COCA
première année n’est, d’ailleurs, la plupart du temps, considéré que comme donnant un produit inférieur.
Chaque année il y a trois cueïllettes au moins : une en février ou mars, une seconde au commencement de juillet, et une troisième en octobre et novembre. Toutes les feuilles sont enlevées une à une: sont seules laissées celles qui ne sont pas complètement développées et qui se trouvent vers les extrémités des rameaux.
Celles qui ont été cueillies sont étalées en couche légère, sur une aire bien unie, exposée au soleil; on les remue très fréquemment avec un râteau. Ce travail ne doit jamais être fait par temps brumeux et humide, car les feuilles qui sont mouillées au cours de la dessiccation s’altèrent presque toujours ensuite et sont perdues.
Lorsque le séchage est suffisant, les feuilles qui doivent être exportées sont comprimées en ballots de 25 livres, réunis 2 par 2 et enveloppés de gaines de bananier. L'ensemble constitue un « tambour ». Ces tambours sont expédiés à dos d'homme ou sur des mules, selon que les chemins sont plus ou moins pratieables.
La durée d’un cocale esttrès variable ; en mauvais terrain, elle pourra n'être que de 10 ans, et, en tres bon sol, elle sera de 50 ans et plus. La moyenne la plus ordinaire serait de 40 ans.
Les feuilles s’altérant facilement pendant le transport, il y a avantage à effectuer l'extraction de la cocaine sur place, avec les feuilles fraiches ou sèches. Et la cocaïne peut alors être extraite soit directement, soit à l'état d’ecgonine.
La dernière de ces deux méthodes, basée surles recherches de Liebermann et Giesel, offre plusieurs avantages sur la première. En premier lieu, l'extraction directe de la cocaïne des feuilles est rendue difficile par la présence d’autres alcaloïdes (cinnamylecocaïne, cocamine, etc.) qui accompagnent cette cocaïne et ont sensiblement les mêmes pro-
priétés ; au contraire, l’ecgonine est très facilement séparable parce qu’elle est bien distincte de tous les autres composés. En second lieu, comme cette ecgonine prend naissance, dans la feuille, par l'hydratation et le dédoublement, non seulement dela cocaïne, mais des autres alcaloïdes accessoires, on peut, en définitive, après son extraction, en obtenir, pardes moyens appropriés, plusde cocaïne qu'il n'y avait, en réalité, de cette cocaïne même dans la feuille.
En fait, au Pérou, d’après M. Pozzi-Escot, on opère encore l'extraction de la cocaïne le plus souvent par les anciens procédés. Les feuilles entières desséchées sont mises en macération dans des cuves en bois qui contiennent de l'eau légèrement acidulée par l'acide chlorhydrique ou l’acide sulfurique (1 à 2 grammes d'acide par litre d’eau). Au bout de 24 heures, on soultire la solution acide, que l’on traite par un léger excès de chaux ou de carbonate de soude; et on précipite ainsi la cocaïne, en même temps, d'ailleurs, que les autres alcaloïdes. Le liquide alealin est immédiatement recouvert par une couche de 3 à 4 centimètres de pétrole lampant, qui dissout la cocaïne mise en liberté par l'alcool. A l’aide de grands disques en bois, qu'on met en mouvement à la main par de lents mouvements alternatifs de haut en bas et de bas en haut, on amene doucement et successivementaucontact de la couche de pétrole les couches inférieures de liquide dans lesquelles est en suspension la cocaïne. Mais on voit combien l'extraction est ainsi pénible et longue. La cocaïne dissoute est purifiée par une extraction à l'acide et par une nouvelle précipitation, à la suite de laquelle le produit est recu sur une toile filtrante. Il titre de 78 à 89 p. 100 de cocaïne pure.
Le rendement est naturellement très variable suivant la provenance des feuilles et leur plus ou moins bonne conservation, et suivant aussi qu'elles sont traitées fraiches ou
KOLATIERS. cl
sèches. Nous avons indiqué plus haut les quantités moyennes qu'on extrait d'ordinaire directement.
Cola.
L'histoire botanique des kolatiers a été, en ces quinze dernières années, maintes fois remaniée, et ne l’a pas toujours été heureusement. Beaucoup d'espèces, créées d'après des échantillons imparfaits, ont été éphémères et sont venues encombrer d'autant plus la synonymie qu'elles correspondaient parfois à un mélange de plusieurs espèces ; et non seulement une même espèce a été décrite sous plusieurs noms, mais le même nom a été appliqué à plusieurs espèces. Avec MM. Chevalier et Perrot, qui en 1911 se sont livrés à une revision minutieuse du genre Cola, nous admettrons que les kolatiers à noix utilisables actuellement connus se répartissent de la manière suivante :
A. Les graines sont toujours à deux cotylédons. C'est le Cola nilida Chev.
B. Les graines sont toujours à plus de deux cotylédons, mais : a. Les feuilles sont alternes.C’est le Cola acuminata Schott et End].
b. Les feuilles sont verticillées par trois ou quatre, et rarement opposées. C’est le Cola verticillata Stapf. c. Les feuilles sont subverticillées par groupes de cinq à quinze. Cest le Cola Ballayi Cornu.
Cola nitida. — Ce Cola nitida, reconnaissable aux deux cotylédons de ses graines, est l'espèce qui fournit les noix les plus appréciées. Il est incontestablement spontané, disent MM. Chevalier et Perrot, dans la forêt vierge de la Côte d'Ivoire et du Libéria, entre le cinquième et le septième parallèles. Ses diverses races sont, en outre, saut la sous-espèce pallida, cultivées en grand, non seulement au Libéria et à la Côte d'Ivoire, mais aussi en Guinée Francaise (jusqu'à 1200 mètres d'altitude), au Sierra-Leone, à la Gold-Coast, dans quelques villages de la Nigéria anglaise
JUMELLE. — Cultures coloniales. IV: —06
et au Togo allemand. Depuis quelques années, l'espèce est aussi introduite dans les plantations européennes au Togo, au Dahomey, à Lagos, au Cameroun et au Gabon.
C'est un arbre de moyenne grandeur, ordinairement de 6 à 15 mètres de hauteur, atteignant plus rarement de 20 à 25 mètres.
L’ancienneté de sa culture a déterminé, comme à l’ordinaire, l'apparition d'un grand nombre de variétés, que MM. Chevalier et Perrot groupent en quatre sous-espèces (ou races culturales).
La première de ces quatre sous-espèces est le Cola nitida sub-sp. rubra, dont toutes les amandes sont rouges.
La seconde est le Cola nilida sub-sp. alba, dont toutes les amandes sont blanches.
La troisième est le Cola nilida sub-sp. mixta, dont les amandes sont les unes rouges et les autres blanches sur le même arbre, soit dans le même follicule, soit dans des follicules différents.
La quatrième est le Cola nitida sub-sp. pallida, dont les amandes. petites, sont rose pâle, ou bien les unes rose pâle et les autres jaune verdâtre.
Le Cola rubra est assez répandu dans le nord-ouest de |
la forêt de la Côte d'Ivoire, et cà et là dans l’intérieur. On !
le trouve dans quelques plantations de la Guinée Francaise.
Dans la Gold Coast, au pays Achanti, ce serait le seul : kolatier connu. Ses follicules sont ordinairement gros, |
renflés, lisses ou grossièrement bosselés à la surface, sans
tubercules. Les amandes, d'un poids courant de 10 à.
25 grammes, sont rouge cerise avant maturité et rouge sombre quand elles sont müres ; leur chair est rosée, non mucilagineuse.
Le Cola alba existe cà et là en Guinée Francaise et à la Côte d'Ivoire. Les follicules sont vert pàle à maturité, ovoïdes-ellipsoïdes, à surface légèrement bosselée, mais non profondément scoriacée-tuberculeuse. Les amandes, d'un poids moyen de 25 à 30 grammes, sont normalement blanches extérieurement et intérieurement, mais, à la
hab ELLE ne Éd
KOLATIERS. 99
longue, elles deviennent blanc sale ou blanc jaunâtre à la surface; d'autre part, dès qu'elles sont brisées, leur
Fig. 26. — Rameaux, avec fleurs et fruits, de Cola nitida.
chair devient jaune safran. Leur saveur est un peu moins àpre que dans la race précédente et dans la suivante.
Le Cola mixta est la race qui est de beaucoup la plus commune dans les cultures de l'Afrique occidentale (à lex-
ception de la Gold Coast, où domine le Cola rubra). C'est le seul kolatier de la région littorale de la Guinée Française, ainsi que des cercles de Faranna, de Kouroussa et de Kankan. Il domine dans le Kissi et dans le nord-ouest de la forêt de la Côte d'Ivoire ; il est plus rare dans le nord et le centre de cette forêt, où il est remplacé par le Cola pallida. Ses follicules sont ovoïdes-oblongs, tantôt lisses et un peu bosselés, tantôt assez fortement tuberculeux à la surface. Les graines rouges sont, en général, dans la proportion de 2/3 ou 3/4; les graines blanches ou roses forment l’autre tiers ou l’autre quart.
Le Cola pallida serait spécial à la Côte d'Ivoire, oùil est assez commun dans la forêt en certaines régions. C'est l'oua na, on kola du sanglier, du pays Abe. Les follicules « sont vert jaunâtre, ovoides ou oblongs, terminés par un appendice en bec d'oiseau, et ils sont ordinairement ascendants. Les noix sont, pour la plupart, rose pâle ou rouges, mais toujours plus petites que celles du Cola rubra ; leur chair est rose vif ou rouge foncé. Nous avons dit qu'elles peuvent être accompagnées de noix jaune verdâtre. Le poids moyen est de 3 à 12 grammes. La saveur est agréable, quoique peu appréciée des Soudanais.
Cola acuminata.— C’est un arbre de 6 à 12 mètres de hauteur, rarement plus, de moindres dimensions par conséquent que les deux espèces suivantes ; le tronc, de 15 à 40 centimètres de diamètre, est souvent fourchu à 1 mètre ou 2 au dessus du sol, tandis que celuidu Colanitidane présente! généralement sa bifurcation qu'à mi-bauteur. Le feuillage # est, d'autre part, beaucoup plus clairsemé que celui de ce Cola nitida. Les follicules sont ovoïdes-oblongs, étalés ou ascendants, de 12 à 20 centimètres sur 6 à 8, stipités à la base, terminés au sommet par un bec allongé, subtriquètre, qui peut avoir de 2 à 4 centimètres. Les graines ont un tégumentblane jaunâtre qui dégage une fine odeur de pomme. Les amandes, qui pèsent de 5 à 59 grammes et ont 5 ou,
KOLATIERS. 40!
plus rarement, 4 cotylédons, sont roses ou d'un blanc légèrement rosé extérieurement; et la chair est aussi rose, ou, dans les noix blanches, d’un blanc très légèrement rosé, qui, sur la cassure, devient violacé, puis brun. Ces noix sont de saveur agréable, mais un peu mucilagineuses ; et elles sont beaucoup moins appréciées que celles de Cola nitida.
L'espèce a une vaste aire de répartition; à l'état spontané
Fig. 27. — Rameau fleuri de Cola verticillala.
oucultivé, on larencontre depuisle 7° degré de latitude Nord (au Dahomey ou au Togo) jusqu'au 4 degré de latitude Sud. C’est le Zola mâle des indigènes du Dahomey, le Æola du Gabon des colons, l’abata kola de Lagos. Au Gabon, où elle est surtout dans la zone côtière, M. Baudon incline à croire qu'elle a été introduite, ear elle est à peu près constamment sur les emplacements d'anciens villages.
Cola verticillata. —- Cette troisième espèce, que la disposition plus ou moins franchement verticillée (fig. 27) de ses feuilles (3 ou 4)empèche tout de suite de confondre avec la précédente, est en même temps un arbre de plus grande taille (souvent 20, et jusqu'à 25 mètres de hauteur), à tronc
droit où tortueux, avec des branches formant une tête arrondie. Les follicules, obovoides, non tubereuleux-scoriacés à la surface, longs de 10 à14 centimètres sur 6c°,5 à8de largeur, sont à peinestipités àla base, etsont terminés au Sommet par un bec comprimé obtus, de 15 millimètres de longueur. La graine est blanche, marbrée de rose Cale l’'amande, formée de 3 à 5 cotylédons, dont un souvent plus court que les autres, est d’un rouge vineux, et à chair d'abord rouge vif, puis violacée aussitôt qu'on la brise, enfin brun ocracé.
C’est le Xola d’eau des colons. L'amande,un peu amère, n'est pas extrêmement mucilagineuse ; elle est cependant considérée comme de peu de valeur et n’est pas vendue sur les marchés.
Le Cola verticillata serait indigène à Ja Gold Coast, dans le Bas-Dahomey, où il eroit le long des cours d'eau et dans les parties marécageuses des forêts, dans la Nigéria du Sud. Au Congo, M. Baudon dit qu'il est commun partout, sauf dans l'Oubangui, où il est remplacé par le Cola Ballayi. I aurait été fréquemment confondu jusqu'alors avec le Cola acuminata. Ses localités préférées sont toujours les parties des forêts où le sol est humide. Dans le Bas-Congo, d'après encore M. Baudon, il y aurait, à côté du type, une forme qui serait peut-être un hybride de ce type et du Cola acuminata, qu'on trouve également au voisinage.
Cola Ballayi. — Le Cola Ballayi est encore un arbre qui atteint facilement 20 mètres de hauteur. Son tronc, dit M. Baudon., est fort, dressé, à écorce grisätre ; son feuillage est épais. Les feuilles, groupées par 6 à 15 en faux verticilles, ont un pétiole (fig. 28) qui peut avoir 20 centimètres de longueur et un limbe mesurant jusqu'à 50 centimètres sur 15. Les lollicules, réunis par 5 à 7. sont sessiles (fig. 29) au sommet du pédoncule commun; ils sont légèrement acuminés, recourbés à l'extrémité, for-
KOLATIERS. 103
tement velus à l'état jeune, puis glabres, coriaces et rugueux. Les graines sont à tégument un peu jaunâtre: les amandes à 5 ou 4 cotylédons, sont roses extérieurement.
Fig. 28.— Rameau de Cola Ballayi. (Spécimen de l'herbier Baudon).
et à chair rose, puis violacée quand on la coupe, et enfin brun roussâtre. Ces noix sont de saveur assez agréable : elles sont néanmoins moins estimées que celles de Cola nitida; mais, écrit à ce sujet M. Baudon, « sans vouloir dire qu'elles valent les graines à 2 cotylédons, nous pou-
vons bien faire remarquer que, si l'on compare les analyses se rapportant au Cola Ballayi à celles du Cola nitida, au point de vue teneur en caféine, on voit que les premières en contiennent une quantité très approchante de celle des secondes. Et l’infériorité du produit congo-
Fig. 29. — Follicules de Cola Bailayi. (Spécimen de l’herbier Baudon).
lais doit êlre surtout recherchée dans l'indifférence des exportateurs, la difficulté de se procurer des graines en quantité suffisante et régulièrement, et dans le peu de soin lors de la préparation des envois. »
L'espèce est spéciale au Congo. Signalée d’abord au Gabon, elle a été retrouvée par M. Chevalier et par M. Bau- | don dans l'Oubangui. C’est le mabérou d'Impfondo. |
Culture des kolatiers. — Il est difficile, à l'heure
KOLATIERS. 105
actuelle, de fournir des renseignements très précis sur une culture rationnelle des kolatiers. Les indigènes se livrent bien de longue date à cette culture, mais leurs procédés, presque toujours défectueux, et trop souvent basés sur des croyances absurdes, ne nous sont qu'un faible enseignement. D'autre part, la plupart des plantations européennes ont été délaissées avant d’avoir donné des résultats. Nous en sommes donc encore réduits à des données un peu théoriques, découlant de ce que nous savons sur le mode de végétation des kolatiers qui poussent en forêt à l’état spontané.
Le meilleur sol est celui qui est profond, bien drainé, riche en humus, suffisamment argileux, et abrité par quelques grands arbres. Il semble qu'on puisse dire que, comme climat et comme sol, les kolatiers ont sensiblement les exigences des cacaoyers (1).
Le marcottage et le bouturage sont possibles et seraient parfois pratiqués par les indigènes. Cependant le semis est la méthode la plus courante.
On doit choisir les graines sur des arbres vigoureux, et prendre les plus grosses et les plus rouges; il est nécessaire qu'elles soient bien fraiches. On les sème sur place ou en pépinière; le second de ces deux procédés est celui qui est préférable, à la condition que la transplantation ait lieu assez peu de temps après la germination, car plus tard on risque d'’altérer la longue racine pivotante de la jeune plante. Aussi M. Chevalier recommande-t-il plutôt de semer dans de petits paniers en feuilles de palmier, qu'on
(1) Cependant M. Gardies, colon à Hagiang, dans le Haut-Tonkin, nous écrit que l'arbre peut encore vivre dans la région qu’il habite, Sur 140 noix qu'il fit venir en 1907 de la maison Vilmorin, cinq germèrent; et finalement, en 1942, il lui restait deux arbres vigoureux qui ont fleuri et fructifié. Les fleurs, il est vrai, tombent en grande quantité, mais les quelques follicules déjà obtenus contiennent de grosses graines rouges, qui paraissent bien müres. M. Gardies continue ses semis chaque année.
remplit de bonne terre et qu'on installe dans un endroit ombragé. On enterre alors le paniermême, quand les plantules ont quelques centimètres de hauteur. En Guinée Francaise, où l’on sème en pépinière à la fin de février, les germinatons apparaissent dans la seconde quinzaine d'avril et on peut procéder à la mise en place dans la première quinzaine de mai.
En tout cas, les graines semées sont enterrées à 2 ou 3 centimètres de profondeur, obliquement, et les lobules cotylédonaires en bas. Le sol est maintenu frais et ombragé.
On fait en sorte que le moment de la transplantation coïncide avec le début de la saison des pluies. Les intervalles, d'après M. Chevalier, doivent être de 10 mètres, les arbres étant disposés en quinconce. Comme ombrage, qui doit être modéré, M. Vuillet recommande de planter, en même temps que les kolaliers — au eas où il ne s'agit pas d'un terrain qu'on a déboisé, et sur lequel alors on a pu laisser quelques arbres choisis — des bois noirs et des bananiers. On plante un bois noir pour 4 kolatiers: et les bananiers sont placés sur les lignes de kolatiers, à 1,50 environ des arbres qu'ils devront protéger. Ces bananiers, comme pour les cacaoyers, seront arrachés dès que l’ombrage des bois noirs sera suffisant. Les arbres d'ombrage peuvent d'ailleurs être tous ceux qui conviennent pour le cacaoyer.
Au début de la plantation, il peut être nécessaire, en saison sèche, d'effectuer quelques arrosages. J usqu'à b ou 6 ans, on sarcle deux fois par an ; plus tard, il est tou- Jours recommandable deremuerlaterreune fois chaqueannée autour de chaque arbre, On supprimera toutes les plantes épiphytes, ainsi que tous les gourmands qui se développeront sur l'arbre. On ne peut tailler le kolatier adulte, mais M, Chevalier fait remarquer que, lorsqu'il est jeune, il peut y avoir lieu de diriger la formation de sa rami-
KOLATIERS. 107
fication, pour éviter qu'il ne s'élève trop haut et qu'il soit trop touffu.
Production et Rendement. — Le développement des kolatiers est assez lent. Ce n'est que vers 5 ans que, dit M. Chevalier, la plante prend l'aspect d'un arbuste de 2 mètres environ de hauteur et se ramifie en formant une tête arrondie. Il est rare, en Guinée Française, que le Cola nitida fleurisse avant l’âge de 8 à 10 ans. On ne peut donc pas espérerune première productionavantla dixième année, et ce n’est que vers la quinzième que le rendement commence à être appréciable. Le port définitif n'est atteint que de la vingtième à la trentième année ; et ce serait de 25 à 75 ans que les kolatiers, qui vivent très longtemps, seraient en pleine production.
Cette production est, au reste, excessivement variable, et, d’après M. Chevalier a presque toujours été trèsexagérée. Outre qu'il n’y a de bonne fructification qu'une année sur deux, il est toujours des arbres, dans une plantation, qui restent chétifs, ou produisent peu, ou même restent stériles. Et, pour ceux qui se comportent normalement, on ne peut pas compter « dans l'état actuel, sur un rendement moyen, par arbre et par an, de plus de 30 groupes de carpelles comprenant chacun 3 à 4 cabosses de 5 noix, soit 600 noix par arbre adulte, ou 5 à 8 kilogrammes de noix fraiches ».
Et M. Chevalier dit encore ailleurs qu’un « rendement de 10 kilos de noix fraiches parait être le maximum de ce que l’on peut obtenir, en une année, du Cola nilida cultivé dans les meilleures conditions. Plus fréquemment la récolte s’élèvera à la moitié de ce poids à peine ».
Quoique les kolatiers puissent plus ou moins fleurir toute l'année, il y a toujours une principale période de floraison, et, par suite, de fructification. À la Côte d'Ivoire, cette principale période va du 15 octobre au 15 janvier. Au Kissi, les arbres fleurissant en mars et avril ont leur fruits mürs
8 mois plus tard, c’est-à-dire en novembre et décembre.
Récolte et Préparation. — Les fruits de kolatier doivent être cueillis un peu avant maturité; quelques jours plus tard, on les ouvre pour en extraire les graines. Cellesei sont laissées en tas pendant quelques jours encore, après lesquels on les débarrasse de leur enveloppe. On peut aussi enlever plus facilement cette enveloppe en mettant les graines pendant 3 jours dans l’eau.
L'une des plus grandes préoccupations du récolteur de kolas est d'éviter que ses noix ne soient altérées par le sangara, qui estun charancon, le Balanogastris Kolæ. Ce cureulionide attaque déjà les fruits encore adhérents à l'arbre, et, profitant sans doute des galeries creusées dans le péricarpe par les fourmis, vient pondre en dedans du tégument séminal, sur la paroi même de l'embryon. Les noix ainsi attaquées sont irrémédiablement perdues. C’est pour éviter cette attaque que les indigènes, en certaines régions, cueillent les follicules encore verts; et c’est aussi pour éliminer les noix attaquées que les colporteurs qui transportent les paniers de kolas en passent si souvent l'inspection. Un moyen préventif consiste à laver les amandes avec l’eau de savon {soit de savon de Marseille, soit de savon indigène), et c'est ce qui est fait couramment en Guinée Française et en Haute-Côte d'Ivoire; on n'admet cependant pas partout que ce lavage soit suffisant. Meilleure serait, au dire des dioulas, une mixture faite avec du vin de palme, du jus de citron, du piment pilé et du poivre d'Éthiopie (Uvaria æthiopica) également pulvérisé.
Lorsque les noix ont été débarrassées de leur tégument et sont done prètes à être transportées, on les emballe ; et un bon emballage est d'une importance capitale.
Dans le Kissi, dit M. Chevalier, dans les pays du sud de Beyla et chez les Dyolas, les noix sont placées dans des paniers à très larges mailles, tressés avec des tiges flexibles de Calamus où avec des roseaux d’une Marantacée. Ces
sn de tn de
KOLATIERS. 109
paniers allongés ont 60 à 80 centimètres de longueur et 25 centimètres environ de profondeur et de largeur ; en dessous etsurles côtés, les baguettes sont assemblées avec des segments de palmier à huile. À l'intérieur, on garnit ces paniers avec des feuilles d'orofira (diverses Marantacées), qui forment plusieurs lits et s'imbriquent les unes sur les autres. Chaque panier représente une charge de 20 à 30kilos et est porté à tête d'homme. Parvenus dans les régions soudanaises, les dioulas confectionnent des emballages plus sérieux; les paniers en rotin sont remplacés par des couffins, dans lesquels les noix sont encore enveloppées dans les feuilles d'orofira, mais celles-ci complètement desséchées.
Pendant le transport par caravanes, les noix sont attentivement surveillées. Tous les 5 ou 6 jours, les paniers sont ouverts; et le dioula en humecte le contenu avec de l’eau qu’il met dans sa bouche et qu'il pulvérise en projetant le jet sur les noix, qui en même temps sont remuées. Avant de refermer le panier, on les laisse encore un moment à l'air. Les amandes a variées sont jetées ou vendues tout de suite ; celles qui se fanent sont mises pendant quelque temps dans l’eau, où elles se gonflent.
Pour la traversée d'Afrique en Europe, les emballages sont variables ; on se contente souvent de mettre les noix dans des paniers garnis d'orofira ou dans du sable. Le meilleur procédé semble cependant être l'emballage dans la tourbe, qui est peu coûteux et protège, en outre, Les ‘amandes contre la gelée, pendant l'hiver. Des amandes importées à Hambourg dans ces conditions sont toujours arrivées en bon état. (
Mais une grande partie des kolas expédiés en Europeest du kola séché. Les amandes employées pour cette préparation sont celles de Cola acuminata et de Cola Ballayi, moins appréciées des indigènes. On les étend sur des aires au soleil. Les cotylédons se séparent pendant que la dessic-
JumeLzze. — Cultures coloniales. IVe 71
cation s'opère. Souvent, pour faciliter ce séchage, on casse# l’amande en petits fragments, ou bien on détache au préalable les cotylédons. En exploitation européenne, il y | aurait évidemment avantage à opérer cette dessiccation comme celle du cacao, dans des séchoirs artificiels.
Rappelons que, en thérapeutique, où l'emploi de la kola. s’est vulgarisé depuis Les recherches de M. Heckel, en 1895, les noix sèches sont bien inférieures aux noix fraiches. Les amandes fraiches, comme l'ont bien établi MM. Perrot et Goris, n'agissent pas seulement par leur caféine, mais encore par des catéchines, la kolatine et la kolatéine, qui, en. même temps, solubilisent la caféine. Or, pendant la dessic-" cation, ces catéchines, sous l'influence de diastases comme la koloxydase, subissent d'importantes transformations chi-. miques, parmi lesquelles la mise en libertéde la plus grande: partie de la caféine; et leurs effets sont dès lors considérablement atténués, sinon annulés. |
Les noix sèches devraient donc de plus en plus être remplacées par les noix fraiches, ou, tout au moins, par des. noix qui, suivant les procédés indiqués par M. Goris, seraient stérilisées fraiches, puis desséchées convenablement. La stérilisation par le procédé Goris et Arnould consiste essentiellement à détruire très rapidement les ferments en. placant les amandes dans une autoclave préalablement chauffée à 100°. Apres cette opération, les noix blanches conservent leur couleur et les noix rouges deviennent violettes.
Cinchona.
Jusqu'en 1870 toutes les écorces de quinquina apportées en Europe provenaient des Cinchona qui croissent à l’état sauvage dans les Andes de l'Amérique du Sud, entre Le 10° | degré de lat. N. et le 19° degré de lat. S. (Colombie, Équateur, Pérouet Bolivie). Mais aujourd'hui ces écorcesd'arbres.
sauvages représentent à peine le 1/10 de la production mondiale ; et les neuf autres dixièmes sont des quinquinas de plantation, récoltés en Extrème-Orient, et, pour la plus grande partie, à Java. C'est, en somme, l'ile hollandaise qui a actuellement le monopole du marché. Ceylan, en effet, qui, pendant quelque temps, s’est livré à la culture des Cinchona, après que ses plantations de caféiers eurent été dévastées par l'Jemileia vastatrix,etquiexportait en 1887 près de 7 millions de kilos d'écorces, a ultérieurement abandonné cette culture pour tourner ses efforts vers celle de l'arbre à thé. Il n'ya pas, à l'heure présente, 200hectaresde plantations de quinquinas dans l'ile anglaise. D'autre part, dans l'Inde, cette même culture des Cinchona est surtout faite par les soins de l'État, dans Les Nilgherries et près de Darjeeling ; mais la récolte n’est pas apportée sur les marchés et est vendue, sur place, à bas prix, aux classes pauvres.
C’est à la fin de 1851 que le premier plant de Cinchona fut, apporté à Java; et ce plant était un jeune Cinchona
Fig. 30. — Cinchona Ledgeriana.
Calisayaque le Jardin Botanique de Buitenzorg s’étaitprocuré à Paris, et qui provenait de semis rapportés du Pérou par Weddell. Quelques-unes des boutures fournies par ce premier plant réussirent; malheureusement tous ces individus étaient pauvres en quinine. Le Gouvernement hollandais alors, sur les conseils de Junghuhn, envoya dans
l'Amérique du Sud Hasskarl, qui, après de nombreuses pé-
ons 7
ripéties, rapporta enfin du Pérou, en 1854, de nouveaux w
Cinchona Calisaya. Ces plants furent soignés à Tjibodas, à 1 500 mètres d'altitude, et ils furent le point de départ |
néant à d
d’une partie des plantations ultérieures, remplacées toute-. fois de plus en plus dans la suite par le Cinchona Ledge-,
riana. Cette dernière espèce, qui est devenue, en définitive,
la plus intéressante, fut achetée en 1865 par le Gouverne-: ment hollandais à l'Anglais Ch. Ledger, quil'avaitrapportée
de Bolivie.
Aujourd'hui, à Java — dont nous nous occuperons sur-.
tout ici puisque c'est là qu'est le grand centre de culture des ” ] =
arbres à quinquina — les principaux Cinchona cultivés sont : |
Le Cinchona Ledgeriana Moens, qui n'est peut-être, au reste, qu'une variété du Cinchona Calisaya Wed., ou quinquina jaune; |
Le Cinchona succirubra Pav., ou quinquina rouge :.
Le Cinchona robusta, hybride du €. officinalis et du G. succirubra :
Un hybride innommé du C. succirubra et du C. Ledgeriana.
Le Cinchona officinalis, ou quinquina gris, ou quinquina de Loxa, est à peu près complètement délaissé; et, entout cas, sesécorces ne font plus partie depuis longtemps des exportations des cultures gouvernementales.
L'espèce la plus répandue, le Cinchona Ledgeriana, est un arbre d'une dizaine de mètres de hauteur, à feuilles relativement étroites (fig. 30), ovales, un peu coriaces.
Le Cinchona succirubra, de croissance rapide, très robuste, atteint jusqu'à 30 mètres de hauteur; dès 8 ans il peut avoir 12 mètres. Ses feuilles sont grandes, largement ovales ou elliptiques.
Mais, tandis que les écorces de ce (7. succirubra cultivé ne donnent guère au delà de 4 à 5 p. 100 de sulfate de quinine, celles de G. Ledgeriana peuvent en fournir, à Java, 13 et 14 p. 100, et parfois plus. Rappelons qu'on retiraif, en moyenne, 1,2 à 1,8 p. 100 de sulfate de quinine du C. officinalis sauvage, la même quantité du GC. succirubra, et 2,5 p. 100 du C. Calisaya.
Culture. — Les arbres à quinquina qui croissent dans les Andes entre 800 mètres et (C. officinalis) plus de 3000 mètres, redoutent les températures extrêmes ; ils ne supportent pas mieux les températures très élevées que celles qui s'abaissent vers 0°. À Java, on ne peut réussir la culture au-dessous de 700 mètres, mais on peut la faire dans toute la zone où L'on cultive le théier, et même un peu au delà, surtout s’il s’agit du C. officinalis. I faut, en définitive, un climat doux et égal. D'après le Dr King, de Calcutta, cité par M. Prudhomme, le Cinchona Calisaya et ses variétés auraient comme exigences climatiques : température minima, # à 50: température maxima, 33°; moyenne de température minima, 159; moyenne maxima, 270: température moyenne vénérale, 21°. Le Cinchona succirubra est un peu plus rustique que le Cinchona Calisaya,; le C. officinalis est plus résistant encore.
Comme humidité, les besoins sont à peu près les mêmes que pour le théier. Un minimum de 4,20 d'eau ne peut suffire qu à la condition qu'il n'y ait pas de sécheresse prolongée. À Java, dans les régions à Cinchona, il tombe fréquemment au moins 2 mètres d’eau, répartis sur un minimum de 145 jours. Le climat idéal est, en somme, celui ou les pluies sont de courte durée mais fréquentes.
te
Le sol doit être meuble, profondément perméable ; il n'est pas nécessaire qu'il soit très riche en calcaire.
La multiplication peut être faite par semis, par bouturage et par greffage.
Le bouturage est assez facile ; et le greffage donne de bons résultats, à Java, dans les localités où les sols ne sont pas suffisamment fertiles pour permettre la bonne croissance du C. Ledgeriana. En ce dernier cas, on coupe vers
a base les C. succirubra, plus robustes : et ce sont ces C. succirubra qui servent de sujet aux C. Ledgeriana ou aux hybrides riches en quinine, Le greffage sur quinquina rouge réussit aisément, quelque soit l'âge du sujet. D'après M. Prudhomme, le procédé le plus courant est Ja grelte, sous l'écorce de côté, par rameau simple, avec ou sans lanières détachées.
Pour les cultures d’une certaine étendue, on a toutefois presque toujours recours au semis. Les graines germent d'autant plus facilement qu’elles sont plus fraiches, On les sème en pépinière, à la volée, sur des planches composées de terre légère et riche, et recouvertes par de petits abris à toit incliné. La terre doit toujours être maintenue un peu humide. La levée des graines est assez irrégulière, mais commence, en général, entre 20 et 30 Jours. Quand les plantules ont 2 ou 3 centimètres de hauteur, on les habitue peu à peu à la lumière. Un premier repiquage, dit M. Prudhomme, qui a donné des renseignements détaillés sur la culture des Cinchona à Java, a lieu 3 ou 4 mois après la levée, quand les plantes ont 10 centimètres de hauteur environ. Un second repiquage est effectué à 4 an, à 20 centimètres d'écartement : et les plantes passent done la seconde année dans cette seconde pépinière, où l'abri est de plus en plus léger, jusqu'au moment où il est enfin supprimé.
La mise en place définitive est faite au commencement de la saison pluvieuse (octobre et novembre dans les Préan-
gers), soit sur le sol d'anciennes forêts défrichées, soit fréquemment aujourd'hui, à Java, sur l'emplacement d'anciennes plantations de théiers, à terre encore riche. On n ombrage jamais les arbres à quinquina ; le terrain reste découvert et n’est abrité que contre le vent. Les espacements sont tout d'abord de 1",25 en quinconce ; mais, au bout de 2 ou 3 ans, on supprime des pieds, qui fournissent une première petite récolte, et on a finalement des espa- : cements de 3 à 4 mètres,
Les soins d'entretien consistent en sarclages, qui doivent être pratiqués avec quelque précaution, et qui, nombreux au début, deviennent de plus en plus rares avec l’âge, puisque finalement tous les arbres, en se touchant, om-
bragent complètement Le sol.
Récolte. — D'après M. van Leersum, la proportion des alcaloïdes dans les écorces de quinquina augmente jusqu'à 4 ans, puis diminue ensuite lentement ; mais naturellement les arbres plus âgés fournissent de plus grandes quantités d'écorces que ces arbres de 4 ans, et, en définitive, il y à avantage, au point de vue du rendement total, à attendre un âge plus avancé. Après donc qu'on à obtenu une première petite récolte avec les premiers arbres qu'on a abattus pour éclaircir la plantation, on conserve les autres plus ou moins longtemps, pour ne les sacrifier qu'au fur et à
mesure des besoins, ou lorsque les prix d'achat sont jugés avantageux. En dehors de ces circonstances, on n’abat que
les individus qui sont malades ou qui dépérissent. Les vides qui se produisent par suite de ces abatages peuvent
être comblés successivement par de nouveaux plants pro-
venant des pépinières.
Une plantation de Cinchona se compose ainsi, en définitive, d'arbres d’âges très divers. Cependant la durée d’exploitation d’une plantation est, en général, d'une vingtaine d'années pour le C. Ledgeriana et ses hybrides, elle est plus longue pour le C. succirubra, qu'on ne com-
mence à abattre qu'un peu plus tard que les C. Ledgeriana.
On ne pratique plus guère aujourd’hui à Java l'écorcage sur pied, non plus que le moussage.
La récolte a lieu de préférence pendant la saison sèche, pendant laquelle la dessiccation est plus facile. Les écorces du commerce proviennent surtout du C. succirubra ; les écorces pour la préparation du sulfate de quinine sont plutôt fournies par le C. Ledgeriana et ses hybrides.
Les Cinchona succirubra sont coupés un peu au-dessus du sol, puis abattus avec précaution. On pratique alors dans l'écorce des incisions longitudinales et transversales, puis on détache avec soin, en les soulevant, les fragments ainsi délimités, qui peuvent avoir 1 mètre de longueur et 8 à 15 centimètres de largeur. Ces tuyaux sont desséchés completement au soleil, ou, dans les grandes exploitations, d'abord desséchés partiellement au soleil, puis placés dans des étuves « Sirocco » comme celles que nous allons voir utilisées pour la dessiccation des écorces du C.Ledgeriana. En tout cas, toutes ces écorces sèches sont mises en bottes, soigneusement liées et expédiées en caisse.
D'après le Dr Lotsy, un C. succirubra peut donner environ à 9 ans : 7 kilos d’écorces de tronc, 1 kilo d’écorces de branches, 1Kk£8,5 d'écorces de racines. Soit donc un
total de 9k8,5. D'autre part, un hectare peut fournir jusqu'à 700 à 850 kilos, quoique le rendement le plus fré- .
quent, d'après M. Lotsy, soit, à ES de 9 ans, 420 kilos à peu près.
Pour la fabrication des sels de quinine, le Cinchona Ledgeriana et ses hybrides sont encore abattus, et on détache les écorces du tronc, des branches et des racines. L'écorce du tronc est enlevée par lambeaux avec un couteau ; celle des branches et celle des racines sont séparées du bois à coups de maillet. On les dessèche suivant le second des deux procédés que nous venons d'indiquer. Après
= Dei
CPR PR
quelque temps d'exposition au soleil, elles sont mises dans les étuves « Sirocco », modèle Up-Draîft, à 20, 40 ou 50 plateaux, de la maison Davidson (fig. 31). À la tempérarature de 93° C., la dessiccation est obtenue en un jour et demi. Les écorces, d'après M. Prudhomme, ont alors perdu 50 à 75 p. 100 de leur poids. On les découpe en petits frag-
Fig, 31. — Etuve « Sirocco », (Davidson), pour le séchage des écorces de quinquina.
ments, puis on les concasse, soit par simple pilonnage à la main, soit avec des machines ; et on les emballe dans des sacs en Jute.
On sait que les écorces de quinquina sont cotées à l'« unité », et que cette « unité » correspond à 1 p. 100 de sulfate de quinine dans 500 grammes d'écorces sèches (qui contiendraient donc, en ce cas, 5 grammes de sulfate). Le prix d'un kilo d'écorces est, par suite, égal à 2 fois le
produit du chiffre du cours par la proportion centésimale de sulfate. Si, par exemple, le prix de l’unité est de 0 fr.10, 1 kilo d'écorces à 6 p. 100 de sulfate vaudra Ofr.10 OR:
D'autre part, le prix de revient du kilo de sulfate, pour l'industriel qui achète les écorces à traiter, est (au même prix de l'unité) de Ofr.10 X 200, puisque 0 fr.10 correspond au prix d'un demi-kilo d'écorces qui contiendrait 5 grammes de sulfate (c'est-à-dire le 2/100 du kilo).
La fabrication du sulfate de quinine comprend, comme phases principales, l'extraction des alcaloïdes de l'écorce et la préparation et l'épuration du sulfate. La première phase, celle de l'extraction, est toute simple, et le procédé est depuis longtemps connu. Les écorces pulvérisées sont mélangées avec de la chaux; les alcaloïdes combinés avec l’acide quinique et l'acide quinotanique sont alors mis en liberté, tandis que ces acides s'unissent à la chaux. Le mélange est ensuite traité par l'huile de pétrole chaude, où par l'alcool, ou par l'huile de paraffine ; la quinine se dissout facilement dans l'un ou l'autre de ces liquides, et les autres alcaloïdes plus difficilement, pendant que:la plupart des matières colorantes et résineuses restent au fond. Si l’on agite enfin ces liquides d'extraction avec de l'acide sulfurique étendu, les alcaloïdes passent à l’état de sulfates.
La phase la plus délicate — et celle où ne réussit pas complètement tout d'abord, à Java, la fabrique de Bandoeng, lorsque cette usine s'installa pour permettre aux planteurs de ne plus rester à la merci du Syndicat des fabricants européens, qui leur imposait des cours non rémunérateurs — c'est la séparation complète et l'épuration du sulfate de quinine. Les sulfates obtenus comme nous venons de le dire sont décolorés par le noir animal et neutralisés par la soude; mais le produit séparé n'est pas encore exclusivement du sulfate de quinine et est accompagné d’alcaloïdes accessoires. C’est pour l'épuration dernière de ce sulfate et son obtention à l'état cristallisé que les fabricants ont leurs
méthodes particulières, qu'ils tiennent secrètes; et l'usine de Bandoeng n’est parvenue qu'après un certain nombre de tàtonnements à préparer (en traitant par l'acide sulfurique éténdu et par la soude) un sulfate qui se rapproche de celui que livrent au commerce les fabriques d'Europe.
Chaque pays a, d’ailleurs, ses exigences particulières pour la pureté du produit. Tandis, dit M. Groothoff, qu'on admettait autrefois en Hollande une teneur de 2 p. 100 de cinchonidine, on n'accepte plus maintenant que 3/% p. 100. En Allemagne, on autorise 1/2 p. 100, tandis qu'en Angleterre ét en Amérique on tolère jusqu'à 2 et3 p. 100. Et naturellement, plus la teneur en cinchonidine est grande, et plus bas sont les frais de fabrication, et, par contre-coup, les prix. Mais il faut donc préparer, presque pour chaque pays, une qualité spéciale de sulfate de quinine; et ce n'est pas ce qui simplifie les conditions de fabrication, non plus que celles de la vente.
BIBLIOGRAPHIE GÉNÉRALE
Italo Giglioli : La Canfora italiana. Rome ; imprimerie Bertero, 1908. — Bamber et Willis : Camphor. (Circulars of Ceylon ; nov. 1901). __ Notice sur le Camphre. De Brunof, éditeur ; Paris. — Description des gones forestières du Japon. 14. Paris. — Nombreux articles de M. Baïllaud et de M. Cayla dans l'Agriculture Tropicale. Paris. — L'Industrie du camphre à Formose (d’après Davidson). (Bulletin Économique de l’Indo-Chine ; 1903). — Eberhardt: La badiane au Tonkin. (Bulletin Économique de l'Indo-Chine ; 4906). — A. Plane : Le Pérou. Plon-Nourrit; Paris, 1903. — Ed. Heckel :Les Kolas africains. (Annales de l'Institut Colonial de Marseille ; 1893). — Aug. Chevalier et Em. Perrot : Les Kolatiers et les Noix de kola. (Les Végétaux utiles de l'Afrique tropicale française; fase. 6, 1911). — Goris et Arnould : Conservation et stérilisation des noix de kola fraîches. (Bulletin des Sciences Pharmacologiques ; 1907). — Baudon: Sur quelques plantes alimentaires indigènes du Congo Français. (Annales du Musée Colonial de Marseille ; 1912). — E. Prudhomme : Le Quinquina: Culture, Préparation el Commerce. (Agriculture Pratique des Pays Chauds. 1902). — Van Someren Brand : Les Grandes Cultures du Monde. Flammarion ; Paris. — A. Groothoff : De Culture van Kina en de fabricage van Kinine. (Voordrachten over Koloniale Onderwerpen. Deventer; 1913). — Pozzi-Escot: La coca au Pérou (Agronomie Tropicale, 1915).