elæis quineensis donne de même un vin qui est le seugne des Ouoloffs, le bounouk des Diolas, le malafu de certaines régions congolaises, le tembo d'autres contrées. M. Pechuel- Lôüsche dit que des inflorescences mâles sectionnées de ce palmiste on peut retirer par jour un demi-litre à un litre et demi de liquide. Un autre producteur de vin de palme est le Raphia Hookeri Mann et Wend., spontané sur la côte occidentale depuis le Libéria jusqu'au Gabon. Un autre encore est le Borasus Æthiopium Mart.: sa sève serait le mboin des Diolas et le rof des Ouoloffs.

À Madagascar nous ne croyons pas qu'on utilise de même le Borassus madagascariensis Boj. (fig. 1); ce rônier malgache peut bien servir pour la préparation d’un alcool, mais cet alcool est fabriqué avec la pulpe sucrée des fruits.

En Asie méridionale, au contraire, le Borassus flabellifer est très connu comme palmier à sucre. Au Cambodge, par exemple, où c'est Le dom thuot des Cambodgiens et le cay thot tôt des Annamites, on obtient par concentration du suc frais, ou {uc thuôt, qui est rarement consommé tel quel, un sucre brun, ou scar phene. La récolte de la sève est faite quand la floraison commence, c'est-à-dire vers la fin de novembre, et elle se continue jusqu'en mai. Les arbres sont laissés en repos pendant les six autres mois. Dès que sur les spadices les fleurs apparaissent, les récolteurs, grimpant sur le palmier, font tomber ces fleurs en frottant énergiquement les inflorescences, puis ils meurtrissent l'axe des spadices ainsi dénudés, en les frappant de 1x base vers le sommet. L'opération a lieu le soir et est renouvelée les deux jours suivants ; mais le soir du troisième elle est suivie du sectionnement de l'extrémité du spadicé. Le liquide qui suinte alors par la section est recueilli dans un ampong, entre-nœud de bambou d'une

— Borassus madagascariensis Boj, Pied femelle en fructification.

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contenance de À litre à 1 litre 1/2, qu'on attache au régime. Le spadice traité est abrité par une feuille contre les rayons du soleil. Le lendemain matin, l'ampong est détaché de très bonne heure ; on le remet le soir après avoir rafraichi la plaie, eton continue ainsi tous les jours jusqu'à ce que, par suite de l'enlèvement quotidien d'une rondelle pour rafraichir la surface de section, tout l'axe de l'inflorescence ait disparu. Il faut pour cette disparition complète un mois environ. La récolte est ensuite continuée sur d’autres spadices, jusqu'en juin. On met ordinairement, d’après M. Cassier, deux ampongs par pied.

Pour la préparation du sucre, le liquide est versé de l’ampong dans une grande bassine et il est soumis à l’ébullition pendant trois heures environ. Au bout de ce temps, il est de consistance pâteuse; on le fait couler dans des moules ronds confectionnés avec des morceaux de feuilles de rônier, et il se solidifie rapidement. De plus en plus, ce sucre sert aux distillateurs chinois établis au Cambodge pour la préparation d'une eau-de-vie indigène (chomchom), qui revient moins cher que celle de riz.

Le rônier, au Cambodge, est rarement en palmeraies ; plus souvent il est planté en bordures, aux angles des rizières ou le long des chemins. Il se plait en terres légères et fraîches : les noix sont semées directement sur place. La production, d'après M. Cassier, commence vers vingt ans et dure pendant le même temps. Un pied donne, en moyenne, deux ampongs de 1 litre 4/2 par jour pendant Îles trois premiers mois de la récolte et un ampong pendant les trois derniers.

A Ceylan on retire également du sucre (ou Jaggery) du Borassus flabellifer, ainsi que du kitul, ou Caryota urens. Dans le Sud-Ouest de l'île, c’est plutôt cependant avec la seve du cocotier, ou Cocos nucifera,qu'on prépare une eau-de-vie, ou arack. On bat une fois par jour et pendant une semaine, avec un court mais lourd bâton, la

LES PLANTES SACCHARIFÈRES. er

jeune inflorescence encore enveloppée dans sa spathe; on coupe ensuite l'extrémité, et le suc, ou {oddy, s'écoule dans un pot de terre fixé au-dessous. La récolte est opérée matin et soir, et on rafraichit chaque fois la surface de section. Le toddy fermenté est distillé à plusieurs reprises et donne successivement le polwakara, puis le {alivakara, ou arack..

Dans l'Inde (où la sève est appelée callou) ainsi qu'à Java, c'est aussi la jeune inflorescence avec sa spathe qui est traitée; aux Philippines, par contre, on enlève cette spathe et on entoure le régime avec des liens pour empêcher son épanouissement. Mais dans tous les cas c’est toujours l’extrémité du régime qui est coupée, et matin et soir on récolte dans un tube de bambou, en ravivant chaque fois la plaie. Aux Philippines, le liquide recueilli sur ces jeunes inflorescences, âgées d'un mois environ, est encore plus souvent distillé que consommé frais; le résultat de cette distillation, improprement appelé vino de coco, contient de 20 à 50 p. 100 d'alcool. La récolte peut avoir lieu pendant toute l’année et on peut saigner jusqu'à trois inflorescences à la fois sur un même pied, quoique le fait soit rare. Le rendement en sève varie suivant l’âge de l'inflorescence, les conditions de sol, de climat et d'heure: l'écoulement serait moindre pendant le jour que pendant Ja nuit. M. Gibbs dit que, en moyenne, un cocotier adulte,

- et dans de bonnes conditions, fournit 400 litres de sève par an. En réalité, de nombreuses circonstances diminuent presque toujours très sensiblement ce rendement.

D'après M. Gibbs, la quantité moyenne d’alcoo!l fourni par la sève est de 6,1 p. 100, correspondant à une teneur en sucre de 9,5 p. 100; mais cet auteur ajoute qu'avec des méthodes moins grossières de fermentation et de distilla-" tion on pourrait obtenir 8 p. 100.

Le cocotier n'est pas, du reste, le seul palmier exploité aux Philippines pour la production de sucre et d'alcool; le

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buri palm, ou Corypha elata, l'Arenga saccharifera, ou sugar palm, et le Nipa fruticans sont l'objet d'une exploitation analogue.

Le Corypha elata, très abondant surtout aux basses altitudes, est monocarpique et meurt entre vingt-cinq et rente ans, après avoir donné une unique inflorescence terminale. Les indigènes en retirent la sève par deux procédés assez différents. Tantôt ils coupent l'inflorescence tout à fait à sa base, et ils recoivent le liquide dans un récipient en bois; tantôt ils n'attendent pas la floraison, et, après avoir enlevé les feuilles du palmier, ils coupent la partie terminale du tronc, dont la surface bien lisse laisse encore exsuder le liquide. La section est rafraichie chaque jour et l'écoulement dure pendant environ quatre mois. Le sucre fermenute très rapidement, et, pour empêcher l’'inversion du saccharose, il faut ajouter aux récipients de récolte de la chaux éteinte; on peut aussi ajouter de l'alcool. Le sucre que les indigènes obtiennent par ébullition est mal préparé ; 1l est brun foncé et contient 78 p. 100 de saccharose, près de 9 p. 100 de sucre interverti, 9 p. 100 d'eau et un peu d’albuminoïdes. D'après M. Gibbs, 100000 Corypha donneraient, au moins théoriquement, 300000 hectolitres de sève, qui contiennent 10 p. 100 de Saccharose.

L'Arenga saccharifera est bien connu dans toute la Malaisie comme palmier à sucre ; c'est le pokko gomutu des Indes Néerlandaises, où il est très commun aux alentours de tousles villages. Le même pied porte à la fois des inflorescences femelles, aux grosses baies de couleur orange, et des inflorescences mâles; ce sont ces dernières seules qui sont incisées et donnent le vin de palme, ou sagqueiro. Pour récolter ce suc, aussi bien aux Indes Néerlandaises qu'aux Philippines, les spadices sont encore soumis au battage ordinaire avec un fort bâton, puis, au bout de quelques jours, on les incise à la base et on

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